Note d'information
Charles Nasibu Bilali
Introduction
Actuellement, la communauté internationale s'efforce à apporter des réponses rapides aux conflits armés qui éclatent ça et là à travers le monde. Il y a quelques décennies, elle se montrait parfois indifférente parfois lente à agir, ce qui amenait des conflits à s'enliser indéfiniment. L'attention portée sur le conflit au Darfur par la communauté internationale diffère de loin de celle apportée au conflit angolais ou mozambicain. Dans un même pays, des conflits ayant éclaté à quelques années d'intervalle ont eu une attention bien différente de la communauté internationale, c'est le cas au Liberia ou en Afghanistan par exemple.
En plus de porter plus d'attention aux conflits contemporains, la communauté internationale s'active plus davantage dans la gestion de la période post-conflit à travers un grand mecanisme de construction de la paix qui comprend les opérations de désarmement, de démobilisation, de réintégration, sans laisser de côté des reformes du secteur judiciaire et de sécurité.
Cette note, qui ne prétend nullement être exhaustive, propose un certain nombre d'information sur les normes modernes du processus de désarmement, démobilisation et réintégration (DDR).
I. Définition des concepts
Le DDR des ex-combattants est un processus complexe aux dimensions politiques, militaires, sécuritaires, humanitaires et socio-économiques. Il vise à relever le défi sécuritaire que posent les ex-combattants qui, après un conflit, se retrouvent sans subsistances ni réseaux de soutien autres que ceux de leurs anciens condisciples, lors du passage critique de la guerre à la paix et au développement.
Le DDR cherche à assurer la réintégration sociale et économique des ex-combattants de manière à ce qu'ils puissent devenir parties prenantes à la paix. Bien qu'une grande part d'un programme DDR se focalise sur les ex-combattants, ce sont en définitive les populations de la communauté dans son ensemble qui doivent en être les principales bénéficiaires .
Le DDR est un programme de stabilisation en situation de post-conflit qui consiste à récupérer et à gérer les armes légères et de petit calibre dans un pays et ses environs pour y promouvoir une réintégration durable des ex-combattants et des autres individus associés de l'une ou de l'autre façon aux groupes et forces armés afin de rendre la paix irréversible
II. Le DDR dans le processus de paix
Buts et Objectifs d'une mission et des activités du DDR
Les buts poursuivis par les programmes du DDR visent essentiellement et de manière simple à. :
- Contribuer au renforcement de la sécurité et de la stabilité politique dans un pays. Pour cette bonne raison, le processus doit être entamé aussitôt apès la signature de l'accord de paix qui marque la fin des hostilités.
- Rétablir les condition qui permettent la réintégration des participants armés et des factions ayant pris part au conflit
- Prévenir la résurgence de la violence
- Contribuer à la réconciliation nationale
- Une autre mesure qui doit accompagner les programmes du DDR c'est la Reforme du Secteur de Sécurité dont le but est la réduction et la démocratisation des Forces armées et des corps de sécurité (Police,douane,sûreté nationale,etc.)
- L'objectif ultime des programmes du DDR c'est de prévenir le retour au conflit armé. Pour y arriver, il est nécessaire de promouvoir la confiance chez les bénéficiaires et aborder sérieusement les causes lointaines et immédiates du conflit.
III. L' Information publique dans le processus DDR
Lorsqu'une mission de maintien de la paix est déployée dans un pays pour y exécuter des programmes du DDR, les populations civiles aussi bien que les combattants et autres éléments associés aux forces et groupes armés, qui sont autant des groupes cibles des différents programmes, doivent être suffisamment informés sur tous les aspects du programme, ce qui les incitera d'ailleurs à participer et facilitera ainsi les objectifs du programme. L'information doit jouer un rôle central qui se justifie par l'impérieuse nécessité d'obtenir un soutien public du processus de paix.
