Le DDR dans le Contexte actuel

Le DDR dans le Contexte actuel
LE DDR DANS LE CONTEXTE ACTUEL


Note d'information

Charles Nasibu Bilali




Introduction

Actuellement, la communauté internationale s'efforce à apporter des réponses rapides aux conflits armés qui éclatent ça et là à travers le monde. Il y a quelques décennies, elle se montrait parfois indifférente parfois lente à agir, ce qui amenait des conflits à s'enliser indéfiniment. L'attention portée sur le conflit au Darfur par la communauté internationale diffère de loin de celle apportée au conflit angolais ou mozambicain. Dans un même pays, des conflits ayant éclaté à quelques années d'intervalle ont eu une attention bien différente de la communauté internationale, c'est le cas au Liberia ou en Afghanistan par exemple.

En plus de porter plus d'attention aux conflits contemporains, la communauté internationale s'active plus davantage dans la gestion de la période post-conflit à travers un grand mecanisme de construction de la paix qui comprend les opérations de désarmement, de démobilisation, de réintégration, sans laisser de côté des reformes du secteur judiciaire et de sécurité.

Cette note, qui ne prétend nullement être exhaustive, propose un certain nombre d'information sur les normes modernes du processus de désarmement, démobilisation et réintégration (DDR).

I. Définition des concepts

Le DDR des ex-combattants est un processus complexe aux dimensions politiques, militaires, sécuritaires, humanitaires et socio-économiques. Il vise à relever le défi sécuritaire que posent les ex-combattants qui, après un conflit, se retrouvent sans subsistances ni réseaux de soutien autres que ceux de leurs anciens condisciples, lors du passage critique de la guerre à la paix et au développement.

Le DDR cherche à assurer la réintégration sociale et économique des ex-combattants de manière à ce qu'ils puissent devenir parties prenantes à la paix. Bien qu'une grande part d'un programme DDR se focalise sur les ex-combattants, ce sont en définitive les populations de la communauté dans son ensemble qui doivent en être les principales bénéficiaires .

Le DDR est un programme de stabilisation en situation de post-conflit qui consiste à récupérer et à gérer les armes légères et de petit calibre dans un pays et ses environs pour y promouvoir une réintégration durable des ex-combattants et des autres individus associés de l'une ou de l'autre façon aux groupes et forces armés afin de rendre la paix irréversible


II. Le DDR dans le processus de paix

 Buts et Objectifs d'une mission et des activités du DDR

Les buts poursuivis par les programmes du DDR visent essentiellement et de manière simple à. :
- Contribuer au renforcement de la sécurité et de la stabilité politique dans un pays. Pour cette bonne raison, le processus doit être entamé aussitôt apès la signature de l'accord de paix qui marque la fin des hostilités.
- Rétablir les condition qui permettent la réintégration des participants armés et des factions ayant pris part au conflit
- Prévenir la résurgence de la violence
- Contribuer à la réconciliation nationale
- Une autre mesure qui doit accompagner les programmes du DDR c'est la Reforme du Secteur de Sécurité dont le but est la réduction et la démocratisation des Forces armées et des corps de sécurité (Police,douane,sûreté nationale,etc.)
- L'objectif ultime des programmes du DDR c'est de prévenir le retour au conflit armé. Pour y arriver, il est nécessaire de promouvoir la confiance chez les bénéficiaires et aborder sérieusement les causes lointaines et immédiates du conflit.

III. L' Information publique dans le processus DDR

Lorsqu'une mission de maintien de la paix est déployée dans un pays pour y exécuter des programmes du DDR, les populations civiles aussi bien que les combattants et autres éléments associés aux forces et groupes armés, qui sont autant des groupes cibles des différents programmes, doivent être suffisamment informés sur tous les aspects du programme, ce qui les incitera d'ailleurs à participer et facilitera ainsi les objectifs du programme. L'information doit jouer un rôle central qui se justifie par l'impérieuse nécessité d'obtenir un soutien public du processus de paix.

Dans le cadre des Nations Unies, l'équipe d'Information est une unité qui doit être bien coordonnée et agir avec la souplesse et les capacités voulues quitte à donner la bonne information au moment opportun et à réagir au bon moment pour corriger une désinformation afin de dissiper les craintes des uns et des autres. Le rôle de cette unité se résume ainsi à :
- Informer la population sur les objectifs, le mandat et d'autres aspects du processus de paix
- Gérer les relations avec les media et autres créneaux locaux de communications, tout en ayant à l'esprit le fait qu'ils peuvent infuencer positivement ou négativement la Mission
- Exécuter les stratégies de communication de facon maximale
- Appuyer le leadreship de la Mission
- Tenir constamment informés le personnel de la Mission, le Quartier Général des Nations Unies ainsi que les Etats membres
- Construire un soutien pour tout le processus de paix.
Dans plusieurs programmes du DDR, l'Information publique (ou la sensibilisation) a servi de soubassement à tout le processus. Pour cette raison, l'unité chargée de l'Information publique est toujours appelée à définir de manière cohérente, précise et réaliste les meilleures stratégies devant conduire à la réussite de la Mission de maintien de la paix. Ces stratégies impliquent entre autres (sans être exhaustif) :
- L'identification des groupes cibles et de leurs localisations
- L'identification et la compréhension des réalités culturelles et traditionnelles locales
- L'identification de tous les moyens, outils et créneaux de communication possibles, ainsi que leur force, leur faiblesse et leur influence sur les mentalités
- L'identification des leaders d'opinion, autorités ou pouvoir moral locaux
- L'adaptation du message aux spécificités et aux attentes de chaque groupe cible
- L'identification et la collaboration avec d'autres organisations, locales et internationales.

