Les Elections en RD Congo

Les Elections en RD Congo
CONGO-KINSHASA


Enjeux sécuritaires et échéances électorales de juillet 2006
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Note d'analyse


Par Charles Nasibu Bilali
Journaliste et Chercheur
Collaborateur du GRIP
Membre de IANSA


1. Contexte général


La première phase de la périlleuse route qui mène aux élections en République Démocratique du Congo a été franchie avec succès, elle a été marquée par le référendum constitutionnel qui a été organisé par la Commission Electorale Indépendante (CEI). Cette institution d'appui à la démocratie dont la mission est de garantir la neutralité et l'impartialité dans l'organisation d'élections libres, démocratiques et transparentes a souvent été critiquée par des acteurs politiques congolais, notamment ceux qui agissent dans l'opposition et depuis l'extérieur du pays, ils l'ont souvent accusée de n'avoir pas respecté le calendrier électoral et de jouer le jeu des acteurs politiques de la transition. Le contexte politico sécuritaire atypique de la RDC justifie bien les difficultés qu'éprouvent ces institutions d'appui à la démocratie à fonctionner et à remplir correctement leurs lourdes tâches.

Depuis son accession à la souveraineté politique en 1960, La RDC croupit sous le joug des régimes totalitaires et despotiques qui n'ont jamais laissé la chance au souverain primaire de se choisir en toute liberté ses dirigeants. Sous le long règne du maréchal Mobutu Sese Seko, les citoyens ont été quelques fois conviés à des parodies électorales où seule la crainte de la répression poussait les gens à aller s'acquitter de ce qui devrait être un acte civique.

L'histoire de ce pays, dont les dimensions sont quatre fois celles de la France, a été ponctuée par la violence et la peur si bien que, encore aujourd'hui, nombreux sont les citoyens qui se demandent si ce processus électoral entamé le 18 décembre 2005 va vraiment aboutir. Cette crainte est d'autant plus justifiée si l'on considère le nombre de chantiers inachevés sur le secteur de la sécurité notamment et l'activisme militariste des divers groupes armés opérant encore sur le sol congolais. Depuis le début des années 90 (instauration du multipartisme), jusqu'à la prolongation de la période de transition en 2005, en passant par la chute de Mobutu, la révocation de l'Accord de Lusaka, la mort de Laurent-Désiré Kabila et le difficile Dialogue inter congolais, la crainte a eu raison sur les Congolais. Si l'on remonte même plus haut, depuis l'époque de Léopold II, tous les dirigeants qui se sont succédés à la tête de ce pays se disaient en être propriétaire, fondateur, libérateur, qui n'ont jamais eu aucun compte à rendre au peuple.

Loin d'entretenir cette peur, morbide ou justifiée, la présente note d'analyse, sans prétention d'être exhaustive, se propose de décrypter les enjeux sécuritaires susceptibles de peser dangereusement sur le bon déroulement de ces élections que les Congolais attendent depuis 45 ans. Il y sera également question de réfléchir sur ce qu'est et doit être le rôle de la communauté internationale avant de considérer les attentes des uns et des autres.

* * *
2. Historique de deux guerres de 1996 et 1998 et leurs conséquences directes et indirectes


2.1 La guerre de 1996

Pour comprendre les causes de cette guerre, il faut remonter à partir du début des années 90 lorsque le Front Patriotique Rwandais (FPR) a lancé sa première offensive contre le régime du président Habyalimana le 1er octobre 1990. La participation des éléments de l'armée zaïroise n'avait pas été appréciée par les insurgés tutsis qui n'ont pas tardé à inscrire le régime du maréchal Mobutu sur la liste noire de leurs ennemis.

En octobre 1993 : Alors que Kigali négociait difficilement la paix avec les rebelles du FPR, sur fond de violences quotidiennes et d'actes de terrorisme, Melchior Ndadaye, le premier président démocratiquement élu du Burundi et premier Hutu à diriger ce pays, est tué, trois mois après son investiture, par son armée à dominante tutsi. Les Hutus se révoltent, des massacres interethniques s'en suivent, une guerre civile qui a duré plus de dix ans éclate et déverse des milliers des réfugiés vers le Zaïre de l'époque. Six mois plus tard, le président du Rwanda voisin, le général Juvénal Habyalimana, ainsi que le successeur de Ndadaye, Cyprien Ntaryamira, tous d'ethnie hutu, sont tués au cours d'un attentat contre leur avion à l'aéroport de Kigali. Ils revenaient d'un sommet en Tanzanie sur la paix dans leurs pays respectifs. Il s'en suit alors un génocide qui emportera près d'un million de Rwandais et plus de deux millions d'autres se retrouvèrent sur la route d'exil vers les pays de la région, dont plus d'un million ont été accueillis dans plusieurs camps des réfugiés à l'est de la RDC. Parmi ces réfugiés, on comptait des dizaines de milliers d'ex-militaires et miliciens, dont des auteurs (exécutants et exécuteurs) du génocide de 1994.

Ces nombreux camps des réfugiés rwandais et burundais étaient soupçonnés par Kigali et Bujumbura d'être des camps d'entraînement et des véritables bases arrières des rebelles qui menaçaient la sécurité de ces pays. L e démantèlement de ces camps a été le premier motif avancé par le Rwanda, le Burundi et l'Ouganda pour justifier le soutien multiforme qu'ils avaient assuré aux rebelles qui ont accompagné Laurent-Désiré Kabila tout au long de la campagne militaire de 8 mois qui lui a permis de chasser Mobutu du pouvoir.

Le 17 mai 1997, Laurent-Désiré Kabila et l' AFDL débarquent à Kinshasa en libérateurs, accompagnés par les troupes rwandaises, ougandaises, burundaises et Angolaises. Le discours que nouveau maître du pays tient divise tout de suite la Nation congolaise en 3 catégories de citoyens: les « diables » mobutistes, les citoyens meurtris par le mobutisme et les libérateurs de l'AFDL.

Laurent-Désiré Kabila a très vite été perçu comme un espoir raté, et par ses compatriotes qui supportaient mal sa manière totalitaire et despotique de diriger le pays et qui l'accusaient d'avoir « vendu » le pays, et par ses alliés d'hier qui voyaient en lui une certaine fourberie et dont il s'est débarrassé dès juin 1998. Les alliés de l'Est ont saisi cette opportunité pour agresser la RDC en appuyant des rébellions qui leur ont d'abord servi de couverture dans leur entreprise de pillage des ressources de la RDC

2.2. La guerre de 1998

Cette guerre a connu l'implication d'au moins 7 armées régulières de la région, à savoir les armées rwandaise, ougandaise, burundaise, angolaise, zimbabwéenne, namibienne et tchadienne. Toutes ces forces armées étaient venues faire la guerre en RDC, soit pour appuyer divers mouvements en rébellion contre Kinshasa, soit pour soutenir ce dernier.

La deuxième guerre s'est surtout caractérisée par son impopularité. Elle a ainsi suscite un éveil du nationalisme qui a conduit à l'érection et à la prolifération de milices et groupes armés qui tous revendiquaient la sauvegarde de la souveraineté nationale, de l'intégrité du territoire et la lutte contre les agresseurs. Nombre de ces groupes ont tout de suite sombré dans le vandalisme et la violation des droits de l'homme, comme dans le district d'Ituri et les deux Kivu.

Il faut aussi dire que cette sombre histoire du pays a été caractérisée par des massacres à grande échelle de la population civile dans les provinces du Sud-Kivu , une population prise entre le marteau et l'enclume d'une guerre finalement inutile.

Ainsi, en prônant à nouveau le recours aux armes pour chasser le Gouvernement Kabila, les factions politico-militaires rebelles congolais ont replacé, encore une fois, la RDC dans le chaos tout en faisant du peuple congolais un otage des stratégies sécuritaires de leurs alliés.

Il a donc fallu attendre 5 longues années, plusieurs millions de morts, des difficiles négociations politiques pour que les belligérants acceptent, sous la pression internationale, de signer un accord de paix à Pretoria, en Afrique du Sud.

3. La prolifération et le trafic illicite des armes légères et de petit calibre et la violation de l'embargo en vigueur contre ce pays depuis 2003.

Aussi longtemps que les armes seront bon marché et accessibles, il y aura peu d'espoir à résoudre les problèmes profonds et mortels qui minent la République Démocratique du Congo

Parmi les majeures conséquences de ce cycle de guerres en RDC, figure en bonne place la prolifération et le trafic illicite des armes légères et de petit calibre. Le trafic hors normes d'armes est parmi les facteurs qui alimentent les conflits, donnent de la santé à l'insécurité, nuisent à la cohésion sociale et à l'économie nationale et enfin mettent en péril tout le processus de paix et de démocratisation chèrement entamé dans le pays.

3. 1 Les responsabilités

Au début des années 90, il n'y avait pratiquement pas d'armes dans la population civile en RDC. Mais une étude récente menée par le Réseau Congolais d'Action sur les Armes Légères (RECAAL) estime à plus de 1.200.000 le nombre d'armes détenues illégalement par les civils et des paramilitaires dans la partie Est de la RDC. Aujourd'hui de plus en plus des civils sont armés : des éleveurs, agriculteurs, creuseurs, commerçants, propriétaires...

Les responsables de cette situation sont :

- Le gouvernement rwandais, qui a politiquement soutenu et lourdement armé les rébellions de l'AFDL en 1996, celle du RCD en 1998. Pendant qu'elle était militairement présente en RDC entre 1996 et 2002, l'armée rwandaise a fréquemment armé des milices locales, appliquant une sanglante politique de « diviser pour régner ». Récemment, elle a militairement soutenu la rébellion des officiers dissidents congolais qui ont brièvement occupé le chef-lieu du Sud- Kivu entre mai et juin 2004. Et ces officiers bénéficient encore du soutien du Rwanda alors qu'ils constituent toujours une menace réelle à la stabilité de la RDC.

- Le gouvernement de Kinshasa a aussi joué un grand rôle dans la prolifération d'armes en RDC, surtout dans la partie Est du pays. Entre septembre 1998 et janvier 2001, le gouvernement de Kinshasa a, à grande échelle, approvisionné en armes et munitions les milices locales Maï Maï qui résistaient contre la rébellion du RCD.

- Les forces rebelles ont importé et distribué des armes dans la population. Elles les recevaient généralement de pays voisins, en particulier l'Ouganda et le Rwanda, qui faisaient largement appel aux trafiquants d'armes internationaux et aux arsenaux devenus excédentaires et extrêmement poreux dans les anciens pays communistes. Le cas de Victor Bout est particulièrement éclairant : cet ancien agent du KGB a étroitement collaboré avec le régime de Kigali pour approvisionner à la fois le RCD et le MLC congolais ainsi que l'UNITA angolaise. Aux dernières nouvelles, Bout collabore avec les forces armées américaines en Irak dans le domaine du transport, malgré le mandat d'arrêt international émis contre lui par la Belgique.

- Des mouvements transfrontaliers et des alliances entre différents groupes armés de la région ont joué un important rôle dans la dissémination des armes légères aussi bien entre les mains des forces négatives que dans la population civile

- Enfin, relevons que la communauté internationale a trop tardé à instaurer un embargo sur les armes à la RDC. L'embargo n'est entré en vigueur qu'en juillet 2003, alors que les diverses armées étrangères avaient quitté le territoire congolais et que l'essentiel des combats avait cessé

3.2. Voies et moyens d'approvisionnement

Les armes qui pullulent au Congo ne sont pas fabriquées sur place, elles viennent de l'extérieur. Les pourvoyeurs d'armes utilisent toutes les voies pour acheminer leur marchandise et en approvisionner les destinataires : aéroports et pistes d'atterrissage, ports, pistes frontalières, et tous les moyens imaginables que permet la grande porosité des frontières entre la RDC et ses 9 voisins.

- Le RCD/Goma a, par exemple, longtemps utilisé l'aéroport de Goma pour s'approvisionner en armes livrées par le Rwanda.