Dans le cadre des Nations Unies, l'équipe d'Information est une unité qui doit être bien coordonnée et agir avec la souplesse et les capacités voulues quitte à donner la bonne information au moment opportun et à réagir au bon moment pour corriger une désinformation afin de dissiper les craintes des uns et des autres. Le rôle de cette unité se résume ainsi à :
- Informer la population sur les objectifs, le mandat et d'autres aspects du processus de paix
- Gérer les relations avec les media et autres créneaux locaux de communications, tout en ayant à l'esprit le fait qu'ils peuvent infuencer positivement ou négativement la Mission
- Exécuter les stratégies de communication de facon maximale
- Appuyer le leadreship de la Mission
- Tenir constamment informés le personnel de la Mission, le Quartier Général des Nations Unies ainsi que les Etats membres
- Construire un soutien pour tout le processus de paix.
Dans plusieurs programmes du DDR, l'Information publique (ou la sensibilisation) a servi de soubassement à tout le processus. Pour cette raison, l'unité chargée de l'Information publique est toujours appelée à définir de manière cohérente, précise et réaliste les meilleures stratégies devant conduire à la réussite de la Mission de maintien de la paix. Ces stratégies impliquent entre autres (sans être exhaustif) :
- L'identification des groupes cibles et de leurs localisations
- L'identification et la compréhension des réalités culturelles et traditionnelles locales
- L'identification de tous les moyens, outils et créneaux de communication possibles, ainsi que leur force, leur faiblesse et leur influence sur les mentalités
- L'identification des leaders d'opinion, autorités ou pouvoir moral locaux
- L'adaptation du message aux spécificités et aux attentes de chaque groupe cible
- L'identification et la collaboration avec d'autres organisations, locales et internationales.
IV. Les Acteurs du processus DDR
Dans un processus DDR, les acteurs sur le terrains sont aussi nombreux qu'il y a des problèmes à résoudre. Ils sont aussi de divers ordres et jouent des rôles bien divers dans le processus.
L'identité des acteurs du DDR et le rôle qu'ils y jouent est fonction des étapes du cycle du conflit. En effet, tout part d'un problème qui vient troubler l'ordre établi ou d'un mécontentement d'une catégorie donnée de la société, ensuite vient une certaine escalade de la crise avant l'eclatement du conflit. Le conflit dure, fait des victimes et des destructions, puis les belligérants, souvent après une forte pression extérieure, se mettent d'accord pour négocier un cessez-le-feu et des accords politiques. Loin d'être la fin des hostilités, la signature d'un accord de cessez-le-feu n'est qu'une étape de ce long cycle, mais elle marque un début vers la paix durable.
C'est à ce moment précis que le DDR commence, pour consolider cette paix. Le DDR devient ainsi une sorte de réponse internationale consistant en la prévention, la réduction des risques de reprise du conflit et le rétablissement d'un nouvel ordre. Jusque là, les acteurs sont de deux différents types : les acteurs nationaux et les internationaux (les ONG et autres agences).
V. 1. Les Acteurs nationaux
V.1. 1. Les Combattants
Il s'agit du groupe sur lequel se focalisent toutes les attentions. Dans le contexte du DDR, un combattant est défini comme étant quelqu'un qui :
- est sous le commandement de quelqu'un qui est responsable d'un leadership politique
- fait partie intégrante d'un cadre intérieurement discipliné
- respecte les règles de la guerre
- porte ouvertement son arme lors des opérations militaires
- porte sur lui des signes distinctifs
Pour comprendre les combattants, il est impérieux de trouver des réponses précises aux questions ci-après :
- Qui sont-ils ?
- Pourquoi se sont-ils enrôlés ?
- Qu'ont-ils vécu et expérimenté durant la guerre ?
- Quels sont leurs besoins ?
- Quelles sont leurs craintes ?
- Quelles sont leurs attentes ?