IV. Les Acteurs du processus DDR

Dans un processus DDR, les acteurs sur le terrains sont aussi nombreux qu'il y a des problèmes à résoudre. Ils sont aussi de divers ordres et jouent des rôles bien divers dans le processus.

L'identité des acteurs du DDR et le rôle qu'ils y jouent est fonction des étapes du cycle du conflit. En effet, tout part d'un problème qui vient troubler l'ordre établi ou d'un mécontentement d'une catégorie donnée de la société, ensuite vient une certaine escalade de la crise avant l'eclatement du conflit. Le conflit dure, fait des victimes et des destructions, puis les belligérants, souvent après une forte pression extérieure, se mettent d'accord pour négocier un cessez-le-feu et des accords politiques. Loin d'être la fin des hostilités, la signature d'un accord de cessez-le-feu n'est qu'une étape de ce long cycle, mais elle marque un début vers la paix durable.

C'est à ce moment précis que le DDR commence, pour consolider cette paix. Le DDR devient ainsi une sorte de réponse internationale consistant en la prévention, la réduction des risques de reprise du conflit et le rétablissement d'un nouvel ordre. Jusque là, les acteurs sont de deux différents types : les acteurs nationaux et les internationaux (les ONG et autres agences).

V. 1. Les Acteurs nationaux

V.1. 1. Les Combattants

Il s'agit du groupe sur lequel se focalisent toutes les attentions. Dans le contexte du DDR, un combattant est défini comme étant quelqu'un qui :
- est sous le commandement de quelqu'un qui est responsable d'un leadership politique
- fait partie intégrante d'un cadre intérieurement discipliné
- respecte les règles de la guerre
- porte ouvertement son arme lors des opérations militaires
- porte sur lui des signes distinctifs

Pour comprendre les combattants, il est impérieux de trouver des réponses précises aux questions ci-après :
- Qui sont-ils ?
- Pourquoi se sont-ils enrôlés ?
- Qu'ont-ils vécu et expérimenté durant la guerre ?
- Quels sont leurs besoins ?
- Quelles sont leurs craintes ?
- Quelles sont leurs attentes ?

V.1. 2. Les autres Acteurs nationaux

- Le Gouvernement (réel ou représentatif)
- Les politiciens et Diplomates
- Les interlocuteurs pour la paix et les processus politiques
- La Commission Nationale sur le DDR (et parfois aussi la Structure Militaire d'Intégration)
- La Société Civile
- Les Communautés locales

V. 2. Les Acteurs internationaux


- Les principaux organes des Nations Unies
- Les Organisations des Nations Unies
- La Mission des Nations Unies
- Les Organisations régionales
- Les Alliances militaires

V. 3. Les Secteurs d'Intervention

Les programmes du DDR se circonscrivent principalement dans les secteurs ci-après :
- Sécurité
- Asistance humanitaire
- Droits de l'homme
- Justice et ordre publique
- Gouvernance
- Développement
- Industrie et Economie

VI. La Coopération/ Coordination Civil-Militaire (CIMIC)

VI. 1. Définition

« Il s'agit de la coordination et la coopération, en appui à la Mission, entre le commandant de l'OTAN et les acteurs civils, y compris la population nationale et les autorités locales, aussi bien que les agences internationales, les organisations nationales et non gouvernementales, et d'autres agences ».

Le CIMIC consiste donc en une étroite coopération entre les militaires déployés dans le cadre de la Mission avec :
- la population civile
- les agences locales et internationales
- les groupes intervenant dans l'humanitaire et les ONG.

VI. 2. Le travail du CIMIC

- Une aide rapide immédiatement après une crise ou un désastre naturel
- Un travail symbolique de reconstruction
- Distribution de l'aide humanitaire
- Appui logistique
- Echange des informations sur la sécurité
- Travaux de construction à long terme (si c'est possible)
- Réunions mixtes d'information entre les civils et les unités militaires

VI. 3. Qui est qui et quelles approches ?

Les rôles des uns et des autres et les différentes appellations varient en fonction du cadre où la Mission est déployée. C'est ainsi qu'on verra :
- Les Officiers de Coordination Civil-Militaire (CMCO) dans le cadre de l'ONU
- Les Officiers de Liaison Civil-Mlitaire (CMLOs) dans le cadre des Forces de Maintien de la Paix
- Equipes de Liaison et Observation (LOTs), une spécificité pour la Bosnie
- Equipes de Liaison et Surveillance (LMT), une spécificité pour le Kosovo
- Officiers de Coopération Civil-Militaire (CIMIC Officers), dans le cadre de l'OTAN et de l'UE.