- L'Ouganda faisait entrer les armes et munitions par la frontières qu'il partage avec la RDC pour approvisionner le MLC et diverses milices de l'Ituri.

- Les Antonov affrétés par le gouvernement de Kinshasa ont à maintes reprises parachuté armes et munitions sur les hauts plateaux du Sud-est du Sud-Kivu pour approvisionner les milices Maï Maï ou atterri sur des pistes contrôlées par ces derniers.

- D'autres réseaux impliquant des officiers des FARDC utilisent le lac Tanganyika pour faire venir, du Burundi ou de Tanzanie, des armes en RDC et les disséminer dans les nombreuses mines d'or et de coltan de l'est du pays, de hauts lieux de la prolifération des armes et dont l'exploitation illégale donne aux seigneurs de la guerre les moyens de s'armer à profusion.

- Pour échapper à la curiosité des gens et à l'attention de la Mission des Nations Unies
(MONUC), des cargaisons d'armes et munitions sont achetées en Tanzanie, parfois démontées et dissimulées dans des sacs en raffia au milieu des poissons séchés avant d'être embarquées à bord d'embarcations de fortune vers de petits ports clandestins sur les rives congolaises du lac Tanganyika, où elles sont recueillies par des seigneurs de guerre irréductibles ou leurs hommes.

- De même, au Rwanda, d'autres armes sont embarquées à bord de camions, dissimulées au milieu de bois de chauffage ou de caisses de boissons, et passent la frontière pour approvisionner des groupes armés actifs sur le sol congolais.
- Des milliers d'autres armes traversent la frontière portées sur la tête ou à bord de pirogues, bénéficiant de la complicité des agents de l'ordre, y compris les douaniers, policiers, militaires, administratifs, agents de renseignement, tout un appareil sécuritaire gangrené par la corruption.

Il est très difficile d'établir avec exactitude l'origine de ces armes, car nombreuses sont celles qui ne sont même pas marquées. En outre, même les armes appartenant à l'armée ou à la police ne sont pas enregistrées, facilitant leur revente illicite par des troupes mal payées. Relevons aussi que l'arme la plus commune est le fusil d'assaut AK-47, dit Kalachnikov.

La communauté internationale a trop tardé à instaurer un embargo sur les armes à la RDC. L'embargo n'est entré en vigueur qu'en juillet 2003, alors que les diverses armées étrangères avaient quitté le territoire congolais et que l'essentiel des combats avait cessé.

Mais cet embargo est constamment violé par ceux-là même qui sont censés l'observer, et l'est de la RDC et en particulier le Nord et le Sud-Kivu restent encore aujourd'hui parmi les hauts lieux du trafic illicite d'armes dans la région.

Un intense trafic d'armes est encore aujourd'hui signalé dans l'Ituri, le Nord Kivu, le Katanga et, surtout, le Sud-Kivu , un trafic qui échappe à la vigilance de la MONUC car, des fois, impliquant des officiels des forces armées et agents de sécurité de la RDC.

Il faut aussi signaler la présence dans le Nord et le Sud-Kivu des milliers d'éléments des FDLR , lourdement et constamment armés, qui désolent la population civile par des multiples exactions au moyen des armes.

4. Les réformes du secteur de sécurité (armée et police)

La longue liste des ex-belligérants de la crise congolaise et la surmilitarisation de la société ont obligé le gouvernement de transition à ouvrir le vaste chantier du DDR (Désarmement, Démobilisation et Réintégration). Ce chantier est loin d'être achevé à un mois des élections générales. Cela constitue une menace réelle sur le bon déroulement des élections.

La réforme du secteur de la sécurité en RDC s'appuie sur trois documents qui lui donnent toute sa légitimité. Le premier, l'Accord global et inclusif, signé le 17 décembre 2002 à Pretoria par la plupart des ex-belligérants congolais. Le deuxième est la Constitution de la transition ratifiée le 2 avril 2003. Le troisième est l'Acte d'engagement de Dar es-Salaam signé par les autres chefs des groupes armés non signataires de l'Accord de Pretoria.

Dans ce cadre, le Gouvernement congolais a adopté, en mai 2005, un plan stratégique de réforme de l'armée. Basé sur les actions réalisées depuis juillet 2003, le plan présente les objectifs poursuivis, décrit les actions à mener, évalue les moyens à mobiliser pour les mettre en oeuvre, et identifie les rôles des différents acteurs. Ainsi est-il rappelé que l'objectif de l'intégration est de constituer l'embryon des forces armées de la RDC sur la base des éléments éligibles issus des composantes et des entités membres du Gouvernement de transition. Le plan prévoit trois étapes dans le processus de brassage, à savoir la formation de brigades d'infanterie pour le maintien de la sécurité pendant les élections ; la formation d'une unité de réaction rapide et enfin, l'établissement d'une force de défense forte à l'horizon 2010.

Cete longue longue liste des ex-belligérants concernés par l'intégration témoigne en effet de l'ampleur des défis à relever pour réussir la restructuration. La problématique est d'autant plus complexe et difficile que le secteur de la sécurité ne se limite pas à l'armée et à la police. Il concerne aussi la justice, les douanes, les services de renseignement et le système carcéral notamment. En outre, d'autres domaines clefs de la vie nationale sont aussi dans un état de délabrement qui exige des moyens et des efforts significatifs pour les remettre en marche.

Un des obstacles à la réforme en cours réside dans l'absence de statistiques fiables sur les éléments concernés par l'intégration.

4. 1. Les étapes importantes du processus d'intégration de l'armée congolaise

Le bilan du processus d'intégration de l'armée congolaise en décembre 2005 est mitigé. D'une part des progrès significatifs ont été accomplis en deux ans et demi d'existence du Gouvernement de transition sur le plan de la sécurité et de la stabilité. D'autre part, les actions réalisées restent fragiles et le plan stratégique de la réforme de l'armée connaît beaucoup de retard dans sa mise en oeuvre.

4. 2. Des acquis importants

La première phase du plan stratégique de réforme de l'armée a été réalisée avec succès. Elle a permis la formation de six brigades. Le brassage de six nouvelles brigades a commencé en janvier 2006 et devrait se terminer au mois de mars.

Les donateurs financent l'aménagement et l'équipement des centres de brassage ainsi que l'organisation des formations. Cependant ils ne prennent pas en charge l'équipement des soldats brassés et leur transport pendant les différentes étapes de l'intégration. Pour ces aspects, soit les FARDC mobilisent elles-mêmes les moyens, ou bien la MONUC intervient avec ses moyens de transport. Une autre source d'appui réside dans la conclusion d'accords bilatéraux de partenariat militaire. Ainsi grâce à un accord de partenariat signé avec la Belgique, celle-ci a soutenu le brassage et l'équipement des deux premières brigades intégrées.

4. 3. Des contraintes multidimensionnelles à surmonter

L'armée congolaise est en cours de reconstitution. Elle devait être capable d'assurer la sécurité des élections grâce à 18 brigades «intégrées» (comprenant des soldats venus de toutes les forces ex-belligérantes). En réalité, 6 seulement de ces brigades sont déployées jusqu'ici et seule la première - formée durant six mois par la Belgique - donne satisfaction: la majeure partie des brigades intégrées ne fait pas mieux que le reste de l'armée congolaise en matière d'exactions. «L'utilisation routinière de la violence physique contre des civils par des membres des forces de sécurité a été observée partout où l'armée et la police avaient été déployées», selon un rapport de l'Onu du mois dernier, violences «souvent motivées par des tentatives d'obtenir des civils de l'argent, des biens, du bétail ou des produits miniers», sans parler des «viols».

C'est que les militaires congolais sont peu payés (7,8 ¤/mois) - lorsqu'ils le sont: dans de nombreux cas, la chaîne de commandement détourne l'argent et la nourriture des soldats, obligés de se payer sur la population.

Le Plan stratégique pour l'intégration de l'armée avait prévu la fin de la formation et du brassage de 18 brigades en janvier 2006. Le calendrier connaît un retard important. Plusieurs facteurs expliquent les difficultés que ce secteur prioritaire pour la réussite de la transition a rencontrées. Nous en citerons quatre principaux et interdépendants.

- Un agenda politique très serré. Le programme de la transition congolaise est très chargé alors que les délais sont courts. Cette situation crée des tensions entre les acteurs du processus. La méfiance persiste et risque d'augmenter à l'approche des élections. Ainsi face à l'incertitude de l'après élection, les protagonistes préfèrent garder une partie de leurs troupes en réserve au lieu de les envoyer au brassage ou dans le programme DDR. L'absence de volonté de communiquer les effectifs réels de différentes forces s'inscrit dans cette perspective.

- La mobilisation des moyens financiers et matériels. Ces derniers ont été difficiles à mobiliser au début du processus alors qu'ils étaient indispensables pour aménager et équiper les centres de regroupement, d'orientation et de brassage et pour assurer le transport des combattants entre les différents lieux de formation. Dans un pays où le transport aérien est le seul possible face à la ruine des infrastructures routières, le coût de transport est exorbitant. En outre, la mobilisation des fonds publics était difficile parce que la réforme de l'armée n'est pas éligible à l'aide publique au développement.
- Problèmes de mauvaise gouvernance publique. L'absence ou la non- communication d'informations sur les effectifs des forces concernées par l'intégration ainsi que le détournement du solde de l'armée relèvent de la mauvaise gouvernance et contribuent à la persistance de l'insécurité.

- Des procédures d'aides complexes et non coordonnées. Au début du processus, la RDC a reçu beaucoup d'offres d'appui en matière de réforme des forces de sécurité. Il a fallu attendre plus d'une année pour voir la constitution d'un cadre de coordination à travers le Groupe de contact des bailleurs de la réforme du secteur de sécurité. Sans l'appui de la MONUC malgré des procédures elles aussi contraignantes, les progrès seraient beaucoup plus faibles.

4. 4. De nombreux défis à relever

L'examen de l'état des lieux de la réforme du secteur de sécurité en RDC met en évidence des progrès accomplis mais aussi des défis à relever. Parmi ces derniers, quatre méritent une attention particulière dans la perspective des élections qui doivent avoir lieu avant le 30 juillet 2006.

- L'amélioration des conditions de vie et de travail des soldats.
- Le renforcement de la cohérence et de la coordination des appuis extérieurs.
- Adopter une approche globale du secteur de la sécurité. Compte tenu des priorités de la transition politique, la réforme du secteur de sécurité privilégie les questions de l'armée et de la police. Or, la sécurité possède plusieurs dimensions qui sont en réalité interdépendantes. C'est pourquoi il est également nécessaire de mettre l'accent sur les secteurs de la justice, des douanes, du système carcéral et de la bonne gestion des affaires publiques en général. Autrement dit, pour réussir à long terme, la réforme du secteur de la sécurité implique le rétablissement de l'État, avec les capacités d'assurer ses missions régaliennes.

Autre problème: les principaux ex-belligérants conservent leurs meilleures troupes. Ainsi, le président Kabila dispose de plusieurs milliers d'hommes au sein de son Groupe spécial de sécurité présidentiel (GSSP, lui aussi coupable d'exactions) non impliqués dans le processus d'intégration des troupes. Alors que l'accord de paix prévoyait de 5 à 15 gardes du corps par ex-chef belligérant membre du gouvernement de transition, le vice-président Bemba en a plus de 500 à Kinshasa et un millier d'autres à Maluku (arrière-pays kinois), selon le parti d'opposition UDPS. L'ex-guérilla pro-rwandaise RCD-Goma est, quant à elle, accusée de disposer d'une réserve d'hommes au Nord-Kivu - ceux du général Laurent Nkunda, officiellement visé par un mandat d'arrêt international mais qui se promène librement à Goma.