V.1. 2. Les autres Acteurs nationaux
- Le Gouvernement (réel ou représentatif)
- Les politiciens et Diplomates
- Les interlocuteurs pour la paix et les processus politiques
- La Commission Nationale sur le DDR (et parfois aussi la Structure Militaire d'Intégration)
- La Société Civile
- Les Communautés locales
V. 2. Les Acteurs internationaux
- Les principaux organes des Nations Unies
- Les Organisations des Nations Unies
- La Mission des Nations Unies
- Les Organisations régionales
- Les Alliances militaires
V. 3. Les Secteurs d'Intervention
Les programmes du DDR se circonscrivent principalement dans les secteurs ci-après :
- Sécurité
- Asistance humanitaire
- Droits de l'homme
- Justice et ordre publique
- Gouvernance
- Développement
- Industrie et Economie
VI. La Coopération/ Coordination Civil-Militaire (CIMIC)
VI. 1. Définition
« Il s'agit de la coordination et la coopération, en appui à la Mission, entre le commandant de l'OTAN et les acteurs civils, y compris la population nationale et les autorités locales, aussi bien que les agences internationales, les organisations nationales et non gouvernementales, et d'autres agences ».
Le CIMIC consiste donc en une étroite coopération entre les militaires déployés dans le cadre de la Mission avec :
- la population civile
- les agences locales et internationales
- les groupes intervenant dans l'humanitaire et les ONG.
VI. 2. Le travail du CIMIC
- Une aide rapide immédiatement après une crise ou un désastre naturel
- Un travail symbolique de reconstruction
- Distribution de l'aide humanitaire
- Appui logistique
- Echange des informations sur la sécurité
- Travaux de construction à long terme (si c'est possible)
- Réunions mixtes d'information entre les civils et les unités militaires
VI. 3. Qui est qui et quelles approches ?
Les rôles des uns et des autres et les différentes appellations varient en fonction du cadre où la Mission est déployée. C'est ainsi qu'on verra :
- Les Officiers de Coordination Civil-Militaire (CMCO) dans le cadre de l'ONU
- Les Officiers de Liaison Civil-Mlitaire (CMLOs) dans le cadre des Forces de Maintien de la Paix
- Equipes de Liaison et Observation (LOTs), une spécificité pour la Bosnie
- Equipes de Liaison et Surveillance (LMT), une spécificité pour le Kosovo
- Officiers de Coopération Civil-Militaire (CIMIC Officers), dans le cadre de l'OTAN et de l'UE.
Il en est de même pour les approches qui diffèrent selon les politiques nationales ou les diverses idéologies des organisations internationales. Ainsi, par exemple :
- Pour les Forces Armées Allemandes, le CIMIC est d'abord un soutien à une mission militaire. Une attention particulière est donnée à la liaison et communication, la surveillance et les petits projets.
- Pour les Etats-Unis, cela est perçu sous une large approche visant à assurer la protection de la Force et l'accomplissement de la mission militaire
- Pour la Grande Brétagne, le CIMIC se résume en une approche pour la contre-insurrection et les relations avec les agences civiles nationales
- Alors que le CICR accepte, lorsque c'est possible, une certaine forme de collaboration avec les militaire, collaboration qu'il soumet d'ailleurs à un strict rôle de l'engagement, Médecins Sans Frontières n'admet pour sa part aucume forme de collaboration avec les hommes en armes.
VI. 4. Différences et similarités dans le CIMIC
a. Différences
Organisations civiles Militaires
Indépendantes Hautement disciplinés
Autorité décentralisée Commandement hiérarchisé
Formation sur le lieu du travail Formation vaste et coûteuse
Peu de manuels de terrain Publications doctrinales
Perspective du long terme et une longue expérience de terrain Une approche « End-State »
b. Similarités
- Le motivations sont similaires
- Les deux parties fournissent un service public
- Leurs emplois sont difficiles mais motivants
- Dans les deux cas, le travai vous éloigne du domicile et de la famille
- Souvent l'action est dans une situation dangereuse
VII. Le DDR et la Reforme du Secteur de Sécurité
VII. 1. Définition
« La réforme de secteur de sécurité est la transformation du système de sécurité qui inclut tous les acteurs, leurs rôles, leurs responsabilités et actions, de sorte qu'elle soit contrôlée et actionnée en une manière qui soit plus conforme aux principes démocratiques, aux principes de la bonne gouvernance, et contribue ainsi à un cadre fiable de sécurité »
La reforme du secteur de sécurité est ainsi un exercice très exigeant et hautement technique qui intervient toujours quand le conflit a pris fin. Son but est ordinairement de rendre responsable les services de sécurité, assurer la sécurité aux citoyens et créer un environnement sain pour le développement durable.