Il en est de même pour les approches qui diffèrent selon les politiques nationales ou les diverses idéologies des organisations internationales. Ainsi, par exemple :
- Pour les Forces Armées Allemandes, le CIMIC est d'abord un soutien à une mission militaire. Une attention particulière est donnée à la liaison et communication, la surveillance et les petits projets.
- Pour les Etats-Unis, cela est perçu sous une large approche visant à assurer la protection de la Force et l'accomplissement de la mission militaire
- Pour la Grande Brétagne, le CIMIC se résume en une approche pour la contre-insurrection et les relations avec les agences civiles nationales
- Alors que le CICR accepte, lorsque c'est possible, une certaine forme de collaboration avec les militaire, collaboration qu'il soumet d'ailleurs à un strict rôle de l'engagement, Médecins Sans Frontières n'admet pour sa part aucume forme de collaboration avec les hommes en armes.

VI. 4. Différences et similarités dans le CIMIC

a. Différences
Organisations civiles Militaires
Indépendantes Hautement disciplinés
Autorité décentralisée Commandement hiérarchisé
Formation sur le lieu du travail Formation vaste et coûteuse
Peu de manuels de terrain Publications doctrinales
Perspective du long terme et une longue expérience de terrain Une approche « End-State »

b. Similarités

- Le motivations sont similaires
- Les deux parties fournissent un service public
- Leurs emplois sont difficiles mais motivants
- Dans les deux cas, le travai vous éloigne du domicile et de la famille
- Souvent l'action est dans une situation dangereuse

VII. Le DDR et la Reforme du Secteur de Sécurité

VII. 1. Définition

« La réforme de secteur de sécurité est la transformation du système de sécurité qui inclut tous les acteurs, leurs rôles, leurs responsabilités et actions, de sorte qu'elle soit contrôlée et actionnée en une manière qui soit plus conforme aux principes démocratiques, aux principes de la bonne gouvernance, et contribue ainsi à un cadre fiable de sécurité »

La reforme du secteur de sécurité est ainsi un exercice très exigeant et hautement technique qui intervient toujours quand le conflit a pris fin. Son but est ordinairement de rendre responsable les services de sécurité, assurer la sécurité aux citoyens et créer un environnement sain pour le développement durable.

Il est important de comprendre les dimensions de cette reforme qui sont de divers ordres :
- la dimension politique, qui implique le contrôle par les civils
- la dimension économique, qui implique les ressources appropriées
- la dimension sociale, qui implique la sécurité physique des citoyens
- la dimension institutionnelle, qui implique la professionnalisation des acteurs du secteur de sécurité

La communauté du secteur de sécurité dans le cadre des programmes du DDR est une vaste catégorie aussi diversifiée que complexe qui prend des forces armés aux grand public (média, citoyens) en passant par les forces de police et les paramilitaires, les services de renseignement, le pouvoir législatif, les ministères de la défense, de l'Intérieur, des Affaires étrangères, le monde judiciaire, la douane, les services pénitentiaires sans oublier les compagnies privée de sécurité.

VII. 2. Dilemmes et problèmes de la RSS

* Le rôle de l'armée : étant donné son histoire, l'armée est-elle reformable ?
* Le contrôle de la RSS par les civil : ont-ils une expertise suffisante ?
* La conditionnalité politique : la bonne gouvernance et la reforme peuvenet-elles être imposées ?
* Les limites du développement communautaire : les acteurs de la sécurité ont-ils les partenaires qu'il faut ?
* L'appropriation nationale: qui est cense promouvoir la reforme dans les société en situation de post-conflit ?
* Sélectivité : pourquoi la Sierra Leone et pas l'Angola ?

Disons enfin qu'en dépit du fait que la reforme du secteur de sécurité soit un des objectifs visés par les programmes DDR, les barrières pour y arriver sont nombreuses. Ainsi , des larges reformes politiques sont souvent bloquées en l'absence des reformes adéquates de ce secteur.

VIII. Le Désarmement

VIII. 1. Définition

Le désarmement est la collece, la documentation, le contrôle et la destruction des armes de petit calibre, des munitions, des explosifs et des armes légères et lourdes aux mains des combattants et souvent de la population civile également. Le désarmement implique également le développement des programmes pour une gestion responsable des armes.

VIII. 2. Pourquoi disarmer ?

Le désarmement est la première étape du processus DDR. L'opération est hautement symbolique pour l'individu car elle marque la fin de son rôle actif en tant que combattant. La limitation de l'usage des armes réduit la capacité d'un conflit armé et établit la confiance individuelle et communautaire dans le processus de paix.