5. Le rôle de la Communauté internationale dans le processus de paix et de démocratisation

«Nous venons soutenir le peuple congolais à moins de deux mois des élections. Ces élections doivent se dérouler dans de bonnes conditions, c'est-à-dire, elles doivent être libres, transparentes, ouvertes à tous, parce que le peuple congolais mérite de bonnes élections». (...) Il est important que la transition congolaise s'achève dans de bonnes conditions, à la fois pour la suite de la vie de la RDC en tant que nation, mais également dans l'intérêt de l'ensemble de la région »

Cette declaration de l'ambassadeur Jean-Marc de La Sablière montre bien que le rôle de la Communauté internationale dans l'aboutissement de tout le processus de paix et de démocratisation de la RDC est d'autant plus important aujourd'hui où le pays chemine vers le bout du tunnel.

L'armée congolaise devait être capable de sécuriser les élections. Elle n'est pas prête.17 000 casques bleus n'ont pu mettre fin aux violences de milices à l'est. Une Force européenne d'intervention de 1 500 hommes rassurera-t-elle? Cela vaut quand même quelque chose.

Les Nations Unies et l'Union Européenne (UE), dont plusieurs de ses États membres, appuient la RDC depuis la mise en place du Gouvernement d'union nationale en 2003. L'UE considère la réforme des forces de sécurité comme une priorité pour la réussite de la transition. Dès lors, deux interventions européennes en matière de réforme de l'armée et de la police ont été mises en place. L'UE s'est également engagée à envoyer des troupes à Kinshasa et dans les principales villes de la RDC pour sécuriser les élections, mais la mission de cette force sera essentiellement dissuasive. Quelques éléments sont arrivés à Kinshasa en début juin.

Le parlement allemand, où la coalition gouvernementale dispose d'une confortable majorité, a approuvé jeudi (440 voix pour; 135 voix contre; 6 abstentions) l'envoi de 780 soldats allemands à Kinshasa, bien que 57 %pc de son opinion y soit défavorable. L'Allemagne fournit ainsi, et pour quatre mois, une bonne partie de la Force européenne d'intervention rapide (EUFOR-RDC) destinée à sécuriser les élections présidentielle et législatives annoncées, selon le dernier calendrier, pour ce 30 juillet. Quelque 850 Français, 150 Espagnols, 115 Polonais participeront également à cette force, placée sous commandement allemand; la Belgique fournira des tentes et des avions sans pilote. Un tiers des troupes sera stationné à Kinshasa, sous commandement français; le reste sera prépositionné au Gabon.

C'est maintenant plus que jamais que la communauté internationale doit marquer sa présence aux côtés des Congolais. Il est plus qu'opportun aujourd'hui d'assurer un appui financier et technique qu'il faut aux institutions citoyennes telles que la CEI, la HAM, la CONADER, la Société civile.

Mais déjà il convient de saluer l'action de la MONUC dans la sécurisation des zones chaudes de l'Ituri et de deux Kivu, la reforme de la police. A saluer aussi, les partenaires bilatéraux de la RDC, notamment l'Angola, l'Afrique du Sud, la France et l'Union européenne

6. Une campagne électorale mal annoncée

«Nous venons de le dire à la délégation du Conseil de sécurité avec insistance : s'ils n'intervenaient pas avec efficacité et rapidité auprès des membres de l'espace présidentiel, qui sont détenteurs des médias privés commerciaux et qui ont démarré très tôt la campagne électorale, et qui se sont versés dans des campagnes d'intolérance et d'incitation à la haine, la Haute autorité des médias est pessimiste quant à l'issue de la campagne électorale »

La campagne électorale, comme l'annonce ici le président de la Haute Autorité des Medias, s'annonce mal en RDC. En effet, l'on assiste actuellement à une campagne d'intolérance et de haine. Avant même la date fixée pour le début de la campagne électorale, les candidats présidents de l'espace présidentiel détenteur des médias privés commerciaux sont déjà en campagne. Chacun essaye de préserver son image en disant des propos discourtois à l'autre.

La presse est muselée. Plusieurs arrestations ont été perpétrées, le cas de Beni-Butembo (pillage de la RNTC) , Lubumbashi, Kinshasa et Tshikapa. Certains journalistes sont obligés de vivre en clandestinité de peur des représailles

Pourtant, en rapport avec la sécurisation des candidats, des médias, des personnes et des biens il existe une commission qui est coprésidée par le ministère de l'Intérieur, la Commisson Electorale Indépendante et la Monuc.

Un autre problème est celui des dérapages dans le chef de certaines unités de la police et de l'armée. En effet, certaines personnes trop zélées se fond justice seule. A cela, il faut craindre que dans trois semaines, lors de la campagne électorales certaines têtes risquent de tomber car des choses vont être dites et il ne faudra donc pas que l'on reproche aux journaliste de rapporter des propos des acteurs politiques.

Malheureusement, c'est dans l'espace présidentiel que ces choses se fond. Ces derniers ont commencé la campagne électorale très tôt et se versent dans la campagne d'intolérance et d'incitation à la haine. On s'insulte et s'accuse mutuellement. Les candidats présidents de la république sont les premiers à violer les lois de la république particulièrement la loi électorale. Si l'on n'y prend pas garde, la campagne électorale risque de basculer en une guerre orale.

La délégation du Conseil de Sécurité en visite à Kinshasa a promis d'user de son pouvoir et de trouver un peu de compréhension auprès des candidats présidents de la république issus de l'espace présidentiel.

7. Les attentes de la population

En approuvant à une très large majorité la nouvelle constitution le 18 décembre 2005, le peuple congolais a témoigné à la face du monde l'intérêt qu'il porte à ces élections à venir, les premières démocratiques et pluralistes depuis plus de 45 ans. Il a en même temps prévenu les futurs dirigeants sur ses attentes après les élections. On peut ainsi aisément s'imaginer les attentes de ce peuple désabusé et clochardisé par ses dirigeants depuis plus de 45 ans et qui vit depuis sans aucune certitude du lendemain. Le peuple s'attend enfin à recouvrer la paix et la stabilité, à voir enfin la relance économique de son pays aux immenses ressources naturelles, à voir l'image du pays se redorer sur la scène internationale.

Mais ce peuple n'est pas naïf, car il sait bien que tout cela doit passer par la justice et le respect de la loi. Il sait aussi que s'il n'y a pas d'emplois pour les combattants démobilisés et destinés à réintégrer civile, le risque de la reprise des hostilités ou la destabilisation de la sécurité sera toujours d'actualité. Le citoyen moyen et l'ex-combattant se demandent pourquoi il y a de l'argent disponible pour la démobilisation et le désarmement, mais qu'il n'y en a pas pour la création des emplois en faveur de ces démobilisés qui, pour la plupart, n'ont jamais rien appris de leur vivant qu'à gagner la vie au moyen de la kalachnikov.

Les organisations internationales et les agences d'aide au développement auront beau participer au développement main dans la main, m'a dit un activiste des droits de l'homme, mais sans les investissements qui donnent de nombreux emplois aux jeunes gens affamés et armés, ce pays sorti de la guerre peut aussi facilement reprendre la guerre car la relation entre le désespoir économique et la violence est évidente.

Tout en appelant de ses voeux la démocratie et l'instauration d'un Etat de droit, le peuple congolais sait bien que son pays est un point névralgique où l'échec de la démocratie peut également compliquer le problème de la violence et anéantir les efforts de recherche de la paix.

A l'Est du pays, par exemple, dans les provinces du Nord et Sud Kivu ainsi que dans la Province orientale, où le problème de sécurité ne cesse d'être à l'ordre du jour, les populations savent sans se tromper que leur sécurité dépend grandement de celle de leurs voisins de l'Est. Ainsi ils attendent que les futurs dirigeants qui sortiront des urnes comprennent que le problème de sécurité dans la région est un problème plutôt transfrontalier et que sa solution devra être envisagée à une échelle globale et régionale.

«J'ai noté que nos partenaires extérieurs et plus particulièrement la communauté des Nations, sont disposés à nous accompagner activement dans la recherche d'une plus grande maîtrise de la gestion de nos ressources naturelles et humaines pour doter l'Etat congolais des moyens nécessaires afin d'améliorer les conditions de vie de ses populations et de manière générale, de se redresser économiquement et socialement» , Au moins le peuple congolais sait qu'il n'est pas seule dans sa marche vers la paix et la démocratie. Cette déclaration de Christophe Lutundula, un des 33 candidats aux élections présidentielles, se veut rassurant.
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# Posté le vendredi 14 juillet 2006 06:39

Modifié le samedi 23 juin 2007 00:52

La persistance du trafic d'armes

La persistance du trafic d'armes de Tanzanie vers la RDC et le Burundi

Par Charles NASIBU BILALI
collaborateur au GRIP

Avril 2005

Le GRIP publie cette note de son collaborateur Charles Nasibu Bilali, journaliste et chercheur congolais. Il s'agit d'une étude de terrain qui, contrairement à la plupart des travaux du GRIP, ne repose pas sur une méthodologie à base de sources écrites, une méthodologie qui n'aurait pas été applicable à un tel sujet, particulièrement sensible dans la région. C'est donc avant tout sur des témoignages, parfois anonymes, et sur son réseau d'informateurs que notre collaborateur s'est basé pour écrire cette note.

Ce texte constitue une nouvelle pièce au dossier entourant une possible exportation d'une ligne de production de munitions à la Tanzanie par la firme belge New Lachaussée. Il tend à montrer que des trafics d'armes se poursuivent à partir du territoire tanzanien à destination des régions troublées du Burundi et du Sud-Kivu en RDC. Il indique aussi que, malgré les efforts du gouvernement tanzanien en matière de lutte contre les trafics d'armes, ce dernier ne parvient pas à contrôler ses frontières. Il est bien évident qu'il faudra plusieurs années avant que les projets de réformes en Tanzanie – comme dans plusieurs pays de la sous-région – produisent des effets concrets sur le terrain.


I. Introduction

La prolifération et le trafic illicite des armes légères dans la région des Grands Lacs sont parmi les principales conséquences des guerres qui ont désolé pendant plus d'une décennie trois des pays de cette région, à savoir la République démocratique du Congo (RDC), le Burundi et le Rwanda. Les accords politiques pour la paix signés de part et d'autre, le processus de la transition dans laquelle sont impliqués la RDC et le Burundi, le processus d'intégration dans les armées nationales unifiées des différents groupes armés ayant pris part à la guerre au Burundi et au Congo-Kinshasa, tout cela n'a pas suffi à mettre fin aux trafics d'armes légères et de munitions qui se poursuivent encore à l'est de la RDC et au Burundi.
En dépit du fait que la partie orientale de la RDC (en l'occurrence les provinces du Nord et Sud Kivu) soit sur le coup d'un embargo imposé par les Nations unies depuis juillet 2003, le sud du Sud-Kivu demeure un vaste marché du trafic illicite des armes légères. Cette partie de la RDC possède la particularité d'avoir servi de porte d'entrée à toutes les guerres qui ont éclaté dans ce pays depuis 1964. Elle est également frontalière du Burundi, qui vient de passer plus d'une décennie dans la guerre civile, et avec la Tanzanie, pays ayant depuis fort longtemps constitué l'une des principales sources d'approvisionnement et un couloir du trafic d'armes vers la RDC et le Burundi. Cette position géographique, en plus de la présence des groupes armés mal, voire pas du tout, maîtrisés1, compte parmi les facteurs qui favorisent ce trafic d'armes et rendent l'application de l'embargo très difficile. Dès lors, toute surveillance par l'Etat congolais est pratiquement impossible dans cette zone du pays. De même, peu d'inspections ont lieu aux frontières, comme dans les espaces navigables sur le lac Tanganyika. Quant au contrôle administratif, il est inexistant.
Le Burundi est, à l'instar de la RDC, en phase de post-conflit et traverse actuellement une période de transition politique. Le pays a signé une série d'accords de paix avec différents mouvements rebelles, sauf avec le FNL qui poursuit les hostilités avec le pouvoir de Bujumbura. Ce mouvement trouve là une raison de s'approvisionner encore en armes.
Sans se prétendre détaillé, ce rapport se veut être un message fort pour alerter l'opinion sur un phénomène qui, non seulement souligne la violation de l'embargo des Nations unies sur les armes imposé au Kivu, mais met aussi en péril tous les efforts et les sacrifices chèrement consentis pour ramener la paix dans la région des Grands Lacs.
Ce rapport est aussi un bref survol de la situation sécuritaire dans la partie couverte par l'enquête, à savoir les territoires de Fizi et d'Uvira en RDC et le flanc burundais du lac Tanganyika, avant de déboucher sur quelques recommandations.

