CONFERENCE SUR LES PROBLEMES DE SECURITE TRANSFRONTALIERE DANS LA REGION DE L'AFRIQUE CENTRALE, Yaounde, 4 – 6 septembre 2007
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La circulation illicite des armes légères et de petit calibre dans la région de l'Afrique Centrale
Par Charles Nasibu
I. Introduction
La prolifération et le trafic illicite des armes légères dans la région de l'Afrique Centrale sont parmi les principales conséquences des guerres et climat d'insecurite qui désolent pendant plus d'une décennie plusieurs des pays de cette région La présence des mouvements et groupes armés dans plusieurs parties de cette région fait d'elle l'une des principales plaques tournantes du trafic illicite et de la prolifération des armes légeres en Afrique, avec des conséquences incalculables sur tous les plans.
Les accords politiques de paix signés de part et d'autre et autres engagements politiques regionaux et bilateraux, tout cela n'a pas suffi à mettre fin aux trafics d'armes légères et de munitions qui se poursuivent encore dans plusieurs parties de cette région.
Au cours de cet expose, nous allons essayer de parler tres succinctement de l'etat des lieux de la detention et de la circulation illicites des armes legeres dans cette region de l 'Afrique Centrale en nous focalisant principalement sur la situation en RDC, au Burundi et en RCA. Nous Aborderons egalement l'impact et les perceptions de la proliferation des armes avant de faire un bref survol sur les consequences de la proliferation et les capacites institutionnelles des Etats a gerer le probleme et, enfin, nous proposerons quelques recommandations.
II. Cartographie de la circulation illicite des ALPC dans la region de l'Afrique centrale : Cas de la RDC, Burundi et RCA
La problematique de la circulation illicite des ALPC touche de diverses maniere toute la region de l'Afrique centrale. Si nous avons juge utile de nous focaliser sur le cas de ces trois pays, c'est d'abord parce que leurs situations presentent plusieurs similitude (guerres civiles avec implication etrangere, presence des milices et groupes armes, RSS, ....) et aussi parce qu'etant donne le temps qui nous est imparti il est impossible de passer en revue tous les cas.
II.1. Le cas de la Republique Democratique du Congo
La RDC connait un cycle de violence armee recurrente depuis pratiquement son independance caracterisee par les mutineries, rebellions, insurrections et agression etrangere.
• 1993 – 1994
- Arrivee des refugies (civils et miliciens) Burundais a l'Est de la RDC
- Arrivee des refugies (civils, militaires et miliciens) Rwandais
• 1996 – 1998
- Premiere rebelion de l'AFDL
- Intervention des armees etrangeres (8 en tout)
- Formation des milices
- Rebellion du RCD
- Rebellion du MLC
• 1999 – 2001
- Renforcement des mouvements rebelles
- Proliferation et armement des milices par les parties au conflit (gouvernement et rebellions)
II.2. Le cas du Burundi
Le Burundi vit connaiti un cycle de violence, souvent a caractere ethnique, depuis son independance, mais la circulation illicite des armes legeres s'est revelee plus preoccupante depuis le debut de la guerre civile
• 1988 – 1991
- Soulevements sporadiques du mouvement Palipe-Hutu et repressions de l'armee reguliere
• 1993 – 1994
- Coup d'Etat militaire
- Debut de la rebellion armee (elle durera dix ans)
- Creation et armemnts des milices
• 1997 – 2001
- Renforcement et armement des milices
- Connection entre les mouvements rebelles burundais et autres groupes armes de la region
II.3. Le cas de la Republique Centrafricaine
Le cas de la Centrafrique differe un peu de deux autres cas cites precedemment. La Centrafrique n'a pas connu comme tel un cycle d'approvisionnement illicite d'armes. Plusieurs travaux de recherche menes sur ce pays demontrent que la plupart des armes en circulation illicite dans ce pays actuellement le sont devenues de suite de l'instabilite politique qui y a prevalu depuis 1996.
Il convient toutefois de signaler que des mouvements des troupes etrangeres vers la RCA a grandement contribue a la proliferation d'armes sur le territoire centrafricain, c'est notamment :
- L'arrivee des militaires ex-FAR et miliciens Interahamwe, d'abord en 1994-95, puis en 1997 fuyant les troupes de l'AFDL
- L'arrivee des militaires des FAZ, en debandade apres la chute de Mubutu en 1997
- L'intervention des troupes du MLC de l'ex-rebelle Congolais Jean-Pierre Bemba, venus a la rescousse du President Ange-Felix Patasse
III. Sources et voies d'approvisionnement en armes
III.1. Cas de la RDC
Il est extremement difficile de repondre a la question « qui a appprovisionne qui et quand ? », vu la complexite de la situation en RDC et la multiplicite des facettes que presente la situation des armes legeres et en circulation illicite dans ce pays.