VIII. 3. Les Phases du désarmement

Comme toute opération coordonnées le désarmement se fait en différentes phases qui doivent être logiquement complémentaires et strictement bien coordonnées. Il s'agit de :
- La collecte des informations et la plannification opérationnelle : à ce niveau, on choisit une approche réaliste et adaptée du désarmement, sélectionne les équipes de travail, fixe son calendrier, évalue et prévoit les risques avant de lancer une vaste campagne de sensibilisation et d'information
- La collecte et la récupération des armes : éviter absolument d'attacher une valeur monétaire aux armes comme moyens d'encourager leur remise, on aura ainsi évité des nouveaux flots et prolifération d'armes. Pour bien mener cette phase, on n'oubliera pas de préparer des zones tampon et des corridors de sécurité, les points de collecte et les sites de désarmement. Important, à ce stade, de recruter un personnel. Plus important encore de veiller à l'enregistrement et au comptage des armes récupérées. La sécurité reste de rigueur. Tenir compte des combattants étrangers inéligibles au programme. La logistique doit être à la hauteur de l'opération.
- La gestion des stocks
- La destruction des armes

VIII. 4. Désarmement des civils

Bien que l'approche et les stratégies du désarmement diffèrent selon les contextes et les situation, l'objectif reste de ramasser et de contrôler au maximum le plus grand nombre d'armes possible. Ainsi le contrôle des armes légères et de petit calibre doit se baser sur une enquête fouillée des armes légères et de petit calibre. Cela sous-entend l'estimation de la distribution d'armes, l'impact de l'enquête sur les armes, la percetion et la capacité de cette enquête.

Dans le cadre du désarmement des civils et des communautés, on incite souvent le gens à la remise d'armes en leur proposant des mesures incitatives. C'est par exemple proposer les mesures de développement communautaire contre la remise massive d'armes.



IX. 5. Modèle de Site de cantonnement












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Notes d'explication





1. Les combattants arrivent au camp de cantonnement avec armes, munitions et explosifs ou engins non explosés (UXO). Les observateurs militaires (MILOBS) procèdent à leur vérification et séparent les porteurs des UXO des autres.

2. Les combattants sans UXO entrent au camp, mais les combattants porteurs des UXO sont envoyés au site des UXO pour des raisons de sécurité


3. Les combattants porteurs des UXO sont transportés vers le site des UXO. Les combattants qui remettent les UXO reçoivent des documents de confirmation (UXO receipts) .

4. Ils déposent ensuite leurs UXO au Site de destruction des UXO avant de retourner au Site des UXO d'où ils sont transportés au Site de Désarmement D1.


5. Les combattants sans UXO entrent au camp de cantonnement où ils sont dépouillés de leurs armes et chaque combattant est fouillé par les MILOBs.

6. Les combattants passent ensuite dans les tentes séparées dans la zone de pré-vérification.


7. Les munitions sont alors récupérées par les MILOBS dans la zone de vérification, elles sont enregistrées et stockées.

8. . Les combattants qui remettent les munitions reçoivent des documents de confirmation (Ammunition receipts) .


9. Ceux qui sont apparemment éligibles pour le programme DDR passent dans les tentes séparées dans la zonne d'attente avant le départ au D1

10. Les combattants sont enfin transportés vers le Site de Désarmement D1







VIII. 5. Modèle de Site de Désarmement (D1)





































NOTE :
- D1 : Désarmement
- D2 : Démobilisation
- ZT : Zones tampons
- CC : Centres de cantonnement

Les combattants arrivent au site de D1 avec des armes ou avec des documents certifiant que les munitions ont été remises aux ZT ou CC. Toutes les armes sont encore récupérées et les arrivants sont fouillés à l'entrée du site.
Les combatants passent ensuite dans les tentes séparées dans le secteur de pré-vérification. Les armes, les munitions et les documents de ZT ou CC sont alors examinés par les observateurs militaires (MILOBs) dans la zone de vérification du D1 et toutes les armes sont enregistrées et stockées. Les combattants accomplissent les procédés administratif de désarmement et ceux qui sont éligibles au programme DDR passent dans les tentes séparées dans la zone d'attente du pré-départ.
Les combattants sont enfin transportés vers le camp D2 de démobilisation.


X. La Démobilisation

IX. 1. Définition

La démobilisation est le processus formel de contrôle du désenrôlement des combattants actifs de l'armée officielle ou d'autres groupes armés. La première étape de la démobilisation peut aller du rassemblement de combattants dans des centres temporaires jusqu'au regroupement des troupes dans des camps conçus à cette fin (sites de cantonnement, campements, zones de rassemblement ou casernes). La deuxième étape de la démobilisation englobe les mesures de soutien proposées aux démobilisés, que l'on appelle la réintégration.

IX. 2. But de démobilsation

Le but de la phase de démobilisation est d'enregistrer, compter et surveiller les combattants et pour les préparer à être déchargés de leurs engagements militaires avec des documents d'identification et, en même temps, de recueillir l'information nécessaire pour leur intégration dans la communauté. Il inclut le dépistage médical et l'aide, couvre des approvisionnements d'entretien pour les combattants et généralement aussi le transport quand ils retournent dans leurs régions d'origine.

La démobilisation a lieu sur une base contractuelle ou statutaire aux endroits stipulés et est mise en application dans une tranche de temps limitée. L'objectif de la démobilisation est réduire ou dissoudre complètement les forces armées et autres éléments armés ayant participé au conflit.