II. La situation politique et sécuritaire de la zone d'enquête

1. L'est de la RDC
Depuis le déclenchement de la rébellion dirigée par Laurent-Désiré Kabila en septembre 1996, l'est de la RDC, surtout les territoires d'Uvira et Fizi, n'a cessé de prendre des allures de Far West où des groupes paramilitaires ne répondant qu'à eux-mêmes naissent, s'organisent, s'arment, s'affrontent ou s'allient au gré des circonstances, souvent manipulés par l'une ou l'autre puissance de la région. De l'époque de l'AFDL2 à l'époque actuelle de la transition en passant par l'ère RCD3, la réalité est restée la même.
Cette partie du pays est présentement contrôlée, sur le plan militaire, par les combattants-résistants Maï-Maï, longtemps soutenus par le gouvernement de Kinshasa. Après l'échec de la tentative de déstabilisation de la province du Sud-Kivu par les officiers rwandophones Jules Mutebutsi et Laurent Nkundabatware4, la population civile rwandophone a préféré fuir le pays pour se réfugier au Rwanda et au Burundi par crainte de représailles de la part des autres ethnies congolaises. Tous les cadres de la tendance RCD, Banyamulenge ou pas, ont fui également. Les Maï-Maï ont saisi l'occasion pour s'emparer de tous les postes ainsi abandonnés et de mettre de l'ordre à leur façon. C'est ainsi que les responsables actuels des services administratifs et sécuritaires à Uvira et Fizi ont été nommés et imposés par des chefs Maï-Maï locaux.
Après le massacre de Gatumba5, la méfiance est restée totale entre la population congolaise tutsi et les autres communautés. Cette méfiance entretient un climat de tension constante et une tendance à l'autodéfense de part et d'autre. Pendant que les Maï-Maï sont maîtres absolus de toute la plaine riveraine de la Ruzizi et de tout le littoral du lac Tanganyika jusqu'au Nord-Katanga en plus de la presqu'île d'Ubwari, les guerriers Banyamulenge, ou du moins une bonne partie d'entre eux6, contrôlent les hauts et moyens plateaux d'Uvira et de Fizi.
Signalons que du temps de la rébellion du RCD-Goma, ces deux groupes étaient en alliance et combattaient les forces rwandaises et celles du RCD. Ils ont tous été lourdement armés par le gouvernement de Kinshasa dont ils étaient alors les alliés. Aujourd'hui, dans la logique de la transition, du processus DDR (démobilisation, désarmement et réinsertion) et de la dynamique du brassage de l'armée nationale congolaise, le gouvernement pluriel de Kinshasa n'a plus aucun intérêt à approvisionner ces groupes en armes, la guerre étant théoriquement finie. Les troupes sont très mal payées7, ce qui les amène à se sentir de moins en moins concernées par ce qui se dit et se décide à Kinshasa. Elles échappent au contrôle de la 10ème Région militaire dont elles dépendent en principe. Le général Mbudja Mabe, commandant de la 10e Région militaire, dans un accès de colère à Bukavu en octobre 2004, a d'ailleurs traité les Maï-Maï de « civils armés qu'il faut vite désarmer et démobiliser »8. Autant d'indicateurs qui soulignent la tension grandissante au sein de ce qu'on appelle aujourd'hui les FARDC.

2. L'ouest du Burundi

Du côté du Burundi, la réalité se présente de toute autre façon. De toutes les factions qui ont combattu le pouvoir de Bujumbura depuis octobre 1993, seul le FNL est encore actif sur le terrain militaire, en particulier dans les provinces autour de la capitale Bujumbura, à savoir Bujumbura rural, Bubanza et Cibitoke. La présence d'éléments FNL a été un moment signalée en province de Bururi dans la commune Rumonge qui jouxte le lac Tanganyika, ainsi que dans la province de Makamba, frontalière avec la Tanzanie. Le FNL a revendiqué le massacre de Gatumba en août 2004.
Selon la radio de l'Onub (mission des Nation unies au Burundi) émettant à Bujumbura9, une délégation du FNL est en discussion avec des cadres des ministères tanzaniens de la Défense et des Affaires étrangères à Dar es Salaam10. Le gouvernement tanzanien, longtemps accusé par le pouvoir de Bujumbura de soutenir militairement la rébellion du FNL, serait en train de tenter de convaincre ce mouvement rebelle de la nécessité d'aller aux négociations politiques avec Bujumbura.

III. Trafic d'armes sur le lac Tanganyika

1. De la Tanzanie vers l'est de la RDC

Un trafic d'armes est donc toujours entretenu dans la partie est de la RDC en dépit de l'embargo imposé par l'ONU et du processus de paix dans lequel le pays tout entier est engagé. Mais, il faut tenir compte des contingences locales actuelles pour apprécier l'importance de ce trafic. Même s'il persiste, il n'a probablement pas la même ampleur que durant la période 1999-2002.

1.1. Les principaux acteurs de ce trafic

Notre enquête a décelé que le général Dunia Lwendama, principal chef Maï-Maï du Fizi, et plusieurs de ses lieutenants sont à la base du trafic d'armes de la Tanzanie vers le Fizi via le lac Tanganyika. Nos démarches pour obtenir un entretien avec ce seigneur de guerre sont restées vaines. Dunia a établi son état-major à Dine, dans la presqu'île d'Ubwari, d'où il commande et gère le Fizi sans rendre compte, ni au commandant de la 10ème région militaire qui est logiquement son chef hiérarchique, ni au gouverneur du Sud-Kivu qui est la plus haute autorité politico-administrative de la province.
Dunia tire sa force des mines d'or, notamment à Misisi, Lulimba et Lubichako. Il exporte l'or de ces gisements vers la Tanzanie, d'où il revient avec des armes légères et des munitions à bord de petites embarcations rapides, localement appelées marambo et offertes par Kabila au moment fort de la guerre du RCD-Goma. Un de ses lieutenants, le colonel Mayele Wilondja, qui commande la 117e brigade d'infanterie à Swima, nous a d'ailleurs dit : « Nous avons commencé notre résistance contre Kabila (NDLR : le père) et les Rwandais avec nos propres moyens. C'était pour protéger les terres de nos pères que nous entendons léguer à nos fils. Nous avons aidé son fils à se maintenir au pouvoir, et voilà qu'il se prépare aujourd'hui à nous désarmer et à nous brasser avec des ennemis potentiels. Pensez-vous que nous allons nous soumettre à ce jeu ? Jamais de la vie ! C'est de notre droit de nous armer et de perpétuer notre noble lutte. »11 Le major David Abedeneko, commandant en second de la 118e brigade d'infanterie à Baraka, nous a également tenu des propos similaires le lendemain.
Un autre réseau de ce trafic est celui entretenu par le colonel Baudouin Nakabaka. Malgré nos efforts, nous n'avons pas réussi à percer l'opacité de ce réseau. Nous avons néanmoins appris que, d'après un agent de l'Agence nationale des renseignements affecté au port de Kalundu et qui a requis l'anonymat, Nakabaka envoie de temps à autre des émissaires à Kigoma, en Tanzanie. Ces derniers ont la mission d'acheter avec des dollars américains des armes qu'ils cachent dans des sacs de farine de manioc et de fretins avant de les transporter du port de Kigoma et Mwandiga en Tanzanie vers celui de Kalemie (RDC). De là, des hommes de main de Nakabaka embarquent toute la cargaison dans des speed boats jusqu'au petit port Maendeleo à Uvira. Une fois à Uvira, ces armes sont livrées aux rebelles burundais du FNL dans la plaine de la Ruzizi ou directement dans leur base dans les buissons de la Rukoko, à la frontière congolo-burundaise. Toujours selon notre informateur, la dernière cargaison est arrivée à Uvira le 28 mars 2005, soit deux jours avant notre entretien. Il nous a enfin confié que le porte-parole du FNL, Pasteur Habimana, a été hébergé par Nakabaka durant plusieurs mois en 2004 en sa résidence de Kiyaya, quartier résidentiel à l'entrée nord-ouest d'Uvira12.
Il convient de citer aussi des trafiquants isolés qui pullulent dans le Fizi et l'Uvira. Ce sont, soit des commerçants désireux de faire fortune dans le trafic d'armes, soit des ex-miliciens Maï-Maï, des ex-militaires des Forces armées zaïroises (FAZ) ou des Interahamwe, présents dans la région depuis près de onze ans.

2. De la Tanzanie au Burundi

Les principaux cadres du FNL, seul mouvement rebelle actif militairement aujourd'hui au Burundi, sont basés en RDC et en Tanzanie. L'essentiel de leurs armes provient de Tanzanie, par le lac Tanganyika, et sont débarquées dans les petits ports de Minago, Rumonge, Karonda, Mugina ou Nyanza Lac13. Un employé du port de Rumonge qui a requis l'anonymat nous a déclaré que des armes sont dissimulées dans des sacs de farine de manioc, de fretins séchés ou de poissons fumés et séchés, parfois aussi dans des barils d'huile de palme. Il nous a affirmé que les agents locaux des forces de l'ordre burundaises (armée, police de sécurité publique, douane, police des frontières et des étrangers, etc.) sont tous au courant de cela, mais ils se taisent et laissent faire, soit parce qu'ils sont corrompus, soit parce qu'ils ont peur du FNL14.
A la question de savoir pourquoi le Burundi, qui sait que le lac est exploité par les rebelles du FNL pour déstabiliser son territoire, ne fait rien pour renforcer le contrôle du Tanganyika, Monsieur Diomède Hakizimana, administrateur de la commune Rumonge nous a dit que le Burundi n'a pas suffisamment de moyens techniques, financiers et humains pour assurer une surveillance efficace de la partie du lac qui lui revient. « Quand bien même nous aurions ces moyens, nous ne saurions y parvenir tant que la Tanzanie servira d'alliée et de base-arrière à la rébellion, tant que du côté de la RDC il n'y aura ni administration ni système de sécurité organisés. », a ajouté ce responsable administratif local burundais15.
L'autre parcours d'approvisionnement en armes pour le FNL est le réseau Nakabaka que nous venons d'évoquer plus haut.

IV. Recommandations

Afin de renforcer les mesures de lutte contre le trafic de Tanzanie vers la RDC et le Burundi, on pourrait recommander le renforcement du rôle de la communauté internationale représentée dans la région par la Monuc et l'Onub16. Ces deux structures onusiennes doivent étroitement collaborer entre elles dans la surveillance des flux d'armes illégales franchissant les frontières nationales et le lac Tanganyika ; mais elles doivent aussi collaborer avec les organisations de la société civile au Burundi et en RDC. L'on ne doit pas perdre de vue le fait que ni la Monuc ni l'Onub ne possèdent pas en nombre suffisant des membres de leur personnel militaire capables de parler le français, le swahili ou le kirundi, des langues véhiculaires dans la zone concernée par cette enquête.