Il est tout de meme possible d'identifier trois principaux types de sources d'armes illicites : approvisionnements internationaux, regionaux et locaux.
- Approvisionnements internationaux :
Depuis le debut de la guerre en 1996, la RDC s'est transformee en un vaste marche ou compagnies multintionales, traficants prives, commissionaires et courtiers ont deverse des tonnes d'armes legeres et des munitions en direction des parties en conflit
Des avions decolaient de Bratislava, de Sophia, de Kiev et de plusieurs autres capitales de l'Europe de l'Est et de certains Etats de l'ex Union sovietique et atterissaient a Goma, Kisangani (zone alors sous controle du RCD), Gbadolite (en zone sous controle du MLC) et sur plusieurs autres pistes d'atterissage dans des zones sous controle rebelle.
- Approvisionnements regionaux :
◊ Le MLC et plusieurs factions armees du district de l'Ituri ont beneficie du soutien militaire de l'armee ougandaise entre 1998 et 2002
◊ Le RCD et certaines formations Mai Mai ont beneficie d'un appui logistique militaire des gouvernements rwandais et, dans une certaine mesure, burundais entre 1998 et 2002
◊ Dans une certaine mesure et a travers le gouvernement de Kinshasa, le gouvernement zimbabween a fourni armes et munitions aux factions Mai Mai de l'Est de la RDC entre 1999 et 2001.
◊ Le gouvernement rwandais est supconne de soutenir militairement le CNDP, mouvement insurrectionnel dirige par le general dissidant Laurent Nkundabatware, depuis 2004, date a laquelle cet officier superieur de l'armee congolaise est entre en dissidence contre le gouvernement congolais.
Pour ce type d'approvisionnements, les aeroports et pistes d'atterissage de fortune ont aussi ete utilises, mais c'est plus la voie terrestre qui a ete la plus exploitee.
- Approvionnements locaux :
Ce type d'aprovisionnement, bien qu'apparemment insignifiable, a ete d'une grande importance en terme de quantites d'armes et munitions qu'il a fait entre en RDC et la complexite de sources d'approvisionnement.
En effet, les pourvoyeurs d'armes se retrouvaient dans toutes les categories : des armees regulieres etrangeres impliquees au conflit congolais aux simples agriculteurs et chasseurs en passant par des mouvements armes et des traficants divers.
La voie la plus souvent utilisee pour approvisionner ou s'approvisisonner a ete la voie terrestre, que permet la grande porosite des frontieres congolaise et, souvent, l'absence de l'autorite de l'Etat dans plusieurs endroits du pays.
III.2. Les Cas du Burundi
Avant les annees 1970, il n'existait pas de probleme particulier de proliferation des armes legeres au Burundi. La population civile burundaise a commence a s'armer lors de la crise de 1972, au cours de laquelle la rebellion hutu et la repression qui s'en est suivi ont cause des dizaines de milliers de mots et ont pousse plus de 300.000 personnes a quitter le pays, principalement pour (ICG, 2003, p i) la Tanzanie.
Une seconde vague d'armement a eu lieu a partir de 1993-1994. Selon un rapport de Smal Arms Survey, il y a eu d'importants achats d'armes entre 1996 et 1997.
Les principaux pourvoyeurs d'armes au Burundi sont les differents mouvements rebelles et, dans une certaine mesure le gouvernement. Au debut de la rebellion du CNDD-FDD, ce dernier avait recu d'importantes quantites d'armes et munitions de la par des FAZ et des ex-FAR qu'il a ensuite distribuees dans la population. Entre 1996 et 1997, le gouvernement et l'armee avait distribue des armes aux jeunes miliciens et a la population pour, disait-on alors, l'autodefense. Le gouvernement n'a jamais su recuperer toutes ces armes.
Une grande partie des armes en circulation illicite actuellement au Burundi est venue principalement de la RDC voisine et, surtout, de la Tanzanie qui a longtemps servi de base-arriere aux differents groupes rebelles burundais.
III.3. Le cas de la Centrafrique.
Comme nous l'avons deja dit plus haut, les armes en circulation illicite en Centrafrique sont pour la plupart des armes ayant ete legalements acquises mais qui se sont ensuite retrouvees en detention illicite entre les mains des groupes non etatiques ou des civiles.