IX. 3. Groupes cibles

Comme pour le désarmement, la démobilisation vise tous les membres actifs des forces et groupes armés. Les civils armés peuvent aussi être considérés comme groupe cible pour la démobilisation.

Cependant, si les forces armées ne sont pas complètement dissoutes, une sélection est à faire (combattants atteint par la limite d'âge, malades ou handicapés). Les autorités militaires - suivant une décision politique - effectuent cette sélection.

Des groupes cibles distincts peuvent être identifiés et un certain nombre de groupes disparates sélectionnés pour (ou affectés par) la démobilisation. Leurs milieux et motifs diffèrent considérablement, ainsi l'aide qu'ils reçoivent devrait refléter ces différences :
- Beaucoup de combattants ont une faible qualification et très peu de ressources, leurs attentes après des années de conflit armés deviennent conséquemment grandes
- Beaucoup d'entre eux ont été traumatisés par leur expérience de la guerre
- Des combattants avec des blessures graves ou des maladies chroniques (comme le VIH/SIDA) sont de préférence déchargés
- Les vieilles personnes ayant passé la majeure partie de leur vie comme combattants sont déchargées les premières
- Les femmes, qui sont de plus en plus fortement présentes dans les forces des guérillas (volontairement ou forcées), souffrent de discrimination de diverses façons lorsque les nouvelles forces armées sont créées ; leur importance et leur rôle dans le conflit sont souvent méconnus
- Les enfants qui ont été recrutés ou enlevés par les forces armées ou les groupes armés durant la guerre civile n'ont souvent pas de domicile où retourner à leur démobilisation à la fin de la guerre. Ils ne sont pas inclus dans le processus de démobilisation s'ils sont sous la moyenne d'âge. Ils bénéfiecie, à l'instar des personnes âgées, d'une attention spéciale et des programmes de réhabilitation
- Les mercenaires et combattants de nationalité étrangère ne sont pas concernés par les programmes de d\emobilisation et de réintégration, mais nécessitent pour autant un programme spécial de rapatriement
- Les partenaires, dépendants et membres de la famille qui ont vécu dans le voisinnage immédiat des casernes et maquis sont aussi directement concernés par la démobilisation.

IX. 4. Les Phases de la Démobilisation

La démobilisation se fait normalement en six principales étapes qui sont :
- La plannification : de la paix à l'établissement des plans de réserves
- Le cantonnement : regroupement des combattants dans des zones prévus à cet effet
- L'enregistrement : enregistrement des données personnelles et des armes
- Désarmement : collecte et contrôle des armes
- Orientation de prédéchargement : informer les combattants sur leurs droits, les services disponibles et les options
- Le déchargement : les combattants sont déchargés et transportés vers leurs régions d'origine.

XI. La Réinsertion et la Réintégration

X. 1. Définitions

La réinsertion est l'aide apportée aux ex-combattants au cours de la démobilisation mais avant le processus à plus long terme de réintégration. La réinsertion est une forme d'aide transitoire permettant de couvrir les besoins de base des ex-combattants et de leurs familles. Elle peut inclure des indemnités transitoires de sécurité, de la nourriture, des vêtements, un logement, des services médicaux, un apprentissage à court terme, une formation, un emploi et des outils.

Alors que la réintégration est un processus de développement social et économique continu et à long terme, la réinsertion est une aide matérielle et/ou financière à court terme répondant aux besoins immédiats. Elle peut durer jusqu'à un an.

La réintégration est le processus à travers lequel les ex-combattants acquièrent un statut civil et retrouvent un emploi et des revenus stables. Il s'agit essentiellement d'un processus social et économique sans échéance précise, à l'½uvre principalement au sein des communautés locales. Elle s'inscrit dans le développement global d'un pays et relève de la responsabilité nationale, nécessitant souvent une aide extérieure à long terme.

Réintégration pour les ex-combattants, comme pour les réfugiés et les déplacés internes, est particulièrement difficile dans des situations d'après-guerre. Il est seulement possible de parler de la réintégration jusqu'à un degré limité, tellement la guerre et la violence ont considérablement changé les perceptions et les capacités des ex-combattants.

X. 2. Objectifs de la Réintégration

L'objectif central des programmes de réintégration est de soutenir des ex-combattants dans leurs efforts pour l'intégration sociale et économique dans la société civile. Considérant que le désarmement et la démobilisation servent principalement à établir la confiance en désarmant et en enregistrant des combattants, on suppose qu'avec l'aide des services offerts par des programmes de réintégration, les ex-combatants seront demobilisés et voudront bien mener une vie civile.
La réintégration tourne son attention primaire sur l'individu avec ses besoins et qualifications, vers une attention sur la même personne devenant un membre responsable de la communauté, soutenant de ce fait le développement de la communauté.

X. 3. Groupes cibles et bénéficiaires

Plus qu'aux phases de désarmement et démobilisation, les groupes devant bénéficier des programmes de réintégration prennent beaucoup plus d'extension. Les ex-combattants, leurs familles, aussi bien que les communautés qui les accueillent doivent bénéficier des programmes de réintégration.

