Par Charles Nasibu Bilali
Journaliste et Chercheur
Collaborateur du GRIP
Membre de IANSA
1. Contexte général
La première phase de la périlleuse route qui mène aux élections en République Démocratique du Congo a été franchie avec succès, elle a été marquée par le référendum constitutionnel qui a été organisé par la Commission Electorale Indépendante (CEI). Cette institution d'appui à la démocratie dont la mission est de garantir la neutralité et l'impartialité dans l'organisation d'élections libres, démocratiques et transparentes a souvent été critiquée par des acteurs politiques congolais, notamment ceux qui agissent dans l'opposition et depuis l'extérieur du pays, ils l'ont souvent accusée de n'avoir pas respecté le calendrier électoral et de jouer le jeu des acteurs politiques de la transition. Le contexte politico sécuritaire atypique de la RDC justifie bien les difficultés qu'éprouvent ces institutions d'appui à la démocratie à fonctionner et à remplir correctement leurs lourdes tâches.
Depuis son accession à la souveraineté politique en 1960, La RDC croupit sous le joug des régimes totalitaires et despotiques qui n'ont jamais laissé la chance au souverain primaire de se choisir en toute liberté ses dirigeants. Sous le long règne du maréchal Mobutu Sese Seko, les citoyens ont été quelques fois conviés à des parodies électorales où seule la crainte de la répression poussait les gens à aller s'acquitter de ce qui devrait être un acte civique.
L'histoire de ce pays, dont les dimensions sont quatre fois celles de la France, a été ponctuée par la violence et la peur si bien que, encore aujourd'hui, nombreux sont les citoyens qui se demandent si ce processus électoral entamé le 18 décembre 2005 va vraiment aboutir. Cette crainte est d'autant plus justifiée si l'on considère le nombre de chantiers inachevés sur le secteur de la sécurité notamment et l'activisme militariste des divers groupes armés opérant encore sur le sol congolais. Depuis le début des années 90 (instauration du multipartisme), jusqu'à la prolongation de la période de transition en 2005, en passant par la chute de Mobutu, la révocation de l'Accord de Lusaka, la mort de Laurent-Désiré Kabila et le difficile Dialogue inter congolais, la crainte a eu raison sur les Congolais. Si l'on remonte même plus haut, depuis l'époque de Léopold II, tous les dirigeants qui se sont succédés à la tête de ce pays se disaient en être propriétaire, fondateur, libérateur, qui n'ont jamais eu aucun compte à rendre au peuple.
Loin d'entretenir cette peur, morbide ou justifiée, la présente note d'analyse, sans prétention d'être exhaustive, se propose de décrypter les enjeux sécuritaires susceptibles de peser dangereusement sur le bon déroulement de ces élections que les Congolais attendent depuis 45 ans. Il y sera également question de réfléchir sur ce qu'est et doit être le rôle de la communauté internationale avant de considérer les attentes des uns et des autres.
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2. Historique de deux guerres de 1996 et 1998 et leurs conséquences directes et indirectes
2.1 La guerre de 1996
Pour comprendre les causes de cette guerre, il faut remonter à partir du début des années 90 lorsque le Front Patriotique Rwandais (FPR) a lancé sa première offensive contre le régime du président Habyalimana le 1er octobre 1990. La participation des éléments de l'armée zaïroise n'avait pas été appréciée par les insurgés tutsis qui n'ont pas tardé à inscrire le régime du maréchal Mobutu sur la liste noire de leurs ennemis.