Le President Ange-Felix Patasse avait distribue, a partir de 1996, armes et munitions a plusieurs groupes non gouvernementaux qui lui etaient loyaux, c'est notamment sa formation politique le Mouvement de Liberation du Peuple Centrafricain, les milices Karakos, Balawas, Saravis, le groupe d'Abdulaye Miskine et autres groupes tribaux.
Une etude du Small Arms Survey affirme toutefois que des armes sont entrees en RCA depuis la RDC entre 1996 – 1997 et en 2001 lors de l'intervention des troupes de Jean-Pierre Bemba.
IV. L'impact et la perception de la proliferation des armes legeres
Dans ces trois pays, l'impact de la circulation illicite des armes legeres se ressent sur le plan humain, economique et politique, presque de la meme facon.
1. Sur le plan humain
Les estimations les plus concordantes affirment que la violence armee, qui a dure pplus 6 ans en RDC, a coute la vie, directement ou indirectement, a pres de 4 millions de personnes. Elle en a pauperise et clochardise plus de 45 millions d'autres. Un recent rapport d'Amnesty International affirme que pres d'un millier de gens meurent chaque jour en RDC de suite des causes directes ou indirectes des armes legeres.
Au Burundi, en plus de couter la vie a des milliers de personnes, les armes legeres ont un impact particulierement dramatique sur la sante des citoyens.
Signalons egalement la banalisation du conflit et le developpement d'une culture armee comme etant une consequence directe de la proliferation et de la circulation illicite des armes legeres et de petit calibre.
Ajoutons a cela d'autres consequences directes a cette problematique, tels que le viol des femmes, l'utilusation des enfants comme combattants, la multiplication des refugies et la propagation des maladies et autres infections du faite de la proximite dans des camps des deplaces et des deplaces.
2. Sur le plan economique
- La principale consequence economique de la proliferation et du commerce illicite des armes legeres c'est l'exploitation illegale et les pillages des ressources nationales, ce qui entraine la fragilisation de leconomie nationale et la pauperisation de la population.
- Signalons aussi la destruction mechante des infrastructures (Burundi) et le degats qu'entraine le braconnage (RCA)
3. Sur le plan politique
Sur le plan politique, la presence et la proliferation des bandes armees en Afrique centrale dont les zones d'action sont souvent transfrontalieres renforce la mefiance et suspicions entre des Etats d'une meme region. Cet etat des faits compromet souvent la mise en application des instruments juridique regionaux de regulation de la circulation des armes legeres.
V. Recommandations
- Mise en œuvre d'instruments juridiquement contraignants de contrôle d'armes et engagement politique pour leur mise en application
- Développer au niveau de la CEEAC des instruments déjà existant (Conventions, Declarations, Protocoles de Bamako, Nairobi, CEDEAO, SADC)
- Renforcer les capacités des organismes sous-régionaux pour leur permettre a bien identifier les problèmes et las besoins spécifiques a chaque pays membre de l'espace CEEAC. Les Etats devront chaque fois se faire representer par des personnes ayant une bonne maitrise de la thematique
- Les Etats devront developper des strategies fortes de mobilisation des fonds qui leur permettrait de gerer, a travers une approche integree et regional, les problemes d'insecurite qui se posent chez eux, et ne pas se plaindre sans cesse de manque des fonds.
- Accorder a la société civile un rôle central dans la lutte contre le problème des armes légères et de l'insécurité transfrontalière en Afrique centrale.
References bibliographiques:
- Charles B. Nasibu , Qui armes les Mai Mai: enquete sur une situation originale, GRIP, 2004
- R. Kasereka Mwanawavene, N. Bauma Bahete et C. Nasibu Bilali, sous la coordin. de G. Berghezan, Trafics d'armes : Enquête de terrain au Kivu (RDC) , Avr. 2004
- Charles B. Nasibu ,La persistance du trafic d'armes de Tanzanie vers la RDC et le Burundi, GRIP,2005
- Erci G. Berman, La Republique Centrafricaine : Une etude de cas sur les armes legeres et les conflits, Small Arms Survey, Geneve 2006
- S. Pezard et N. Florquin, Les Armes Legeres au Burundi : Apres la paix, le defi du desarmement civil, SAS, Geneve 2007
- Rackley Edward B., Burundi : Armes legeres et violence armee, quel impact sur les femmes ? Bruxelles, GRIP et PNUD