Il est important de comprendre les dimensions de cette reforme qui sont de divers ordres :
- la dimension politique, qui implique le contrôle par les civils
- la dimension économique, qui implique les ressources appropriées
- la dimension sociale, qui implique la sécurité physique des citoyens
- la dimension institutionnelle, qui implique la professionnalisation des acteurs du secteur de sécurité
La communauté du secteur de sécurité dans le cadre des programmes du DDR est une vaste catégorie aussi diversifiée que complexe qui prend des forces armés aux grand public (média, citoyens) en passant par les forces de police et les paramilitaires, les services de renseignement, le pouvoir législatif, les ministères de la défense, de l'Intérieur, des Affaires étrangères, le monde judiciaire, la douane, les services pénitentiaires sans oublier les compagnies privée de sécurité.
VII. 2. Dilemmes et problèmes de la RSS
* Le rôle de l'armée : étant donné son histoire, l'armée est-elle reformable ?
* Le contrôle de la RSS par les civil : ont-ils une expertise suffisante ?
* La conditionnalité politique : la bonne gouvernance et la reforme peuvenet-elles être imposées ?
* Les limites du développement communautaire : les acteurs de la sécurité ont-ils les partenaires qu'il faut ?
* L'appropriation nationale: qui est cense promouvoir la reforme dans les société en situation de post-conflit ?
* Sélectivité : pourquoi la Sierra Leone et pas l'Angola ?
Disons enfin qu'en dépit du fait que la reforme du secteur de sécurité soit un des objectifs visés par les programmes DDR, les barrières pour y arriver sont nombreuses. Ainsi , des larges reformes politiques sont souvent bloquées en l'absence des reformes adéquates de ce secteur.
VIII. Le Désarmement
VIII. 1. Définition
Le désarmement est la collece, la documentation, le contrôle et la destruction des armes de petit calibre, des munitions, des explosifs et des armes légères et lourdes aux mains des combattants et souvent de la population civile également. Le désarmement implique également le développement des programmes pour une gestion responsable des armes.
VIII. 2. Pourquoi disarmer ?
Le désarmement est la première étape du processus DDR. L'opération est hautement symbolique pour l'individu car elle marque la fin de son rôle actif en tant que combattant. La limitation de l'usage des armes réduit la capacité d'un conflit armé et établit la confiance individuelle et communautaire dans le processus de paix.
VIII. 3. Les Phases du désarmement
Comme toute opération coordonnées le désarmement se fait en différentes phases qui doivent être logiquement complémentaires et strictement bien coordonnées. Il s'agit de :
- La collecte des informations et la plannification opérationnelle : à ce niveau, on choisit une approche réaliste et adaptée du désarmement, sélectionne les équipes de travail, fixe son calendrier, évalue et prévoit les risques avant de lancer une vaste campagne de sensibilisation et d'information
- La collecte et la récupération des armes : éviter absolument d'attacher une valeur monétaire aux armes comme moyens d'encourager leur remise, on aura ainsi évité des nouveaux flots et prolifération d'armes. Pour bien mener cette phase, on n'oubliera pas de préparer des zones tampon et des corridors de sécurité, les points de collecte et les sites de désarmement. Important, à ce stade, de recruter un personnel. Plus important encore de veiller à l'enregistrement et au comptage des armes récupérées. La sécurité reste de rigueur. Tenir compte des combattants étrangers inéligibles au programme. La logistique doit être à la hauteur de l'opération.