En octobre 1993 : Alors que Kigali négociait difficilement la paix avec les rebelles du FPR, sur fond de violences quotidiennes et d'actes de terrorisme, Melchior Ndadaye, le premier président démocratiquement élu du Burundi et premier Hutu à diriger ce pays, est tué, trois mois après son investiture, par son armée à dominante tutsi. Les Hutus se révoltent, des massacres interethniques s'en suivent, une guerre civile qui a duré plus de dix ans éclate et déverse des milliers des réfugiés vers le Zaïre de l'époque. Six mois plus tard, le président du Rwanda voisin, le général Juvénal Habyalimana, ainsi que le successeur de Ndadaye, Cyprien Ntaryamira, tous d'ethnie hutu, sont tués au cours d'un attentat contre leur avion à l'aéroport de Kigali. Ils revenaient d'un sommet en Tanzanie sur la paix dans leurs pays respectifs. Il s'en suit alors un génocide qui emportera près d'un million de Rwandais et plus de deux millions d'autres se retrouvèrent sur la route d'exil vers les pays de la région, dont plus d'un million ont été accueillis dans plusieurs camps des réfugiés à l'est de la RDC. Parmi ces réfugiés, on comptait des dizaines de milliers d'ex-militaires et miliciens, dont des auteurs (exécutants et exécuteurs) du génocide de 1994.
Ces nombreux camps des réfugiés rwandais et burundais étaient soupçonnés par Kigali et Bujumbura d'être des camps d'entraînement et des véritables bases arrières des rebelles qui menaçaient la sécurité de ces pays. L e démantèlement de ces camps a été le premier motif avancé par le Rwanda, le Burundi et l'Ouganda pour justifier le soutien multiforme qu'ils avaient assuré aux rebelles qui ont accompagné Laurent-Désiré Kabila tout au long de la campagne militaire de 8 mois qui lui a permis de chasser Mobutu du pouvoir.
Le 17 mai 1997, Laurent-Désiré Kabila et l' AFDL débarquent à Kinshasa en libérateurs, accompagnés par les troupes rwandaises, ougandaises, burundaises et Angolaises. Le discours que nouveau maître du pays tient divise tout de suite la Nation congolaise en 3 catégories de citoyens: les « diables » mobutistes, les citoyens meurtris par le mobutisme et les libérateurs de l'AFDL.
Laurent-Désiré Kabila a très vite été perçu comme un espoir raté, et par ses compatriotes qui supportaient mal sa manière totalitaire et despotique de diriger le pays et qui l'accusaient d'avoir « vendu » le pays, et par ses alliés d'hier qui voyaient en lui une certaine fourberie et dont il s'est débarrassé dès juin 1998. Les alliés de l'Est ont saisi cette opportunité pour agresser la RDC en appuyant des rébellions qui leur ont d'abord servi de couverture dans leur entreprise de pillage des ressources de la RDC
2.2. La guerre de 1998
Cette guerre a connu l'implication d'au moins 7 armées régulières de la région, à savoir les armées rwandaise, ougandaise, burundaise, angolaise, zimbabwéenne, namibienne et tchadienne. Toutes ces forces armées étaient venues faire la guerre en RDC, soit pour appuyer divers mouvements en rébellion contre Kinshasa, soit pour soutenir ce dernier.
La deuxième guerre s'est surtout caractérisée par son impopularité. Elle a ainsi suscite un éveil du nationalisme qui a conduit à l'érection et à la prolifération de milices et groupes armés qui tous revendiquaient la sauvegarde de la souveraineté nationale, de l'intégrité du territoire et la lutte contre les agresseurs. Nombre de ces groupes ont tout de suite sombré dans le vandalisme et la violation des droits de l'homme, comme dans le district d'Ituri et les deux Kivu.
Il faut aussi dire que cette sombre histoire du pays a été caractérisée par des massacres à grande échelle de la population civile dans les provinces du Sud-Kivu , une population prise entre le marteau et l'enclume d'une guerre finalement inutile.
Ainsi, en prônant à nouveau le recours aux armes pour chasser le Gouvernement Kabila, les factions politico-militaires rebelles congolais ont replacé, encore une fois, la RDC dans le chaos tout en faisant du peuple congolais un otage des stratégies sécuritaires de leurs alliés.
Il a donc fallu attendre 5 longues années, plusieurs millions de morts, des difficiles négociations politiques pour que les belligérants acceptent, sous la pression internationale, de signer un accord de paix à Pretoria, en Afrique du Sud.
3. La prolifération et le trafic illicite des armes légères et de petit calibre et la violation de l'embargo en vigueur contre ce pays depuis 2003.