________________________________________

1 C'est dans cette partie de la RDC que se trouve l'essentiel des Maï-Maï. Ces forces d'autodéfense populaire, qui ont mené la guérilla pour résister contre l'agression rwandaise dans l'est de la RDC, sont aujourd'hui théoriquement incorporées dans l'armée unifiée (Forces armées de la République démocratique du Congo, FARDC), mais restent hostiles à toute idée de brassage pour la formation de la nouvelle armée. En conséquence, elles se comportent en miliciens à la solde des chefs militaires locaux. C'est aussi le cas pour les combattants banyamulenge des commandants Aaron Nyamushebwa et Patrick Masunzu. On retrouve encore dans cette région plusieurs centaines de combattants du Front national de libération (FNL), encore en guerre contre le pouvoir de Bujumbura et entretenant des bastions tout le long du versant congolais de la rivière Ruzizi.
2 Alliance des forces démocratiques pour la libération du Congo-Zaïre, mouvement politico-militaire qui porta Laurent-Désiré Kabila au pouvoir en mai 1997 au terme d'une campagne militaire de sept mois.
3 Rassemblement congolais pour la démocratie, mouvement rebelle qui s'est opposé à L.-D. Kabila à partir d'août 1998.
4 Avec leurs troupes, ces deux officiers tutsi congolais ont attaqué et occupé la ville de Bukavu, chef-lieu de la province du Sud-Kivu, du 2 au 10 juin 2004 avant de se retirer sous pression de la communauté internationale.
5 Dans la nuit du 13 au 14 août 2004, 161 réfugiés Banyamulenge ont été sauvagement massacrés dans leur camp à Gatumba, à l'ouest du Burundi et à seulement 4 km de la frontière avec la RDC. Le massacre avait été aussitôt revendiqué par le FNL, mais certains témoignages y ont vu également la participation de Maï-Maï et d'Interahamwe venus de RDC.
6 Une autre partie des combattants de souche Banyamulenge, estimés entre 3 000 et 4 000 hommes, sont, avec le colonel Jules Mutebutsi, exilés en province de Gikongoro, au Rwanda, depuis juin 2004. Une rumeur persistante rapporte que ces hommes se préparent à revenir militairement en RDC. Il faut également préciser que les combattants Banyamulenge sont, depuis quelques années, divisés en deux grands groupes : les pro RCD/Goma et les pro Kigali dirigés par le colonel Jules Mutebutsi. Quant aux pro Kabila, ils répondent aux ordres du général Patrick Masunzu (basé à Minembwe) et du commandant Aaon Nyamushebwa (basé à Bibokoboko).
7 D'après le capitaine Masemo, responsable de l'administration au sein de la 111ème brigade d'infanterie (T1), un militaire touche par mois 5 180 francs congolais (soit l'équivalent de 10 euros).
8 Propos tenus par le Général Mbudja Mabe, répondant à une question d'un journaliste au cours d'un café-débat organisé par la Commission nationale au DDR et auquel prenaient part des officiels de la MONUC.
9 Journal parlé de 13h00, mardi 29 mars 2005.
10 Citant le quotidien tanzanien « Daily News » du 9/04/05, l'agence italienne Misna évoque un « colloque de paix » qui aurait rassemblé le FNL et les autorités tanzaniennes en un lieu secret à Dar es Salaam (Misna 9/04/05).
11 Entretien avec le colonel Mayele Wilondja dans son bureau de Swima, à 32 km au sud d'Uvira, le 31 mars 2005.
12 Entretien avec un agent de l'Agence nationale des renseignements (ANR) le 30 mars à Uvira.
13 Récit d'un officier burundais attaché à la Police de l'Air, des Frontières et des Etrangers à Bujumbura, que nous avons rencontré à Bujumbura le 27 mars 2005 et qui a requis l'anonymat.
14 Entretien le lundi 28 mars 2005 avec un agent des services des Recherches (filiale de la douane au Burundi) au port de Rumonge, dans le sud-est du Burundi. Il a requis l'anonymat pour sa sécurité.
15 Entretien avec l'administrateur de la commune Rumonge à Rumonge le 28 mars 2005.
16 Mission des Nations unies au Burundi (ONUB) fondée le 15 mai 2004 suivant la résolution 1545 du Conseil de sécurité. L'ONUB a, entre autres, pour mission d'aider la MONUC dans la surveillance des flux d'armes illégales franchissant les frontières nationales et le lac Tanganyika.
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# Posté le lundi 06 mars 2006 14:30

Modifié le dimanche 23 juillet 2006 10:04

Trafics d'armes au Kivu

Trafics d'armes au Kivu


Par Charles Nasibu Bilali


Avec le soutien financier du Groupe de Recherche et d'Information sur la Paix et la Sécurité (GRIP)

TABLE DES MATIERES

SIGLES .......................................................... : 3
CHAP I : INTRODUCTION .............................................. : 4
CHAP II : CADRE GENERAL DE L'ETUDE................................... : 5
- Aperçu général de la zone d'enquête ....................................... : 5
- Contenu de l'étude ........................................................... : 6

CHAP III : PRESENTATION DES DONNEES ET ANALYSE PAR POINT CHAUD
6
- Tableau synthétique des résultas ............................................. : 6
- Analyse des résultats par points chauds...................................... : 11

CONCLUSION................................................ : 18

ANNEXES...................................................... : 19
Questionnaire soumis aux personnes enquêtées
Résultats du dépouillement
Cartes (voir annexes)

SIGLES

AFDL : Alliance des Forces Démocratique pour la Libération du Congo-Zaïre
ANC : Armée Nationale Congolaise
CNDD-FDD : Convention Nationale pour la Défense de la Démocratie – Forces de Défense
de la Démocratique
FAR : Forces Armées Rwandaises
FDLR : Forces Démocratiques pour la Libération du Rwanda
FNL : Front National de Libération
FPR : Front Patriotique Rwandais
LD : Laurent Désiré (Kabila)
ONU : Organisation des Nations Unies
RCD : Rassemblement Congolais pour la Démocratie
RDC : République Démocratique du Congo
SOE : Secteur Opérationnel de l'Est
SOSE : Secteur Opérationnel du Sud-Est
*****************
CHAPITRE I : INTRODUCTION

La prolifération, la détention et le trafic illicites ainsi que la circulation incontrôlée des armes légères et de petit calibre sont des facteurs qui ont depuis longtemps mis à mal la sécurité et la stabilité politique, économique et sociale de toute la RDC en général et de sa partie est en particulier. Autant ces facteurs engendrent et alimentent les conflits armés, autant ils génèrent des gros intérêts pour les faiseurs de guerres et autres acteurs véreux de la scène politique de cette région. Tout cela a un effet pernicieux sur le fragile processus de paix dans lequel la RDC est engagée depuis 2003.

Pour donner une chance à la paix et contrôler au maximum ce mouvement d'armes, l'ONU a imposé un embargo sur les armes dans la partie Est de la RDC par la Résolution 1493 du 28 juillet 2003 du Conseil de sécurité. Cette résolution a pris effet le 31 juillet 2003 et devait rester en vigueur pendant deux ans, elle concernait à ce moment-là les deux Kivu et la région de l'Ituri. Au 31 juillet 2005, le Conseil de sécurité a décidé par sa Résolution 1616 du 29 juillet 2005 de reconduire cet embargo pour une autre période d'une année tout en l'élargissant sur toute l'étendue de la RDC.

Depuis son imposition, cet embargo n'a malheureusement jamais été efficacement respecté. Les trafics d'armes persistent, le nombre et réseaux de trafiquants ne cessent de croître. Ceux qui violent l'embargo sont souvent ceux-là même qui sont censés l'observer et le faire respecter, c'est-à-dire les agents de l'ordre et les décideurs politiques.

Le présent rapport, qui vise à établir de manière factuelle la violation massive de cet embargo sur les armes imposé à la RDC par le Conseil de sécurité, est le fruit d'un travail de terrain mené par une dizaine d'enquêteurs à travers tout le Sud Kivu sans le territoire de Shabunda. Il fournit des détails représentatifs de la circulation, de la détention (caches et stocks), des transactions (achats, ventes et échanges) et du degré de collaboration entre la population et les forces de l'ordre dans la lutte contre ces déviations à travers toute la zone couverte par l'enquête. Il vient également dévoiler l'état d'insécurité permanente qui perdure dans cette partie du pays.

Pour y arriver, nous avons commencé par former l'équipe d'enquêteurs qui ont été par la suite déployés dans 33 différents milieux du Sud-Kivu désignés préalablement comme « points chauds ». L'enquête sur terrain s'est déroulée sous forme d'interview où une personne interviewée répondait à un questionnaire de 36 questions. Les interviewés étaient de différents âges, de différentes catégories sociales et de différents sexes, un échantillon représentatif de la population, en somme. Les questions étaient de deux types : les questions fermées où l'interviewé ne pouvait répondre que par « oui » ou « non », et las questions ouvertes qui lui donnaient l'occasion de donner une ou plusieurs réponses pour une seule question.

Un travail comme celui-ci effectué dans un tel contexte ne saurait se faire sans grandes difficultés. Les enquêteurs en ont connu de toutes sortes. En plus des problèmes liés à l'insuffisance des ressources financières pour accomplir correctement le travail, et des difficultés d'accès dans différents coins de la province dépourvus d'infrastructures routières et communicationnelles, les enquêteurs se sont plusieurs fois butés au problème de l'insécurité. Un des leurs, Dominique Riziki Mubigalo, a ainsi été enlevé et séquestré huit jours durant par des éléments des FDLR aux environs de Nyangezi, au Sud de Bukavu, alors qu'il menait son enquête. Il a fallu payer une rançon de 500 dollars américains pour obtenir sa libération. Son collègue, Gilbert Kibondo Burubwa, a dû payer par deux fois des amendes aux éléments Maï Maï des collines surplombant la cité de Sange, ces derniers le soupçonnaient d'être un espion envoyé par les « ennemis de la RDC». En plus de ces difficultés, il convient aussi de signaler les longs kilomètres parcourus à pieds, les journées passées sans rien manger et les nuits passées dans des conditions inhumaines, tout cela en vue de chercher des faits et d'atteindre les objectifs de cette étude.

CHAPITRE II : CADRE GENERAL DE L'ETUDE

Aperçu général de la zone d'enquête

La particularité de la province du Sud-Kivu dans le contexte général de la RDC c'est d'abord sa position stratégique. Il est situé à l'extrême Est du pays, fait frontière avec le Rwanda, le Burundi, la Tanzanie et la Zambie (par le lac Tanganyika). C'est ensuite son activisme militariste quasi permanent depuis l'accession du pays à l'indépendance. Le Sud-Kivu a été le berceau et/ou la pépinière de toutes sortes des mouvements armés et insurrectionnels :Mulele[1], Schramm[2], LD Kabila, Maï Maï, RCD, Nkunda et Mutebutsi[3]. Enfin, c'est la présence des groupes armés parmi ceux qui ont participé aux deux dernières guerres qui demeurent radicalement hostiles et réfractaires au processus de brassage.

La province du Sud-Kivu forme aujourd'hui la dixième région militaire des FARDC. C'est aussi l'une des circonscriptions militaires qui regorgent le plus grand nombre de factions ayant participé à la guerre entre 1996 et 2002. Ces différentes factions sont officiellement aujourd'hui en cours de brassage. Ce qui reste largement une théorie car une grande partie d'entre elles sont celles qui répondent aux ordres des quelques caciques seigneurs de guerre, et ces derniers se comportent toujours en roitelets dans les fiefs qu'ils contrôlent.

L'autre problème encore épineux pour cette province c'est la présence des milliers d'éléments Rwandais des FDLR. L'enquête dans le cadre de cette étude signale leur présence massive dans quasi les trois quarts de la province. Cette présence massive se signale toujours par des activités subversives et des actes criminels dont ces gens se rendent de temps à autres coupables.

Disons aussi que la dynamique démographique du Sud-Kivu a démontré qu'il existe des populations transfrontalières qui appartiennent ou accusent des liens très étroits en RD Congo, au Burundi et au Rwanda. Le jeu des alliances peut des fois s'expliquer sur base des affinités ethniques, culturelles et historiques bien réelles au sein des populations des trois pays.

La présence d'un sous-sol extrêmement riche dans le Fizi, le Kalehe et le Mwenga justifie
l'intérêt accru des chefs des milices locales et de toutes sortes d'aventuriers à cette contrée.