- La gestion des stocks
- La destruction des armes
VIII. 4. Désarmement des civils
Bien que l'approche et les stratégies du désarmement diffèrent selon les contextes et les situation, l'objectif reste de ramasser et de contrôler au maximum le plus grand nombre d'armes possible. Ainsi le contrôle des armes légères et de petit calibre doit se baser sur une enquête fouillée des armes légères et de petit calibre. Cela sous-entend l'estimation de la distribution d'armes, l'impact de l'enquête sur les armes, la percetion et la capacité de cette enquête.
Dans le cadre du désarmement des civils et des communautés, on incite souvent le gens à la remise d'armes en leur proposant des mesures incitatives. C'est par exemple proposer les mesures de développement communautaire contre la remise massive d'armes.
IX. 5. Modèle de Site de cantonnement
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Notes d'explication
1. Les combattants arrivent au camp de cantonnement avec armes, munitions et explosifs ou engins non explosés (UXO). Les observateurs militaires (MILOBS) procèdent à leur vérification et séparent les porteurs des UXO des autres.
2. Les combattants sans UXO entrent au camp, mais les combattants porteurs des UXO sont envoyés au site des UXO pour des raisons de sécurité
3. Les combattants porteurs des UXO sont transportés vers le site des UXO. Les combattants qui remettent les UXO reçoivent des documents de confirmation (UXO receipts) .
4. Ils déposent ensuite leurs UXO au Site de destruction des UXO avant de retourner au Site des UXO d'où ils sont transportés au Site de Désarmement D1.
5. Les combattants sans UXO entrent au camp de cantonnement où ils sont dépouillés de leurs armes et chaque combattant est fouillé par les MILOBs.
6. Les combattants passent ensuite dans les tentes séparées dans la zone de pré-vérification.
7. Les munitions sont alors récupérées par les MILOBS dans la zone de vérification, elles sont enregistrées et stockées.
8. . Les combattants qui remettent les munitions reçoivent des documents de confirmation (Ammunition receipts) .
9. Ceux qui sont apparemment éligibles pour le programme DDR passent dans les tentes séparées dans la zonne d'attente avant le départ au D1
10. Les combattants sont enfin transportés vers le Site de Désarmement D1
VIII. 5. Modèle de Site de Désarmement (D1)
NOTE :
- D1 : Désarmement
- D2 : Démobilisation
- ZT : Zones tampons
- CC : Centres de cantonnement
Les combattants arrivent au site de D1 avec des armes ou avec des documents certifiant que les munitions ont été remises aux ZT ou CC. Toutes les armes sont encore récupérées et les arrivants sont fouillés à l'entrée du site.
Les combatants passent ensuite dans les tentes séparées dans le secteur de pré-vérification. Les armes, les munitions et les documents de ZT ou CC sont alors examinés par les observateurs militaires (MILOBs) dans la zone de vérification du D1 et toutes les armes sont enregistrées et stockées. Les combattants accomplissent les procédés administratif de désarmement et ceux qui sont éligibles au programme DDR passent dans les tentes séparées dans la zone d'attente du pré-départ.
Les combattants sont enfin transportés vers le camp D2 de démobilisation.
X. La Démobilisation
IX. 1. Définition
La démobilisation est le processus formel de contrôle du désenrôlement des combattants actifs de l'armée officielle ou d'autres groupes armés. La première étape de la démobilisation peut aller du rassemblement de combattants dans des centres temporaires jusqu'au regroupement des troupes dans des camps conçus à cette fin (sites de cantonnement, campements, zones de rassemblement ou casernes). La deuxième étape de la démobilisation englobe les mesures de soutien proposées aux démobilisés, que l'on appelle la réintégration.