Dans un programme de réintégration, l'attention se tourne de l'individu vers la communauté dans laquelle il doit ou veut se réinstaller

X. 4. Mesures de réinsertions

Un large choix de options pour la réintégration à long terme peuvent être envisagées dans une étroite collaboration entre le pouvoir public, les donateurs et les bénéficiaires. On peut citer entre autres :
- L'accès à la terre
- L'accès à une formation professionnelle ou à l'éducation formelle pour les mineurs
- Création de l'emploi par le renforcement ou la création des petites et moyennes entreprises.

Quelles que soient les options et mesures de réintégrations, elles devront associer les ex-combattants et la communauté d'accueil, qui doit pouvoir en bénéficier autant que les ex-combattants, c'est ce qui facilitera et encouragera la réinsertion sociale et la réconciliation.

Ces mesures doivent aussi se conformer aux traditions et usages locaux pour encourager un terrain d'entente et une paix durable.

XII. Les Perspectives du Genre dans le DDR

L'approche genre et développement est née de la nécessité de définir des stratégies et des méthodologies nouvelles pour améliorer la planification, la mise en ½uvre, le suivi et l'évaluation des initiatives de développement qui permettent une meilleure intégration des femmes au processus de développement en vue de maximiser leur apport à ce processus à travers une meilleure connaissance de leurs situations, de leurs problèmes et de leurs besoins.

Le genre n'est donc ni le sexe ni la femme, mais un ensemble des pratiques, des symboles, de représentations, des normes et des valeurs qui se refèrent aux relations, aux rapports sociaux entre les hommes et les femmes.

 Le genre change au cours du temps et est différent selon la culture
 Le genre se rapporte à la manière dont le pouvoir est utilisé et partagé
 Les rôles liés au genre changent rapidement en période de conflit
 Les identités liées au genre influencent les besoins et les rôles en temps de crise


Dans un processus DDR, l'approche du genre doit favoriser :
 l'équité (c'est à dire le fait d'être juste envers les filles et les garçons, les hommes et les femmes. C'est l'accès égal des hommes et des femmes, des filles et des garçons aux chances et au développement de leurs capacités, en éliminant des barrières qui entravent leurs possibilités économiques et politiques.
 l'égalité, il s'agit de l'égalité des droits, de traitements et des chances entre hommes et femmes
 et l'habilitation, qui consiste à procurer aux femmes davantage de pouvoir et de contrôle sur leurs propres vie.

Au cours des toutes les étapes du DDR, l'on doit être sensible aux questions relatives au genre. Le « genre » inclut les hommes comme les femmes. Bien entendu, de nombreux aspects de la guerre sont vécus de manière similaire par les hommes et les femmes, mais le genre influence également la manière dont l'expérience de la guerre est vécue au niveau individuel. En effet, les aspects sexuels ont un impact direct sur la manière dont les évènements sont perçus, les actions et réactions qu'ils provoquent ainsi que les rapports aux autres

De plus, si les expériences spécifiques au genre ne sont pas traitées correctement, elles
peuvent créer des problèmes qui persisteront après la résolution du conflit. Par exemple, la
dépression et le stress post-traumatique réduisent les contributions des individus à leurs
familles, communautés et sociétés et pourraient être à la source de difficultés précises telles que l'alcoolisme ou les abus conjugaux, qui sont préjudiciables à une bonne réintégration.

Ainsi, une « sensibilité aux questions de genre » revient à tenir compte des expériences de tous les ex-combattants – hommes et femmes – et à cibler les besoins spéciaux que chaque sexe pourrait ressentir du fait de son genre.

XIII. Stress et traumatisme

Alors que le traumatisme est perçu comme tout événement perceptible par un ou plusieurs sens, irréprésentable, inoubliable et transmissible aux générations futures, ayant une forte portée émotionnelle d'apparition brutal, imprévisible, dangereux, inacceptable qui saisit une personne, la laissant sans voix, sans pensée, le stress est pour sa part un événement (traumatisme), ou une réaction (tension) produite par un traumatisme. Il empêche la réalisation d'une quelconque tâche. Ainsi, le stress a deux composantes : les événements stressants (facteurs de stress) et les réactions au stress.

Dans le cadre du DDR, les gestionnaires du programme ont la double lourde tâche de gérer les stress et traumatismes des groupes cibles (liés à leur expérience de la guerre) ainsi que leur propre stress (le stress professionnel.

La gestion des programmes du DDR, qui implique le contact direct avec les acteurs et les victimes des violences souvent les plus inimaginables et la gestion des attentes de tous, peut s'avérer une expérience particulièrement éprouvante et particulièrement stressant. Pour y aprvenir, les gestionnaires doivent ainsi faire preuves de :
- Une formation solide (savoir, savoir faire, savoir être insuffisant)
- Une personnalité forte et une grande confiance ou estime de soi...
- Une capacité à établir une excellente relation avec autrui (soit avec les bénéficiaires, les supérieurs hiérarchiques, les collègues...)