Contenu de l'étude

Dans la présente étude, il a été principalement question de :

- Identifier les détenteurs, trafiquants et utilisateurs finaux des armes légères dans les milieux identifiés comme ''points chauds'' ;
- Déceler les raisons majeures pour lesquelles les armes sont illicitement détenues, vendues et achetées dans cette partie du pays ;
- Localiser les lieux de vente et d'achats de ces armes, leur coût et les localités de leur destination finale ainsi que leurs zones de transit
- Mesurer le degré de collaboration entre les forces de l'ordre et la population en matière de saisi et de contrôle sur la circulation illicite d'armes légères

CHAPITRE III :

PRESENTATION DES DONNEES ET ANALYSE PAR POINT CHAUD


3. 1. Introduction

Les données de chaque point chaud résultent du travail de dépouillement des données recueillies par les enquêteurs dans ces points chauds. A l'issue de l'enquête, nous avons collecté toutes les fiches et procédé au dépouillement des données. Ces résultats sont présentés ici de manière brute telle que les personnes interviewées les ont formulées. Il y a beaucoup de similitude dans les réponses, ce qui conduit à dire que les personnes enquêtées ont vécu des situations identiques.

3. 2. Tableau synthétique des résultats

Nombre de personnes interrogées: TOTAL 765

1) Avez-vous connaissance d'armes en circulation dans le village / le quartier ? Oui Non
736 28
2) Ces armes sont-elles portées par :

A) des policiers / douaniers 467
B) des militaires FARDC 671
C) des militaires d'autres groupes congolais (non brassés) 497
+ si oui, de quels groupes ?

D) des militaires de groupes non congolais 319
+ si oui, de quels groupes ?

E) des anciens militaires ou combattants 384
F) des bandits ou criminels 288
G) des éleveurs ou agriculteurs 103
H) des commerçants 149
I) des creuseurs 186 J) d'autres civils 208

3) Avez-vous connaissance d'armes cachées ou stockées dans le village / quartier ? Oui Non
624 179
4) Ces armes sont-elles cachées ou stockées ? a) cachées b) stockées
512 542
5) Ces armes sont-elles portées par :
A) des policiers / douaniers 267
B) des militaires FARDC 554
C) des militaires d'autres groupes congolais (non brassés) 417
+ si oui, de quels groupes ?

D) des militaires de groupes non congolais 259
+ si oui, de quels groupes ?

E) des anciens militaires ou combattants 251
F) des bandits ou criminels 340
G) des éleveurs ou agriculteurs 102
H) des commerçants 178 I) des creuseurs 131 J) d'autres civils 230
6) Pourquoi ces armes sont-elles cachées ou stockées ?
A) par mesure de sécurité 549 B) parce qu'elles ne sont pas utilisées actuellement 184
C) pour échapper au contrôle des autorités locales 215
D) pour échapper au contrôle de la MONUC 116
E) pour d'autres raisons 410
+ si oui, précisez

7) Avez-vous d'autres informations sur les stocks ou caches d'armes ?

8) Avez-vous connaissance d'armes en transit par le village / quartier ? Oui Non
394 356 9) Savez-vous d'où proviennent ces armes ? Oui Non
+ si oui, précisez les lieux d'où elles viennent. 322 162
10) Savez-vous où sont expédiées ces armes en transit ? Oui Non
+ si oui, précisez les lieux où elles sont expédiées. 280 211
11) Savez-vous par quels moyens sont transportées ces armes ? Oui Non
+ si oui, précisez 328 74 A) camion 169
B) moto/vélomoteur 75
C) autre véhicule à moteur 128
D) avion 73
E) vélo 81
F) à pied 212
G) bateau/pirogue 114
H) autre (précisez) 0

12) Avez-vous d'autres informations sur les transits d'armes ?

13) Avez-vous connaissance de ventes, achats ou échanges d'armes dans le village / le quartier ?
Oui Non
413 308
Si oui, répondez aux questions 14 à 32 ; si non, allez directement à la question 33

14) Ces ventes, achats ou échanges d'armes se produisent-ils
A) régulièrement 201 B) rarement 219

15) Ces transactions se tiennent-elles dans des lieux précis (ex. marché, maisons privées, commerces...) ? Oui Non
189 235
Lesquels ?

16) Les armes à vendre sont-elles exposées (visibles pour les non acheteurs) ? Oui Non
42 384

17) Avez-vous une idée des quantités d'armes vendues en ces lieux ? Oui Non
37 383
+ Si oui, citez une estimation du nombre d'armes que l'on peut y trouver.

18) Avez-vous une idée des types et des marques d'armes vendues en ces lieux ? Oui Non
270 157 + Si oui, citez les types d'armes (fusils, grenades, munitions....) et les marques (Kalachnikov, G3...) les plus vendus.

19) En échange de quel(s) bien(s) sont acquises les armes ?
A) argent 389
B) minerais (précisez) 237
C) nourriture/produits agricoles 50
D) animaux 101 E) êtres humains (dot, domestique...) 172
F) autres (précisez) 231

20) Avez-vous une idée des prix pratiqués ? Oui Non
+ Si oui, citez quelques exemples (maximum 3). 172 231
21) D'où viennent les armes vendues ici ?
A) ne sait pas 131 B) d'autres localités de RDC (précisez) 228
C) de localités d'autres pays (précisez) 171

22) Les vendeurs sont-ils originaires de la région ? Oui Non
276 144

23) Les vendeurs sont-ils des « professionnels » (vendeurs réguliers d'armes) ? Oui Non
281 142

24) Les vendeurs font-ils appel à des intermédiaires (commissionnaires) ? Oui Non
321 86
25) Les vendeurs sont-ils de nationalité congolaise ? Oui Non
365 93
+ si non, précisez nationalité
A) des policiers / douaniers 80
B) des militaires FARDC 183
C) des militaires d'autres groupes congolais (non brassés) 214
+ si oui, de quels groupes ?
D) des militaires de groupes non congolais 139
+ si oui, de quels groupes ?
E) des anciens militaires ou combattants 149
F) des bandits ou criminels 77
G) des éleveurs ou agriculteurs 28
H) des commerçants 162
I) des creuseurs 80
J) d'autres civils 166
26) Les acheteurs sont-ils originaires de la région ? Oui Non
267 150

27) Dans quelle(s) catégorie(s) pouvez-vous classer les acheteurs ?
A) policiers / douaniers 2
B) militaires FARDC 6 C) militaires d'autres groupes congolais (non brassés) 91
+ si oui, de quels groupes ?
D) militaires de groupes non congolais 95
+ si oui, de quels groupes ?
E) anciens militaires ou combattants 82
F) bandits ou criminels 22 G) éleveurs ou agriculteurs 152
H) commerçants 250 I) creuseurs 165 J) autres civils 200
28) Ce commerce est-il toléré ou protégé par certains éléments des autorités (police) ?
Oui Non
226 190

29) Les vendeurs ou acheteurs paient-ils des formes de taxes aux autorités ?
Oui Non
161 254

30) Les armes achetées ici restent-elles dans le village / le quartier ? Oui Non
251 158
a) Si oui, qui les achète, pour en faire quoi ?
b) Si non, où sont-elles transportées après leur achat ?

31) Si vous comparez la période actuelle avec celle d'il y a un an, avez-vous l'impression que les transactions en armes dans votre localité sont en augmentation ou en diminution ?
A) ne sait pas 59
B) augmentation 23
C) diminution 193 D) environ la même chose 139

32) Avez-vous d'autres informations sur les ventes, achats ou échanges d'armes ?

33) Avez-vous connaissance de saisies d'armes dans le village / le quartier ? Oui Non
265 453
Si oui, répondez aux questions 34 à 36

34) Qui a opéré des saisies d'armes dans le village / le quartier ?
A) autorités congolaises (police, armée...) 204
B) autorités locales/coutumières 21
C) MONUC 46 D) autres (précisez) 4

35) Que deviennent les armes saisies ?
A) stockées ou emportées par les autorités congolaises 181
B) stockées ou emportées par la MONUC 30
C) revendues au marché noir 7
D) détruites 7 E) ne sait pas 43 F) autre (précisez)

36) Existe-t-il une forme de collaboration entre la population et l'administration ou les forces de l'ordre à propos de la lutte contre les trafics d'armes ? Oui Non
259 446
+ Si oui, précisez

3.3. Analyse des résultats par points chauds

Les points chauds ont été classés par territoire (ou mairie) et regroupés par axe. La longueur des sections suivantes varie fortement en fonction des données recueillies et, partant, de l'intensité de la prolifération et du trafic d'armes. Nous avons ainsi identifié 33 points chauds regroupés autour des 6 axes, c'est pratiquement toute la province du Sud-Kivu (en dehors du territoire de Shabunda) qui a été couverte par notre enquête.

3. 3. 1. Territoire d'Uvira

Le territoire d'Uvira est l'un des plus importants du Sud Kivu. Il doit son importance à sa position stratégique qui le place au carrefour d'un important espace commercial qui va de la capitale provinciale du Sud Kivu à la Zambie en passant par Bujumbura et Kigoma, en Tanzanie. Le port d'Uvira est le deuxième au niveau national de par son importance après celui de Matadi. La position d'Uvira en face de la capitale burundaise et sur le lac Tanganyika souligne encore davantage cette importance.
Après avoir été l'un des principaux bastions mulelistes entre 1963 et 1964, Uvira a servi de porte d'entrée aux deux récentes guerres d'agression dont la RDC a été victime en 1996 et en 1998. Il avait ensuite accueilli, en 1993 et 1994, des milliers de réfugiés burundais qui fuyaient les massacres interethniques consécutifs à l'assassinat du président Melchior Ndadaye[4], et des Rwandais qui fuyaient l'avancée des troupes du FPR[5] après le génocide de 1994. Et depuis lors, plusieurs mouvements armés, nationaux et étrangers, se sont créés, développés, organisés au gré des circonstances.
Tous ces rendez-vous historiques ont été autant d'occasions pour Uvira de constituer la plaque tournante du trafic (achat, vente, transit) d'armes.

Uvira centre

Dans le centre urbain d'Uvira, sur 25 personnes interrogées, tous ont affirmé avoir connaissance d'armes en circulation, tous affirment avoir connaissance d'armes cachées et/ou stockées, 13 détiennent des informations sur le transit d'armes et savent d'où elles proviennent et où elles sont acheminées et ce qu'on en fait ensuite.

Il s'est globalement avéré, à la lumière des résultats de l'enquête en ce lieu, que les armes présentent ou qui transitent par ici proviennent du territoire de Fizi, du Burundi et, dans une certaine mesure, de la Tanzanie.

Les vendeurs, acheteurs et commissionnaires se comptent pêle-mêle parmi les militaires et policiers réguliers congolais, les miliciens Maï Maï non encore brassés, les éléments du FNL burundais fortement présents dans le coin. Le lac Tanganyika, la route Uvira-Baraka, les ports Kalundu et Maendeleo ainsi que la frontière de Kavimvira sont les principales voies de passage d'armes.

Kiliba

La cité de Kiliba, située à moins de 25 Km d'Uvira centre doit son importance à sa position à la frontière avec le Burundi dont elle partage avec la commune burundaise de Mutimbuzi le buisson de Rukoko réputées être le sanctuaire de la rébellion du FNL, seule mouvement réfractaire au processus de paix au Burundi.

A Kiliba, sur 25 personnes interrogées par nos enquêteurs, tous reconnaissent avoir connaissance d'armes en circulation, tous ont affirmé avoir connaissance de caches et stocks d'armes, des ventes, achats et échanges ainsi que de leur provenance et destination.

Les acteurs les plus cités à Kiliba dans ce circuit sont notamment les éléments du FNL burundais, les Maï Maï non encore brassés et certains éléments des FARDC dont des officiers.

Sange

La cité de Sange est située à 35 Km au nord d'Uvira, sur la route de Bukavu. Elle avait abrité entre 1994 et 1996 deux grands camps des réfugiés rwandais et burundais, dont des rebelles des FDD de Léonard Nyangoma[6] et des ex-FAR et Interahamwe qui sont encore signalés aujourd'hui (sous l'appellation FDLR) dans cette région.