IX. 2. But de démobilsation
Le but de la phase de démobilisation est d'enregistrer, compter et surveiller les combattants et pour les préparer à être déchargés de leurs engagements militaires avec des documents d'identification et, en même temps, de recueillir l'information nécessaire pour leur intégration dans la communauté. Il inclut le dépistage médical et l'aide, couvre des approvisionnements d'entretien pour les combattants et généralement aussi le transport quand ils retournent dans leurs régions d'origine.
La démobilisation a lieu sur une base contractuelle ou statutaire aux endroits stipulés et est mise en application dans une tranche de temps limitée. L'objectif de la démobilisation est réduire ou dissoudre complètement les forces armées et autres éléments armés ayant participé au conflit.
IX. 3. Groupes cibles
Comme pour le désarmement, la démobilisation vise tous les membres actifs des forces et groupes armés. Les civils armés peuvent aussi être considérés comme groupe cible pour la démobilisation.
Cependant, si les forces armées ne sont pas complètement dissoutes, une sélection est à faire (combattants atteint par la limite d'âge, malades ou handicapés). Les autorités militaires - suivant une décision politique - effectuent cette sélection.
Des groupes cibles distincts peuvent être identifiés et un certain nombre de groupes disparates sélectionnés pour (ou affectés par) la démobilisation. Leurs milieux et motifs diffèrent considérablement, ainsi l'aide qu'ils reçoivent devrait refléter ces différences :
- Beaucoup de combattants ont une faible qualification et très peu de ressources, leurs attentes après des années de conflit armés deviennent conséquemment grandes
- Beaucoup d'entre eux ont été traumatisés par leur expérience de la guerre
- Des combattants avec des blessures graves ou des maladies chroniques (comme le VIH/SIDA) sont de préférence déchargés
- Les vieilles personnes ayant passé la majeure partie de leur vie comme combattants sont déchargées les premières
- Les femmes, qui sont de plus en plus fortement présentes dans les forces des guérillas (volontairement ou forcées), souffrent de discrimination de diverses façons lorsque les nouvelles forces armées sont créées ; leur importance et leur rôle dans le conflit sont souvent méconnus
- Les enfants qui ont été recrutés ou enlevés par les forces armées ou les groupes armés durant la guerre civile n'ont souvent pas de domicile où retourner à leur démobilisation à la fin de la guerre. Ils ne sont pas inclus dans le processus de démobilisation s'ils sont sous la moyenne d'âge. Ils bénéfiecie, à l'instar des personnes âgées, d'une attention spéciale et des programmes de réhabilitation
- Les mercenaires et combattants de nationalité étrangère ne sont pas concernés par les programmes de d\emobilisation et de réintégration, mais nécessitent pour autant un programme spécial de rapatriement
- Les partenaires, dépendants et membres de la famille qui ont vécu dans le voisinnage immédiat des casernes et maquis sont aussi directement concernés par la démobilisation.
IX. 4. Les Phases de la Démobilisation
La démobilisation se fait normalement en six principales étapes qui sont :
- La plannification : de la paix à l'établissement des plans de réserves
- Le cantonnement : regroupement des combattants dans des zones prévus à cet effet
- L'enregistrement : enregistrement des données personnelles et des armes
- Désarmement : collecte et contrôle des armes
- Orientation de prédéchargement : informer les combattants sur leurs droits, les services disponibles et les options
- Le déchargement : les combattants sont déchargés et transportés vers leurs régions d'origine.
XI. La Réinsertion et la Réintégration
X. 1. Définitions
La réinsertion est l'aide apportée aux ex-combattants au cours de la démobilisation mais avant le processus à plus long terme de réintégration. La réinsertion est une forme d'aide transitoire permettant de couvrir les besoins de base des ex-combattants et de leurs familles. Elle peut inclure des indemnités transitoires de sécurité, de la nourriture, des vêtements, un logement, des services médicaux, un apprentissage à court terme, une formation, un emploi et des outils.
Alors que la réintégration est un processus de développement social et économique continu et à long terme, la réinsertion est une aide matérielle et/ou financière à court terme répondant aux besoins immédiats. Elle peut durer jusqu'à un an.