Aussi longtemps que les armes seront bon marché et accessibles, il y aura peu d'espoir à résoudre les problèmes profonds et mortels qui minent la République Démocratique du Congo
Parmi les majeures conséquences de ce cycle de guerres en RDC, figure en bonne place la prolifération et le trafic illicite des armes légères et de petit calibre. Le trafic hors normes d'armes est parmi les facteurs qui alimentent les conflits, donnent de la santé à l'insécurité, nuisent à la cohésion sociale et à l'économie nationale et enfin mettent en péril tout le processus de paix et de démocratisation chèrement entamé dans le pays.
3. 1 Les responsabilités
Au début des années 90, il n'y avait pratiquement pas d'armes dans la population civile en RDC. Mais une étude récente menée par le Réseau Congolais d'Action sur les Armes Légères (RECAAL) estime à plus de 1.200.000 le nombre d'armes détenues illégalement par les civils et des paramilitaires dans la partie Est de la RDC. Aujourd'hui de plus en plus des civils sont armés : des éleveurs, agriculteurs, creuseurs, commerçants, propriétaires...
Les responsables de cette situation sont :
- Le gouvernement rwandais, qui a politiquement soutenu et lourdement armé les rébellions de l'AFDL en 1996, celle du RCD en 1998. Pendant qu'elle était militairement présente en RDC entre 1996 et 2002, l'armée rwandaise a fréquemment armé des milices locales, appliquant une sanglante politique de « diviser pour régner ». Récemment, elle a militairement soutenu la rébellion des officiers dissidents congolais qui ont brièvement occupé le chef-lieu du Sud- Kivu entre mai et juin 2004. Et ces officiers bénéficient encore du soutien du Rwanda alors qu'ils constituent toujours une menace réelle à la stabilité de la RDC.
- Le gouvernement de Kinshasa a aussi joué un grand rôle dans la prolifération d'armes en RDC, surtout dans la partie Est du pays. Entre septembre 1998 et janvier 2001, le gouvernement de Kinshasa a, à grande échelle, approvisionné en armes et munitions les milices locales Maï Maï qui résistaient contre la rébellion du RCD.
- Les forces rebelles ont importé et distribué des armes dans la population. Elles les recevaient généralement de pays voisins, en particulier l'Ouganda et le Rwanda, qui faisaient largement appel aux trafiquants d'armes internationaux et aux arsenaux devenus excédentaires et extrêmement poreux dans les anciens pays communistes. Le cas de Victor Bout est particulièrement éclairant : cet ancien agent du KGB a étroitement collaboré avec le régime de Kigali pour approvisionner à la fois le RCD et le MLC congolais ainsi que l'UNITA angolaise. Aux dernières nouvelles, Bout collabore avec les forces armées américaines en Irak dans le domaine du transport, malgré le mandat d'arrêt international émis contre lui par la Belgique.
- Des mouvements transfrontaliers et des alliances entre différents groupes armés de la région ont joué un important rôle dans la dissémination des armes légères aussi bien entre les mains des forces négatives que dans la population civile
- Enfin, relevons que la communauté internationale a trop tardé à instaurer un embargo sur les armes à la RDC. L'embargo n'est entré en vigueur qu'en juillet 2003, alors que les diverses armées étrangères avaient quitté le territoire congolais et que l'essentiel des combats avait cessé
3.2. Voies et moyens d'approvisionnement
Les armes qui pullulent au Congo ne sont pas fabriquées sur place, elles viennent de l'extérieur. Les pourvoyeurs d'armes utilisent toutes les voies pour acheminer leur marchandise et en approvisionner les destinataires : aéroports et pistes d'atterrissage, ports, pistes frontalières, et tous les moyens imaginables que permet la grande porosité des frontières entre la RDC et ses 9 voisins.
- Le RCD/Goma a, par exemple, longtemps utilisé l'aéroport de Goma pour s'approvisionner en armes livrées par le Rwanda.
- L'Ouganda faisait entrer les armes et munitions par la frontières qu'il partage avec la RDC pour approvisionner le MLC et diverses milices de l'Ituri.