Sur 45 personnes interrogées à Sange, 42 ont affirmé avoir connaissance de circulation d'armes, 31 ont affirmé être au courant des caches et stocks d'armes, 15 savent comment ces armes transitent par là et 12 savent d'où elles proviennent et ce qu'on en fait ensuite. Les acteurs les plus cités sont par ordre d'importance les éléments du FNL, les Maï Maï et les FDLR.

Luvungi et Lubarika

Luvungi est le dernier centre important au nord du territoire d'Uvira, il est frontalier de la province de Cibitoki au Burundi. Lubarika est une cité plus ou moins jumelle de Luvungi située à mi chemin entre Luvungi et les moyens plateaux de Lemera. 100% de personnes interrogées en ces lieux ont affirmé avoir connaissance de circulation, de trafics et transit d'armes.

Les acteurs impliqués en cela sont selon les interviewés les Maï Maï non encore brassés du colonel Abdou, les éléments ex-ANC aujourd'hui incorporés aux FARDC en quête des moyens de survie ainsi que les FDLR. Les armes en circulation ici proviennent du Burundi, d'Uvira, de Bukavu et du Rwanda. D'importantes caches d'armes ont été signalées ici, c'est selon les interviewés des armes laissées par l'armée rwandaise lorsqu'elle quittait la RD Congo en septembre - octobre 2002.

Lemera

Situé dans les moyens plateaux de la chaîne des Mitumba, Lemera est en même temps la capitale du Bufuliiru. Le coin est réputé être infesté d'éléments des FDLR. Lemera est en même temps le siège de la 109ème brigade des FARDC commandée par le colonel Gabriel Kayamba, ex seigneur de guerre Maï Maï. Ce sont les militaires ex-Maï Maï de cette brigade qui avaient massivement déserté le camp de brassage de Luberizi en mai 2005. Pour eux c'était plus intéressant de rester éternellement des miliciens locaux que soldats dans une armée nationale intégrée.

Lemera constitue un important centre de transit d'armes entre la zone de Minembwe, la plaine de la Ruzizi et le Rwanda d'où proviennent d'importantes cargaisons d'armes. Les principaux acteurs du trafic d'armes à Lemera sont les FDLR dont la présence est fortement signalée en cette contrée, ainsi que les Maï Maï non encore brassés. Selon les informations recueillies sur place, il existe une étroite collaboration entre les FDLR et les militaires de la brigade de Kayamba en matière de vente, achat et échange d'armes. Les FDLR ont même obtenu du colonel Kayamba le droit de percevoir des taxes dans différents marchés dans et autour de Lemera ainsi que de faire payer le péage sur certains axes routiers.

Kamanyola

Localité frontalière avec le Rwanda, Kamanyola est sous contrôle de troupes de l'ex ANC dont seuls les officiers ont été brassés. Cette localité fait partie du territoire de Walungu mais elle est plus liée à Uvira car elle est le prolongement nord de la Plaine de la Ruzizi.

Sur 12 personnes interrogées, tous affirment avoir connaissance d'armes en circulation ; 8 détiennent des informations sur les caches et les stocks, la provenance et la destination d'armes, et seulement 6 ont connaissance de saisies.

Les armes vendues, achetées ou transitant par Kamanyola proviennent essentiellement du Rwanda ou des stocks abandonnés par l'armée rwandaise en 2002. Les acteurs impliqués sont les Maï Maï et les FARDC ex ANC.

3. 2. Territoire de Fizi

Alors que le territoire de Fizi regorge de mines d'or, du bois et domine le lac Tanganyika, ce vaste territoire situé au sud du Sud Kivu est le plus reculé sur le plan du développement au niveau de la province. Il est resté fort longtemps le bastion de divers mouvements rebelles et insurrectionnels. Plusieurs rebelles et révolutionnaires y avaient entretenu des maquis, de Pierre Mulele à Dunia Lwendama[7] en passant par Che Guevara et Laurent Désiré Kabila. Ses différentes mines d'or sont autant des grands marchés d'armes. Dans beaucoup de coins de Fizi, la marge entre milicien et civil est souvent difficile à tracer tellement tout le monde porte parfois plus de trois armes à feu ; dans d'autres coins encore, l'arme sert de monnaie d'échange pour accéder à certains avantages (épouser une femme, obtenir une propriété ou une concession minière, etc.).

Baraka et Bibokoboko

Par sa position sur le lac Tanganyika et à mi-chemin entre le chef-lieu du territoire de Fizi et la ville d'Uvira, Baraka est le centre de ce territoire. En 1964, les rebelles mulelistes s'y étaient confortablement installés, Che Guevara et LD Kabila y avaient établi leur Quartier Général entre 1966 et 1967, le coin avait servi d'important bastion, entre 1994 et 1996 aux ex rebelles du CNDD-FDD aujourd'hui au pouvoir à Bujumbura avant qu'ils en aient été délogés pars la coalition AFDL-FPR. L'armée rwandaise et les troupes de l'ANC y avaient menés plusieurs batailles contre les résistants Maï Maï de Dunia Lwendama depuis août 1998 avant de les y déloger définitivement en 1999. L'armée burundaise, qui a combattu en RD Congo aux côtés de l'armée rwandaise et des troupes de l'ANC, avait établi son état major à Baraka entre 1999 et 2001.
La localité de Bibokoboko quant à elle, est située dans les moyens plateaux de la chaîne des Mitumba en terre banyamulenge. Elle est militairement contrôlée par les hommes du commandant Aaron Nyamushebwa[8] non encore brassés.

Concernant les trafics d'armes sur cet axe, sur 60 personnes interrogées, 57 ont connaissance de circulation d'armes, 52 détiennent des informations sur les caches ou stocks d'armes, 34 possèdent des données pour ce qui est de leur transit, 38 savent quelque chose de leurs ventes, achats ou échanges et seulement 7 de leurs saisies.

Kilembwe et Misisi

Située dans les hauts plateaux de Fizi, la localité de Kilembwe doit son importance à la grande piste d'atterrissage qu'il abrite, cette piste qui avait servi à la fois à LD Kabila et à l'APR pour inonder cette région d'armes et munitions. L'APR s'était servi de cette piste pour approvisionner ses troupes qui combattaient aux côtés des troupes de l'AFDL entre 1996 et 1998. Les Antonov de LD Kabila y atterrissaient régulièrement et débarquaient des cargaisons d'armes et munitions destinées aux Maï Maï du SOE et du SOSE entre 1999 et 2001[9].

Quant à Misisi, la localité doit son importance aux innombrables mines d'or qu'elle renferme. Ces mines d'or de Misisi sont des vastes marchés d'armes où civils et militaires, creuseurs et acheteurs d'or ont tous intérêt à acheter, vendre ou échanger armes et minutions.

Sur 70 personnes interrogées sur cet axe, tous ont connaissance de circulation d'armes, tous ont affirmé détenir des informations sur les caches ou stocks d'armes, 65 possèdent des données pour ce qui est de leur transit, tous savent quelque chose de leurs ventes, achats ou échanges et personne de leurs saisies. Les acteurs dans ce trafic sont autant des civils (commerçants ou creuseurs) que des éléments des FARDC, des Maï Maï non encore brassés et d'autres forces organisées sur des bases claniques[10].

Dine

Par sa position stratégique au bord du lac et en face du Burundi et de la Tanzanie, la presqu'île d'Ubwari dont Dine est le chef-lieu est en fait un haut lieu du trafic d'armes. Cette contrée est sous le contrôle des Maï Maï non encore brassés du général Dunia Lwendama, ce seigneur de guerre qui contrôle tout le Fizi comme sa propre parcelle.

Sur 40 personnes interrogées à Dine, tous ont connaissance de circulation d'armes, ils ont affirmé détenir des informations sur les caches ou stocks d'armes, tous possèdent des données pour ce qui est de leur transit, tous savent quelque chose de leurs ventes, achats ou échanges ainsi que de leurs saisies.

Comparativement aux années antérieures, ces mouvements de trafic d'armes sont cependant en diminution. Ils étaient intenses, en provenance de la Tanzanie, du Burundi, du Rwanda par Uvira et de Kilembwe depuis les années 1996.

3 .3. 3. Bukavu et ses environs

La ville de Bukavu, capitale de la province du Sud Kivu, a été l'objectif principal de toutes les rébellions et tous les mouvements insurrectionnels qui sont partis de l'Est de la RDC, de Pierre Mulele en 1964 à Laurent Nkunda et Jules Mutebutsi en 2004, en passant par Jean Schramm en 1967, l'AFDL en 1996, et le RCD en 1998.

Déjà en 1994, Bukavu et ses environs (Nyangezi, Mudaka, etc.) avaient accueilli des milliers de réfugiés rwandais dont plusieurs centaines de militaires des ex FAR ainsi que des miliciens Interahamwe qui sont devenus aujourd'hui les FDLR[11].

Entre février et mai 2004, les services du tout nouveau commandant de la 10ème région militaire, le général Prosper Nabiolwa[12], avaient découverts et démantelé plusieurs importantes caches d'armes, des armes qui étaient venues furtivement du Rwanda voisin et dont une bonne partie a servi en mai-juin de la même année aux insurgés du général Nkunda et du colonel Mutebutsi dans leur aventure guerrière contre la ville de Bukavu.

Dans la ville de Bukavu ainsi que dans les localités de Nyangezi, Walungu, Kavumu et Miti, identifiées par la présente enquête comme points chauds, nos enquêteurs ont pu interroger 194 personnes.186 d'entre eux ont affirmé avoir connaissance de circulation d'armes, 147 ont affirmé détenir des informations sur les caches ou stocks d'armes, 131 possèdent des données pour ce qui est de leur transit, 69 savent quelque chose de leurs ventes, achats ou échanges et 133 ont dit avoir d'informations sur les saisies.

Les actuels acteurs dans ce trafic sont les militaires des FARDC, les Maï Maï non encore brassés et les FDLR qui encerclent pratiquement la ville, tellement leur présence est signalée dans toute la zone périphérique de Bukavu.

Aussi faut-il préciser que même si encore d'actualité, ce trafic a considérablement décru comparativement aux années précédentes où les troupes rwandaises étaient officiellement présentes sur le territoire congolais.

3. 3. 4. Territoire de Kalehe

Ce territoire est situé au nord-est du Sud Kivu, il fait frontière avec le Nord Kivu au nord et le Rwanda à l'est. Ce territoire recèle d'immense ressources naturelles dont l'or, le cassitérite, le coltan et le bois ; il entretien beaucoup d'échanges avec le Rwanda à travers le lac Kivu et le point de convergence qui est l'île d'Idjwi. En 1994, plusieurs milliers des réfugiés rwandais dont naturellement des ex FAR et Interahamwe avaient été accueillis dans diverses localités de Kalehe.

Depuis les années 1996, Kalehe a été un important couloir de transit d'armes du Rwanda vers diverses localités congolaises et du Nord Kivu vers le Sud Kivu. Mais notre enquête n'a malheureusement pas découvert grand chose quant au trafic. C'est ainsi qu'à Kalehe centre, sur 28 personnes interrogées, 26 ont connaissance de la circulation d'armes, 27 attestent être au courant d'armes stockées, mais un seul affirme avoir connaissance d'armes en transit, personne ne sait d'où ça vient, alors que 23 affirment être au courant d'échanges d'armes entre Maï Maï et FDLR d'une part et entre les mutins de Laurent Nkunda et les militaires des FARDC issus de l'ex ANC de l'autre. Et beaucoup ont souligné le fait que ce trafic a eu lieu entre avril et juin 2004, à l'époque où le général Laurent Nkunda et le colonel Mutebutsi avait tenté un coup de force contre le pays en s'emparant de la ville de Bukavu et d'une partie de la Plaine de la Ruzizi. Aucune information sur les saisies n'a été recueillie.