La réintégration est le processus à travers lequel les ex-combattants acquièrent un statut civil et retrouvent un emploi et des revenus stables. Il s'agit essentiellement d'un processus social et économique sans échéance précise, à l'½uvre principalement au sein des communautés locales. Elle s'inscrit dans le développement global d'un pays et relève de la responsabilité nationale, nécessitant souvent une aide extérieure à long terme.
Réintégration pour les ex-combattants, comme pour les réfugiés et les déplacés internes, est particulièrement difficile dans des situations d'après-guerre. Il est seulement possible de parler de la réintégration jusqu'à un degré limité, tellement la guerre et la violence ont considérablement changé les perceptions et les capacités des ex-combattants.
X. 2. Objectifs de la Réintégration
L'objectif central des programmes de réintégration est de soutenir des ex-combattants dans leurs efforts pour l'intégration sociale et économique dans la société civile. Considérant que le désarmement et la démobilisation servent principalement à établir la confiance en désarmant et en enregistrant des combattants, on suppose qu'avec l'aide des services offerts par des programmes de réintégration, les ex-combatants seront demobilisés et voudront bien mener une vie civile.
La réintégration tourne son attention primaire sur l'individu avec ses besoins et qualifications, vers une attention sur la même personne devenant un membre responsable de la communauté, soutenant de ce fait le développement de la communauté.
X. 3. Groupes cibles et bénéficiaires
Plus qu'aux phases de désarmement et démobilisation, les groupes devant bénéficier des programmes de réintégration prennent beaucoup plus d'extension. Les ex-combattants, leurs familles, aussi bien que les communautés qui les accueillent doivent bénéficier des programmes de réintégration.
Dans un programme de réintégration, l'attention se tourne de l'individu vers la communauté dans laquelle il doit ou veut se réinstaller
X. 4. Mesures de réinsertions
Un large choix de options pour la réintégration à long terme peuvent être envisagées dans une étroite collaboration entre le pouvoir public, les donateurs et les bénéficiaires. On peut citer entre autres :
- L'accès à la terre
- L'accès à une formation professionnelle ou à l'éducation formelle pour les mineurs
- Création de l'emploi par le renforcement ou la création des petites et moyennes entreprises.
Quelles que soient les options et mesures de réintégrations, elles devront associer les ex-combattants et la communauté d'accueil, qui doit pouvoir en bénéficier autant que les ex-combattants, c'est ce qui facilitera et encouragera la réinsertion sociale et la réconciliation.
Ces mesures doivent aussi se conformer aux traditions et usages locaux pour encourager un terrain d'entente et une paix durable.
XII. Les Perspectives du Genre dans le DDR
L'approche genre et développement est née de la nécessité de définir des stratégies et des méthodologies nouvelles pour améliorer la planification, la mise en ½uvre, le suivi et l'évaluation des initiatives de développement qui permettent une meilleure intégration des femmes au processus de développement en vue de maximiser leur apport à ce processus à travers une meilleure connaissance de leurs situations, de leurs problèmes et de leurs besoins.
Le genre n'est donc ni le sexe ni la femme, mais un ensemble des pratiques, des symboles, de représentations, des normes et des valeurs qui se refèrent aux relations, aux rapports sociaux entre les hommes et les femmes.
Le genre change au cours du temps et est différent selon la culture
Le genre se rapporte à la manière dont le pouvoir est utilisé et partagé
Les rôles liés au genre changent rapidement en période de conflit
Les identités liées au genre influencent les besoins et les rôles en temps de crise
Dans un processus DDR, l'approche du genre doit favoriser :
l'équité (c'est à dire le fait d'être juste envers les filles et les garçons, les hommes et les femmes. C'est l'accès égal des hommes et des femmes, des filles et des garçons aux chances et au développement de leurs capacités, en éliminant des barrières qui entravent leurs possibilités économiques et politiques.
l'égalité, il s'agit de l'égalité des droits, de traitements et des chances entre hommes et femmes
et l'habilitation, qui consiste à procurer aux femmes davantage de pouvoir et de contrôle sur leurs propres vie.