- Les Antonov affrétés par le gouvernement de Kinshasa ont à maintes reprises parachuté armes et munitions sur les hauts plateaux du Sud-est du Sud-Kivu pour approvisionner les milices Maï Maï ou atterri sur des pistes contrôlées par ces derniers.
- D'autres réseaux impliquant des officiers des FARDC utilisent le lac Tanganyika pour faire venir, du Burundi ou de Tanzanie, des armes en RDC et les disséminer dans les nombreuses mines d'or et de coltan de l'est du pays, de hauts lieux de la prolifération des armes et dont l'exploitation illégale donne aux seigneurs de la guerre les moyens de s'armer à profusion.
- Pour échapper à la curiosité des gens et à l'attention de la Mission des Nations Unies
(MONUC), des cargaisons d'armes et munitions sont achetées en Tanzanie, parfois démontées et dissimulées dans des sacs en raffia au milieu des poissons séchés avant d'être embarquées à bord d'embarcations de fortune vers de petits ports clandestins sur les rives congolaises du lac Tanganyika, où elles sont recueillies par des seigneurs de guerre irréductibles ou leurs hommes.
- De même, au Rwanda, d'autres armes sont embarquées à bord de camions, dissimulées au milieu de bois de chauffage ou de caisses de boissons, et passent la frontière pour approvisionner des groupes armés actifs sur le sol congolais.
- Des milliers d'autres armes traversent la frontière portées sur la tête ou à bord de pirogues, bénéficiant de la complicité des agents de l'ordre, y compris les douaniers, policiers, militaires, administratifs, agents de renseignement, tout un appareil sécuritaire gangrené par la corruption.
Il est très difficile d'établir avec exactitude l'origine de ces armes, car nombreuses sont celles qui ne sont même pas marquées. En outre, même les armes appartenant à l'armée ou à la police ne sont pas enregistrées, facilitant leur revente illicite par des troupes mal payées. Relevons aussi que l'arme la plus commune est le fusil d'assaut AK-47, dit Kalachnikov.
La communauté internationale a trop tardé à instaurer un embargo sur les armes à la RDC. L'embargo n'est entré en vigueur qu'en juillet 2003, alors que les diverses armées étrangères avaient quitté le territoire congolais et que l'essentiel des combats avait cessé.
Mais cet embargo est constamment violé par ceux-là même qui sont censés l'observer, et l'est de la RDC et en particulier le Nord et le Sud-Kivu restent encore aujourd'hui parmi les hauts lieux du trafic illicite d'armes dans la région.
Un intense trafic d'armes est encore aujourd'hui signalé dans l'Ituri, le Nord Kivu, le Katanga et, surtout, le Sud-Kivu , un trafic qui échappe à la vigilance de la MONUC car, des fois, impliquant des officiels des forces armées et agents de sécurité de la RDC.
Il faut aussi signaler la présence dans le Nord et le Sud-Kivu des milliers d'éléments des FDLR , lourdement et constamment armés, qui désolent la population civile par des multiples exactions au moyen des armes.
4. Les réformes du secteur de sécurité (armée et police)
La longue liste des ex-belligérants de la crise congolaise et la surmilitarisation de la société ont obligé le gouvernement de transition à ouvrir le vaste chantier du DDR (Désarmement, Démobilisation et Réintégration). Ce chantier est loin d'être achevé à un mois des élections générales. Cela constitue une menace réelle sur le bon déroulement des élections.
La réforme du secteur de la sécurité en RDC s'appuie sur trois documents qui lui donnent toute sa légitimité. Le premier, l'Accord global et inclusif, signé le 17 décembre 2002 à Pretoria par la plupart des ex-belligérants congolais. Le deuxième est la Constitution de la transition ratifiée le 2 avril 2003. Le troisième est l'Acte d'engagement de Dar es-Salaam signé par les autres chefs des groupes armés non signataires de l'Accord de Pretoria.