Au même degré, dans sa tâche quotidienne de gestions des stress et traumatismes de bénéficiaires de ses programmes, le gestionnaires DDR doit constamment veiller à :
- La prévention des événements stressants dans son rayon d'intervention
- La prise de conscience de la communauté sur l'existence, l'acceptation (non stigmatisation) des personnes victimes
- La promotion du bien être des personnes dont il a la charge (cibles du DDR)

XIV. Conclusion


• Le DDR est seulement l'une des plusieurs intervenetions pour la stabilisation du conflit et doit conséquemment être bien plannifié et bien coordonné dans un large effort politique et de reconstruction
• Les programmes associés au DDR doivent prendre une approche compréhensive vers le désarmement ainsi que le contrôle et la gestion des armes et munitions
• Les initiatives du DDR doivent avant tout promouvoir une réintégration durable. Et, pour y arriver, le processus DDR a besoin d'être lié à des processus de reconstruction nationale et du développement
• Le DDR es un programme très flexible et se veut spécifique pour chaque pays. Dans certains cas, certains de ses éléments constitutifs peuvent ne pas être employés ou exécutés.
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# Posted on Tuesday, 19 December 2006 at 11:32 AM

Edited on Saturday, 23 June 2007 at 12:52 AM

Les suites du massacre de Gatumba .....

Les suites du massacre de Gatumba .....
Les suites de l'hécatombe de Gatumba

Les victimes de l'hécatombe de Gatumba ont été mises en terre ce lundi 16 août 2004 en milieu d'après-midi. Les cérémonies organisées avec beaucoup de solennité ont vu la participation du chef de l'Etat burundais, son vice-président, plusieurs ministres, parlementaires et représentants de la société civile locale. Du côté de la délégation congolaise, le Vice-président Azarias Ruberwa Manywa a été rejoint par les ministres Théophile Mbemba Fundu et Faida Mwangilwa , respectivement en charge de l'Intérieur et des Affaires Sociales.

An cours de cette cérémonie, l'émotion était si intense qu'on a à maintes reprises frêlé catastrophe : le président Ndayizeye, d'ethnie Hutu, a été hué durant tout son speech par la masse des participants Tutsi en colère qui, n'eût été la police et la gendarmerie, l'auraient pris à partie tel qu'il a été le cas contre l'ex-président Sylvestre Ntibantunganya en 1996 à Bugendana où il a été lapidé au cours d'un enterrement collectif. Ntibantunganya avait eu la sagesse de battre en retraite, ce qui avait ouvert la voie à son éviction du pouvoir par le major Buyoya soutenu par l'armée burundaise. A Gatumba encore, des jeunes Tutsi (Banyamulenge et Burundais) excités ont voulu prendre à partie quelques dignitaires présents sur le lieu, ils ont alors eu des violentes bousculades avec les policiers et les gendarmes.

A Gatumba toujours, Azarias Ruberwa, apparemment très ému et au bord du sanglot, s'est interrogé sur l'importance « d'une transition qui ne garantit pas la sécurité à tous », négocier la paix et signer les accords a été une erreur, a regretté le vice-président congolais. Il a alors souhaité l'arrêt de cette transition pour «faire le point».

Arrivé dans son fief de Goma, Azarias Ruberwa a prévu une conférence de presse avant de l'annuler quelques heures après pour des raisons obscures. Mais, dans l'entretemps, il a décrété un deuil général sur toute l'étendue de ... Goma, pour sept jours.

Mardi 17 août 2004, le Procureur Général de la République burundais lance un mandat d'arrêt international contre les leaders du FNL, ce mouvement armé encore en rébellion contre le pouvoir de Bujumbura et dont le porte-parole et adjoint a revendiqué la responsabilité du carnage de Gatumba. Le mandat d'arrêt international ainsi lancé vise le numéro un de ce mouvement, Agathon Rwasa, et son porte-parole, Pasteur Habimana. «Mais cela ne nous empêche pas de poursuivre les enquêtes pour établir les responsabilités dans le génocide de Gatumba, car nous sommes convaincus que les FNL n'ont pas agi seuls», a déclaré le Procureur Général de la République du Burundi, Me Gérard Ngendabanga.

Pendant ce temps à Goma, s'exprimant à l'AFP, le général dissident Laurent Nkundabatware promet d' « effacer le gouvernement de transition congolais dans les tout prochains jours». Le général Nkundabatware et le colonel Jules Mutebutsi, tous Banyamulenge, étaient entrés en dissidence contre l'armée nationale congolaise, ils avaient assiégé et occupé la ville de Bukavu du 26 mai au 9 juin 2004 avant d'en être délogés par les forces loyales.