Au cours des toutes les étapes du DDR, l'on doit être sensible aux questions relatives au genre. Le « genre » inclut les hommes comme les femmes. Bien entendu, de nombreux aspects de la guerre sont vécus de manière similaire par les hommes et les femmes, mais le genre influence également la manière dont l'expérience de la guerre est vécue au niveau individuel. En effet, les aspects sexuels ont un impact direct sur la manière dont les évènements sont perçus, les actions et réactions qu'ils provoquent ainsi que les rapports aux autres
De plus, si les expériences spécifiques au genre ne sont pas traitées correctement, elles
peuvent créer des problèmes qui persisteront après la résolution du conflit. Par exemple, la
dépression et le stress post-traumatique réduisent les contributions des individus à leurs
familles, communautés et sociétés et pourraient être à la source de difficultés précises telles que l'alcoolisme ou les abus conjugaux, qui sont préjudiciables à une bonne réintégration.
Ainsi, une « sensibilité aux questions de genre » revient à tenir compte des expériences de tous les ex-combattants – hommes et femmes – et à cibler les besoins spéciaux que chaque sexe pourrait ressentir du fait de son genre.
XIII. Stress et traumatisme
Alors que le traumatisme est perçu comme tout événement perceptible par un ou plusieurs sens, irréprésentable, inoubliable et transmissible aux générations futures, ayant une forte portée émotionnelle d'apparition brutal, imprévisible, dangereux, inacceptable qui saisit une personne, la laissant sans voix, sans pensée, le stress est pour sa part un événement (traumatisme), ou une réaction (tension) produite par un traumatisme. Il empêche la réalisation d'une quelconque tâche. Ainsi, le stress a deux composantes : les événements stressants (facteurs de stress) et les réactions au stress.
Dans le cadre du DDR, les gestionnaires du programme ont la double lourde tâche de gérer les stress et traumatismes des groupes cibles (liés à leur expérience de la guerre) ainsi que leur propre stress (le stress professionnel.
La gestion des programmes du DDR, qui implique le contact direct avec les acteurs et les victimes des violences souvent les plus inimaginables et la gestion des attentes de tous, peut s'avérer une expérience particulièrement éprouvante et particulièrement stressant. Pour y aprvenir, les gestionnaires doivent ainsi faire preuves de :
- Une formation solide (savoir, savoir faire, savoir être insuffisant)
- Une personnalité forte et une grande confiance ou estime de soi...
- Une capacité à établir une excellente relation avec autrui (soit avec les bénéficiaires, les supérieurs hiérarchiques, les collègues...)
Au même degré, dans sa tâche quotidienne de gestions des stress et traumatismes de bénéficiaires de ses programmes, le gestionnaires DDR doit constamment veiller à :
- La prévention des événements stressants dans son rayon d'intervention
- La prise de conscience de la communauté sur l'existence, l'acceptation (non stigmatisation) des personnes victimes
- La promotion du bien être des personnes dont il a la charge (cibles du DDR)
XIV. Conclusion
• Le DDR est seulement l'une des plusieurs intervenetions pour la stabilisation du conflit et doit conséquemment être bien plannifié et bien coordonné dans un large effort politique et de reconstruction
• Les programmes associés au DDR doivent prendre une approche compréhensive vers le désarmement ainsi que le contrôle et la gestion des armes et munitions
• Les initiatives du DDR doivent avant tout promouvoir une réintégration durable. Et, pour y arriver, le processus DDR a besoin d'être lié à des processus de reconstruction nationale et du développement
• Le DDR es un programme très flexible et se veut spécifique pour chaque pays. Dans certains cas, certains de ses éléments constitutifs peuvent ne pas être employés ou exécutés.