Dans ce cadre, le Gouvernement congolais a adopté, en mai 2005, un plan stratégique de réforme de l'armée. Basé sur les actions réalisées depuis juillet 2003, le plan présente les objectifs poursuivis, décrit les actions à mener, évalue les moyens à mobiliser pour les mettre en oeuvre, et identifie les rôles des différents acteurs. Ainsi est-il rappelé que l'objectif de l'intégration est de constituer l'embryon des forces armées de la RDC sur la base des éléments éligibles issus des composantes et des entités membres du Gouvernement de transition. Le plan prévoit trois étapes dans le processus de brassage, à savoir la formation de brigades d'infanterie pour le maintien de la sécurité pendant les élections ; la formation d'une unité de réaction rapide et enfin, l'établissement d'une force de défense forte à l'horizon 2010.
Cete longue longue liste des ex-belligérants concernés par l'intégration témoigne en effet de l'ampleur des défis à relever pour réussir la restructuration. La problématique est d'autant plus complexe et difficile que le secteur de la sécurité ne se limite pas à l'armée et à la police. Il concerne aussi la justice, les douanes, les services de renseignement et le système carcéral notamment. En outre, d'autres domaines clefs de la vie nationale sont aussi dans un état de délabrement qui exige des moyens et des efforts significatifs pour les remettre en marche.
Un des obstacles à la réforme en cours réside dans l'absence de statistiques fiables sur les éléments concernés par l'intégration.
4. 1. Les étapes importantes du processus d'intégration de l'armée congolaise
Le bilan du processus d'intégration de l'armée congolaise en décembre 2005 est mitigé. D'une part des progrès significatifs ont été accomplis en deux ans et demi d'existence du Gouvernement de transition sur le plan de la sécurité et de la stabilité. D'autre part, les actions réalisées restent fragiles et le plan stratégique de la réforme de l'armée connaît beaucoup de retard dans sa mise en oeuvre.
4. 2. Des acquis importants
La première phase du plan stratégique de réforme de l'armée a été réalisée avec succès. Elle a permis la formation de six brigades. Le brassage de six nouvelles brigades a commencé en janvier 2006 et devrait se terminer au mois de mars.
Les donateurs financent l'aménagement et l'équipement des centres de brassage ainsi que l'organisation des formations. Cependant ils ne prennent pas en charge l'équipement des soldats brassés et leur transport pendant les différentes étapes de l'intégration. Pour ces aspects, soit les FARDC mobilisent elles-mêmes les moyens, ou bien la MONUC intervient avec ses moyens de transport. Une autre source d'appui réside dans la conclusion d'accords bilatéraux de partenariat militaire. Ainsi grâce à un accord de partenariat signé avec la Belgique, celle-ci a soutenu le brassage et l'équipement des deux premières brigades intégrées.
4. 3. Des contraintes multidimensionnelles à surmonter
L'armée congolaise est en cours de reconstitution. Elle devait être capable d'assurer la sécurité des élections grâce à 18 brigades «intégrées» (comprenant des soldats venus de toutes les forces ex-belligérantes). En réalité, 6 seulement de ces brigades sont déployées jusqu'ici et seule la première - formée durant six mois par la Belgique - donne satisfaction: la majeure partie des brigades intégrées ne fait pas mieux que le reste de l'armée congolaise en matière d'exactions. «L'utilisation routinière de la violence physique contre des civils par des membres des forces de sécurité a été observée partout où l'armée et la police avaient été déployées», selon un rapport de l'Onu du mois dernier, violences «souvent motivées par des tentatives d'obtenir des civils de l'argent, des biens, du bétail ou des produits miniers», sans parler des «viols».
C'est que les militaires congolais sont peu payés (7,8 ¤/mois) - lorsqu'ils le sont: dans de nombreux cas, la chaîne de commandement détourne l'argent et la nourriture des soldats, obligés de se payer sur la population.
Le Plan stratégique pour l'intégration de l'armée avait prévu la fin de la formation et du brassage de 18 brigades en janvier 2006. Le calendrier connaît un retard important. Plusieurs facteurs expliquent les difficultés que ce secteur prioritaire pour la réussite de la transition a rencontrées. Nous en citerons quatre principaux et interdépendants.