A Kalonge, 20 personnes ont été interrogées. Toutes ces personnes ont connaissance d'armes en circulation, toutes détiennent des informations sur les caches et stocks, personne ne sait rien de transit, et une seule personne a des éléments d'information sur les ventes et achats, personne ne sait rien des saisies. Les caches d'armes de Kalonge sont imputées aux militaires ex ANC et fidèles à Laurent Nkunda. Quant au seul cas de vente et achat, il est attribué aux éléments des FDLR présents dans le coin et aux mêmes ex ANC.

A Minova, 24 personnes ont été interrogées. Tous les 24 ont connaissance d'armes en circulation dans leur contrée, tous ont connaissance d'armes stockées ou cachées, rien n'a été récolté sur les transits, ni sur les ventes et achats, moins encore sur les saisies. Les armes qui circulent dans cette localité sont, à la lumière de l'enquête, détenues par les militaires FARDC de la 10ème région militaire et les Maï Maï non encore brassés. Nous signalerons qu'après son retrait de la ville de Bukavu sous la pression de la communauté internationale au travers de la MONUC, le général Laurent Nkunda avait stationné ses troupes dans cette localité. Le général Félix Mbudja Mabe, encore commandant de la 10ème région militaire, a mené, entre novembre et décembre 2004, des opérations militaires qui ont finalement réussi à chasser de là les troupes insurrectionnelles du général déchu.

Dans l'île d'Idjwi, 15 personnes ont été interrogées par l'enquêteur. Toutes ont connaissance de circulation, de caches et stocks, de transit, ainsi que des ventes et achats. Personnes ne sait rien des saisies. Les acteurs de ce trafic sont les militaires de l'armée régulière rwandaise, qui est souvent présente sur l'île. Les autorités administratives d'Idjwi entretiendraient d'excellentes relations avec les militaires rwandais et feraient complaisance à ce trafic.

A Nyabibwe, les gens étaient très méfiant à l'endroit de notre enquêteur qu'il soupçonnait être un agent de Nkunda pour les uns, ou un émissaire de Kinshasa pour les autres. Seuls 10 personnes ont accepté de répondre aux questions de l'enquêteur. Tous les 10 ont connaissance d'armes en circulation, des caches et stocks ainsi que des transits. Par contre, seulement 6 d'entre elles détiennent des informations sur les ventes et achats. Personne ne sait rien des saisies. Les acteurs du trafic d'armes ici sont les FDLR et les Maï Maï non encore brassés.

3. 3. 5. Le territoire de Mwenga

Par le fait que ce territoire est situé loin de la zone frontalière, il est moins frappé par la problématique des armes légères par rapport à d'autres territoires déjà cités. Pour autant, on se gardera d'affirmer qu'il en est totalement exempt, car il renferme beaucoup de mines d'or et, généralement, ces lieux sont considérés comme des plaques tournantes du trafic et de la circulation mafieuse d'armes.

C'est ainsi que sur 102 personnes interrogées, 96 ont connaissance de circulation d'armes dans la contrée, 44 détiennent des informations sur les stocks et caches (essentiellement en zone aurifères comme Kamituga), rien n'a été signalé sur les transits, 29 personnes affirment être au courant des ventes et achats et 11 des saisies. Les acteurs du trafic d'armes sont ici les Maï Maï et les Rwandais des FDLR. Les zones enquêtées sont Kamituga, Kasika, Ilila, Musondjo et Mungombe.

3. 3. 6. Le territoire de Minembwe

Minembwe est situé dans les hauts plateaux de la chaîne montagneuse de Mitumba. Il est, en tant que territoire, une création du RCD/Goma et prend une portion du Fizi, une d'Uvira et une de Mwenga, c'est un milieu habité essentiellement par les populations nilotiques Banyamulenge, bien qu'on y trouve une infime minorité bantoue.

Les Banyamulenge de cette contrée ont activement participé à toutes les actions guerrières qu'a connues cette partie de la RDC depuis l'indépendance. Ils étaient nombreux dans les rangs des rebelles mulelistes, on a signalé leur présence massive au sein des troupes qui sont restés fidèles à LD Kabila au cours de ses différentes aventures guerrières entre 1966 et 1982, on a signalé leur présence dans les rangs de l'APR durant les années de lutte qui a abouti à la prise de Kigali, ils ont occupé la première ligne dans la campagne militaire de l'AFDL[13] qui a conduit à la chute de Mobutu et à la prise du pouvoir à Kinshasa par LD Kabila, ils ont été la cheville ouvrière au niveau national de la rébellion du RCD avant de se démembrer en différentes factions des fois alliées des fois hostiles et enfin ils formaient l'essentiel de ce que Mutebutsi disposait comme force.

Aussi faut-il dire que le Munyamulenge est un peuple pasteur, comme d'ailleurs toutes les autres peuplades nilotiques de la région. Il a souvent été victime des attaques soit de ses voisins bantous envieux de son élevage soit d'autres prédateurs. Pour ce faire, il a senti et développé le désir de vivre armé. C'est ainsi que, en plus de sa longue histoire guerrière, le Munyamulenge est un peuple armé et à la culture militariste. La présente enquête nous a révélé par exemple la présence, dans différents coins de Minembwe, de vieilles armes de type FN FAL encore cachées et qui ont servi en 1964 dans la rébellion muleliste.

Notre enquêteur qui a travaillé dans cette partie a rencontré certaines difficultés qui ne lui ont pas permis de mener à terme son travail. Mais, pour autant, il avait déjà pu interroger 35 personnes dans différents coins de Minembwe. Tous les 35 attestent de la circulation d'armes dans la région, 23 confirment l'existence des stocks et caches, 10 ont des informations sur le transit, 31 sur les ventes, achats et échanges et 3 ont parlé des saisies. Les acteurs de ce trafic sont les éléments du général Pacifique Masunzu[14], les hommes du commandant Aaron Nyamushebwa, les guerriers Banyamulenge[15], les Maï Maï et les FDLR.

CONCLUSION

Au terme d'un travail d'enquête de terrain qui a duré plus de deux mois et demi, nous sommes arrivés à un certain nombre de constations eu égard à la problématique des armes légères dans cette province du Sud-Kivu, l'une des plus troublées de la république. D'abord, non seulement l'embargo sur les armes imposé à la RDC n'a jamais été respecté par les parties en présence, mais il est aussi constamment violé par ceux-là même qui sont supposés le faire respecter sur le terrain, à savoir les forces de l'ordre et de sécurité, ainsi que les autorités locales de certains lieux.

Les chiffres globaux recueillis au cours de l'enquête parlent d'eux-mêmes : sur un total de 765 personnes interrogées, 624 d'entre elles ont connaissance de circulation d'armes et 413 ont des informations sur leurs ventes, achats et échanges illicites. Les zones où ces transactions sont les plus intenses sont à la fois les zones minières, frontalières, pastorales [des bergers] et urbaines [zones urbaines].

D'autre part, il s'est avéré que les principaux acteurs du trafic illicite d'armes dans cette région sont, par ordre d'importance, des éléments de différentes composantes des FARDC mais n'ayant pas encore été brassés, les forces étrangères (rebelles et gouvernementales) présentes sur le sol congolais et des civils.

Bien que, de façon global,e le trafic et la circulation illicites d'armes au Sud-Kivu soient aujourd'hui en régression par rapport aux années passées, beaucoup reste à faire. Dans cette optique, il nous semble opportun de formuler quelques recommandations :
- Au gouvernement congolais et à ses partenaires : accélérer le processus de brassage des troupes des différentes factions parties aux divers accords de paix.
- A l'ONU et à la communauté internationale : envisager la prise de mesures plus contraignantes pour un contrôle efficace de l'embargo en vigueur qui, du reste, devrait être maintenu au-delà de la période de transition.
- Aux FARDC et à la MONUC : démanteler, désarmer, rapatrier dans leurs pays respectifs ou mettre hors d'état de nuire les forces étrangères opérant sur le sol congolais.
- Au gouvernement rwandais : renoncer à toute présence militaire sur le sol congolais, y compris l'île d'Idjwi.
- Au gouvernement congolais et aux animateurs de la transition : respecter la loi et conduire le pays aux élections démocratiques censées déboucher sur l'instauration d'un état de droit, la restauration de la légalité constitutionnelle et de l'autorité véritable de l'Etat sur toute l'étendue de la république.

**************

[1] Ancien ministre de Patrice Lumumba qui avait levé une rébellion après l'assassinat de ce dernier. Cette rébellion s'était rendu maîtresse de tout l'Est de la RDC entre 1963 et 1964 avant d'être défait par l'armée régulière sous la conduite de Joseph Désiré Mobutu et l'aide internationale.
[2] Mercenaire belge qui avait brièvement contrôlé la ville de Bukavu en 1967

[3] Deux officiers Tutsi congolais qui s'étaient insurgés contre le pouvoir centrale et avaient tenter de conduire une rébellion à l'Est du pays en s'emparant et en contrôlant la ville de Bukavu entre le 28 mai et le 10 juin 2004. Ils sont aujourd'hui poursuivis par la justice congolaise et font l'objet d'un mandat d'arrêt international
[4] Premier président démocratiquement élu du Burundi et premier Hutu à diriger ce pays longtemps entre les mains d'une oligarchie tutsi.
[5] L'armée rwandaise s'appelle actuellement Rwanda Defence Forces (RDF), Forces de Défense du Rwanda
[6] Homme politique hutu burundais, ministre de l'Intérieur sous Ndadaye et fondateur de la rébellion du CNDD. Il sera par la suite victime de nombreuses dissensions au sein de son mouvement. La faction du CNDD qu'il dirige aujourd'hui ne représente aucune importance dans la scène politique buurndaise.
[7] Chef Maï Maï allié de Kinshasa. Il avait opposé une longue résistance contre l'armée rwandaise et les troupes du RCD dans son fief de Fizi. Il est cité dans plusieurs affaires de trafics d'armes de la Tanzanie vers la RDC
[8] Officier munyamulenge, ancien lieutenant du général Pacifique Masunzu avant de prendre des distances avec lui. Il est allié de Kinshasa et entretien des bonnes relations avec ses voisins Maï Maï babembe
[9] Après l'assassinat de Laurent Désiré Kabila en janvier 2001, son fils Joseph qui lui a succédé a rompu ce mouvement avant de définir une autre forme de soutien aux Maï Maï et de s'engager dans le processus de paix prescrit par la communauté internationale
[10] C'est par exemple le clan bembe des Basik'alangwa où chaque individu détient plus de trois fusils d'assaut. Chez eux il faut donner deux ou trois armes pour pouvoir épouser une femme.
[11] Plusieurs factions des FDLR existent au Sud Kivu. Pendant que certaines sont favorables au retour au Rwanda, d'autres préfèrent plutôt rester en RDC et y pérenniser leurs actions criminelles, comme les Nindja et les Rastas. Disons aussi que les FDLR sont instrumentalisés, pour divers jeux d'intérêts, les uns par Kinshasa et les autres par Kigali
[12] Après une courte difficile cohabitation entre le général pro Kabila Prosper Nabiolwa et son second, le colonel tutsi pro RCD/Goma Jules Mutebutsi, ce dernier a réussi un coup de force qui a chassé son supérieur de la ville de Bukavu. Kinshasa décida alors de démettre les deux officiers, le bourreau et la victime, en avril 2004.
[13] Aux premières heures de la campagne militaire de l'AFDL, l'opinion aussi bien nationale qu'internationale l'avait appelé « la rébellion des Banyamulenge »
[14] Ce jeune officier a servi successivement dans l'APR, dans l'AFDL et le RCD avant de prendre ses distances vis-à-vis de ce mouvement politico-militaire et de se rapprocher de Joseph Kabila.
[15] Ce sont des jeunes banyamulenge qui portent des armes sans faire partie à aucun mouvement politique ni militaire organisé, c'est l'équivalent des « local defence » nord kivutiens.
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# Posté le lundi 12 décembre 2005 06:09

Modifié le dimanche 23 juillet 2006 10:00