- Un agenda politique très serré. Le programme de la transition congolaise est très chargé alors que les délais sont courts. Cette situation crée des tensions entre les acteurs du processus. La méfiance persiste et risque d'augmenter à l'approche des élections. Ainsi face à l'incertitude de l'après élection, les protagonistes préfèrent garder une partie de leurs troupes en réserve au lieu de les envoyer au brassage ou dans le programme DDR. L'absence de volonté de communiquer les effectifs réels de différentes forces s'inscrit dans cette perspective.
- La mobilisation des moyens financiers et matériels. Ces derniers ont été difficiles à mobiliser au début du processus alors qu'ils étaient indispensables pour aménager et équiper les centres de regroupement, d'orientation et de brassage et pour assurer le transport des combattants entre les différents lieux de formation. Dans un pays où le transport aérien est le seul possible face à la ruine des infrastructures routières, le coût de transport est exorbitant. En outre, la mobilisation des fonds publics était difficile parce que la réforme de l'armée n'est pas éligible à l'aide publique au développement.
- Problèmes de mauvaise gouvernance publique. L'absence ou la non- communication d'informations sur les effectifs des forces concernées par l'intégration ainsi que le détournement du solde de l'armée relèvent de la mauvaise gouvernance et contribuent à la persistance de l'insécurité.
- Des procédures d'aides complexes et non coordonnées. Au début du processus, la RDC a reçu beaucoup d'offres d'appui en matière de réforme des forces de sécurité. Il a fallu attendre plus d'une année pour voir la constitution d'un cadre de coordination à travers le Groupe de contact des bailleurs de la réforme du secteur de sécurité. Sans l'appui de la MONUC malgré des procédures elles aussi contraignantes, les progrès seraient beaucoup plus faibles.
4. 4. De nombreux défis à relever
L'examen de l'état des lieux de la réforme du secteur de sécurité en RDC met en évidence des progrès accomplis mais aussi des défis à relever. Parmi ces derniers, quatre méritent une attention particulière dans la perspective des élections qui doivent avoir lieu avant le 30 juillet 2006.
- L'amélioration des conditions de vie et de travail des soldats.
- Le renforcement de la cohérence et de la coordination des appuis extérieurs.
- Adopter une approche globale du secteur de la sécurité. Compte tenu des priorités de la transition politique, la réforme du secteur de sécurité privilégie les questions de l'armée et de la police. Or, la sécurité possède plusieurs dimensions qui sont en réalité interdépendantes. C'est pourquoi il est également nécessaire de mettre l'accent sur les secteurs de la justice, des douanes, du système carcéral et de la bonne gestion des affaires publiques en général. Autrement dit, pour réussir à long terme, la réforme du secteur de la sécurité implique le rétablissement de l'État, avec les capacités d'assurer ses missions régaliennes.
Autre problème: les principaux ex-belligérants conservent leurs meilleures troupes. Ainsi, le président Kabila dispose de plusieurs milliers d'hommes au sein de son Groupe spécial de sécurité présidentiel (GSSP, lui aussi coupable d'exactions) non impliqués dans le processus d'intégration des troupes. Alors que l'accord de paix prévoyait de 5 à 15 gardes du corps par ex-chef belligérant membre du gouvernement de transition, le vice-président Bemba en a plus de 500 à Kinshasa et un millier d'autres à Maluku (arrière-pays kinois), selon le parti d'opposition UDPS. L'ex-guérilla pro-rwandaise RCD-Goma est, quant à elle, accusée de disposer d'une réserve d'hommes au Nord-Kivu - ceux du général Laurent Nkunda, officiellement visé par un mandat d'arrêt international mais qui se promène librement à Goma.
5. Le rôle de la Communauté internationale dans le processus de paix et de démocratisation
«Nous venons soutenir le peuple congolais à moins de deux mois des élections. Ces élections doivent se dérouler dans de bonnes conditions, c'est-à-dire, elles doivent être libres, transparentes, ouvertes à tous, parce que le peuple congolais mérite de bonnes élections». (...) Il est important que la transition congolaise s'achève dans de bonnes conditions, à la fois pour la suite de la vie de la RDC en tant que nation, mais également dans l'intérêt de l'ensemble de la région »
Cette declaration de l'ambassadeur Jean-Marc de La Sablière montre bien que le rôle de la Communauté internationale dans l'aboutissement de tout le processus de paix et de démocratisation de la RDC est d'autant plus important aujourd'hui où le pays chemine vers le bout du tunnel.
L'armée congolaise devait être capable de sécuriser les élections. Elle n'est pas prête.17 000 casques bleus n'ont pu mettre fin aux violences de milices à l'est. Une Force européenne d'intervention de 1 500 hommes rassurera-t-elle? Cela vaut quand même quelque chose.
Les Nations Unies et l'Union Européenne (UE), dont plusieurs de ses États membres, appuient la RDC depuis la mise en place du Gouvernement d'union nationale en 2003. L'UE considère la réforme des forces de sécurité comme une priorité pour la réussite de la transition. Dès lors, deux interventions européennes en matière de réforme de l'armée et de la police ont été mises en place. L'UE s'est également engagée à envoyer des troupes à Kinshasa et dans les principales villes de la RDC pour sécuriser les élections, mais la mission de cette force sera essentiellement dissuasive. Quelques éléments sont arrivés à Kinshasa en début juin.
Le parlement allemand, où la coalition gouvernementale dispose d'une confortable majorité, a approuvé jeudi (440 voix pour; 135 voix contre; 6 abstentions) l'envoi de 780 soldats allemands à Kinshasa, bien que 57 %pc de son opinion y soit défavorable. L'Allemagne fournit ainsi, et pour quatre mois, une bonne partie de la Force européenne d'intervention rapide (EUFOR-RDC) destinée à sécuriser les élections présidentielle et législatives annoncées, selon le dernier calendrier, pour ce 30 juillet. Quelque 850 Français, 150 Espagnols, 115 Polonais participeront également à cette force, placée sous commandement allemand; la Belgique fournira des tentes et des avions sans pilote. Un tiers des troupes sera stationné à Kinshasa, sous commandement français; le reste sera prépositionné au Gabon.
C'est maintenant plus que jamais que la communauté internationale doit marquer sa présence aux côtés des Congolais. Il est plus qu'opportun aujourd'hui d'assurer un appui financier et technique qu'il faut aux institutions citoyennes telles que la CEI, la HAM, la CONADER, la Société civile.
Mais déjà il convient de saluer l'action de la MONUC dans la sécurisation des zones chaudes de l'Ituri et de deux Kivu, la reforme de la police. A saluer aussi, les partenaires bilatéraux de la RDC, notamment l'Angola, l'Afrique du Sud, la France et l'Union européenne
6. Une campagne électorale mal annoncée
«Nous venons de le dire à la délégation du Conseil de sécurité avec insistance : s'ils n'intervenaient pas avec efficacité et rapidité auprès des membres de l'espace présidentiel, qui sont détenteurs des médias privés commerciaux et qui ont démarré très tôt la campagne électorale, et qui se sont versés dans des campagnes d'intolérance et d'incitation à la haine, la Haute autorité des médias est pessimiste quant à l'issue de la campagne électorale »
La campagne électorale, comme l'annonce ici le président de la Haute Autorité des Medias, s'annonce mal en RDC. En effet, l'on assiste actuellement à une campagne d'intolérance et de haine. Avant même la date fixée pour le début de la campagne électorale, les candidats présidents de l'espace présidentiel détenteur des médias privés commerciaux sont déjà en campagne. Chacun essaye de préserver son image en disant des propos discourtois à l'autre.
La presse est muselée. Plusieurs arrestations ont été perpétrées, le cas de Beni-Butembo (pillage de la RNTC) , Lubumbashi, Kinshasa et Tshikapa. Certains journalistes sont obligés de vivre en clandestinité de peur des représailles
Pourtant, en rapport avec la sécurisation des candidats, des médias, des personnes et des biens il existe une commission qui est coprésidée par le ministère de l'Intérieur, la Commisson Electorale Indépendante et la Monuc.
Un autre problème est celui des dérapages dans le chef de certaines unités de la police et de l'armée. En effet, certaines personnes trop zélées se fond justice seule. A cela, il faut craindre que dans trois semaines, lors de la campagne électorales certaines têtes risquent de tomber car des choses vont être dites et il ne faudra donc pas que l'on reproche aux journaliste de rapporter des propos des acteurs politiques.
Malheureusement, c'est dans l'espace présidentiel que ces choses se fond. Ces derniers ont commencé la campagne électorale très tôt et se versent dans la campagne d'intolérance et d'incitation à la haine. On s'insulte et s'accuse mutuellement. Les candidats présidents de la république sont les premiers à violer les lois de la république particulièrement la loi électorale. Si l'on n'y prend pas garde, la campagne électorale risque de basculer en une guerre orale.
La délégation du Conseil de Sécurité en visite à Kinshasa a promis d'user de son pouvoir et de trouver un peu de compréhension auprès des candidats présidents de la république issus de l'espace présidentiel.
7. Les attentes de la population
En approuvant à une très large majorité la nouvelle constitution le 18 décembre 2005, le peuple congolais a témoigné à la face du monde l'intérêt qu'il porte à ces élections à venir, les premières démocratiques et pluralistes depuis plus de 45 ans. Il a en même temps prévenu les futurs dirigeants sur ses attentes après les élections. On peut ainsi aisément s'imaginer les attentes de ce peuple désabusé et clochardisé par ses dirigeants depuis plus de 45 ans et qui vit depuis sans aucune certitude du lendemain. Le peuple s'attend enfin à recouvrer la paix et la stabilité, à voir enfin la relance économique de son pays aux immenses ressources naturelles, à voir l'image du pays se redorer sur la scène internationale.
Mais ce peuple n'est pas naïf, car il sait bien que tout cela doit passer par la justice et le respect de la loi. Il sait aussi que s'il n'y a pas d'emplois pour les combattants démobilisés et destinés à réintégrer civile, le risque de la reprise des hostilités ou la destabilisation de la sécurité sera toujours d'actualité. Le citoyen moyen et l'ex-combattant se demandent pourquoi il y a de l'argent disponible pour la démobilisation et le désarmement, mais qu'il n'y en a pas pour la création des emplois en faveur de ces démobilisés qui, pour la plupart, n'ont jamais rien appris de leur vivant qu'à gagner la vie au moyen de la kalachnikov.
Les organisations internationales et les agences d'aide au développement auront beau participer au développement main dans la main, m'a dit un activiste des droits de l'homme, mais sans les investissements qui donnent de nombreux emplois aux jeunes gens affamés et armés, ce pays sorti de la guerre peut aussi facilement reprendre la guerre car la relation entre le désespoir économique et la violence est évidente.
Tout en appelant de ses voeux la démocratie et l'instauration d'un Etat de droit, le peuple congolais sait bien que son pays est un point névralgique où l'échec de la démocratie peut également compliquer le problème de la violence et anéantir les efforts de recherche de la paix.
A l'Est du pays, par exemple, dans les provinces du Nord et Sud Kivu ainsi que dans la Province orientale, où le problème de sécurité ne cesse d'être à l'ordre du jour, les populations savent sans se tromper que leur sécurité dépend grandement de celle de leurs voisins de l'Est. Ainsi ils attendent que les futurs dirigeants qui sortiront des urnes comprennent que le problème de sécurité dans la région est un problème plutôt transfrontalier et que sa solution devra être envisagée à une échelle globale et régionale.
«J'ai noté que nos partenaires extérieurs et plus particulièrement la communauté des Nations, sont disposés à nous accompagner activement dans la recherche d'une plus grande maîtrise de la gestion de nos ressources naturelles et humaines pour doter l'Etat congolais des moyens nécessaires afin d'améliorer les conditions de vie de ses populations et de manière générale, de se redresser économiquement et socialement» , Au moins le peuple congolais sait qu'il n'est pas seule dans sa marche vers la paix et la démocratie. Cette déclaration de Christophe Lutundula, un des 33 candidats aux élections présidentielles, se veut rassurant.