Mercredi 18 août 2004, un groupe de près de 300 Banyamulenge «improvisent» (selon la police burundaise, mais tout avait été préparé selon d'autres sources indépendantes et anonymes) une marche manifestation au centre ville de Bujumbura. Leur cible principale? L'ambassade de la République Démocratique du Congo. Ils arrivent donc à l'ambassade sise au n° 1 de l'Avenue de la RDC, en plein centre de Bujumbura, ils descendent le drapeau congolais, le déchire et se mettent à faire pleuvoir une pluie de pierres sur le fronton de l'ambassade et la façade du Centre Scolaire Congolais et brisent ainsi les vitres de cette école. C'est à ce moment-là que la police burundaise est intervenue. La réaction du gouvernement congolais par rapport à cet acte de violation de l'espace diplomatique est attendue dans les prochaines heures. Après avoir été dispersés par les policiers qui ont fait usages des grenades lacrymogènes, les manifestant se sont dirigés vers l'ambassade de France où ils ont exhibé des banderoles exigeant que les réfugiés Banyamulenge jouissent de la même protection que tous les autres réfugiés du monde, sur ces banderoles on exige aussi la démission du gouvernement congolais et la poursuite en justice des leaders Maï Maï. Cette marche s'est terminé vers 11 h00 locales en face du batiment abritant le siège de l'ONUB (la mission onusienne au Burundi) où les même banderoles ont été brandies par les manifestants. Deux d'entre les manifestants ont été interpellés par la police devant le siège de l'ONUB.

Signalons également qu'il est prévu cet après-midi à Bujumbura une grande marche manifestation qui se veut «pacifique et sans violence». Cette manifestation est organisée par l'intelligentsia tutsi burundaise se faisant passer pour la «société civile burundaise. L'organisateur principal de cette marche manifestation n'est autre que le Docteur Christophe Sebudandi, celui-là qui, alors à la tête de la Ligue des Droits de l'homme dans la région des Grands Lacs (LDGL) avait minimisé les massacres de Makobola et Kasika, dans le Sud-Kivu, où des centaines des civiles Babembe, Bafuliiru et Barega avaient été sélectivement massacrés par l'armée rwandaise et les guerriers Banyamulenge.

Il est 15 h22 à Uvira, j'apprends par un coup de fil de Bujumbura que les jeunes Congolais non-Banyamulenge sont indésirables à la marche de Sebudandi. Pourvu que cela ne dégénère pas.

A Dar Es-Salaam, en Tanzanie, s'ouvre dans quelques heures un sommet des chefs d'Etat de la région pour évaluer le processus politique au Burundi. Les fantômes des victimes du massacre de Gatumba vont sûrement planer sur les pourparlers qui vont avoir lieu. Déjà une entrevue est prévue ce soir entre le Congolais Joseph Kabila et le Burundais Domitien Ndayizeye, probablement en présence du Tanzanien Benjamin M'Kapa. L'objet de cette entrevue est sans nul doute d'apaiser la tension déjà très vive entre Kinshasa et Bujumbura depuis le massacre de Gatumba.

Les tout prochains jours sont chargés des surprises, des faits inattendus consécutifs à l'hécatombe ou, mieux, au feuilleton de Gatumba.

Charles NASIBU
Août 2004
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# Posted on Saturday, 07 October 2006 at 9:20 AM

DISCOURS DE P.E. LUMUMBA LE 30 JUIN 1960 AU PARLEMENT CONGOLAIS

DISCOURS DE P.E. LUMUMBA LE 30 JUIN 1960 AU PARLEMENT CONGOLAIS
DISCOURS DE P.E. LUMUMBA LE 30 JUIN 1960 AU PARLEMENT CONGOLAIS

Congolaise et Congolais,
Combattants de l'indépendance aujourd'hui victorieux,
Je vous salue au nom du gouvernement congolais.
A vous tous, mes amis, qui avez lutté sans relâche à nos côtés, je vous demande de faire de ce 30 juin 1960 une date illustre que vous garderez.
A vous tous, mes amis qui avez lutté sans relâche à nos côtés, je vous demande de faire de ce 30 juin 1960 une date illustre que vous garderez ineffaçablement gravée dans vos c½urs, une date dont vous enseignerez avec fierté la signification à vos enfants, pour que ceux-ci à leur tour fassent connaître à leurs fils et à leurs petits-fils l'histoire glorieuse de notre lutte pour la libertés.

Car cette indépendance du Congo, si elle est proclamée aujourd'hui dans l'entente avec la Belgique, pays ami avec qui nous traitons d'égal à égal, nul Congolais digne de ce nom ne pourra jamais oublier cependant que c'est par la lutte qu'elle a été conquise, une lutte de tous les jours, une lutte ardente et idéaliste, une lutte dans laquelle nous n'avons ménagé ni nos forces, ni nos privations, ni nos souffrances, ni notre sang. C'est une lutte qui fut de larmes, de feu et de sang, nous en sommes fiers jusqu'au plus profond de nous-mêmes, car ce fut une lutte noble et juste, une lutte indispensable pour mettre fin à l'humiliant esclavage, qui nous était imposé par la force.

Ce que fut notre sort en 80 ans de régime colonialiste, nos blessures sont trop fraîches et trop douloureuses encore pour que nous puissions les chasser de notre mémoire.
Nous avons connu le travail harassant exigé en échange de salaires qui ne nous permettaient ni de manger à notre faim, ni de nous vêtir ou de nous loger décemment, ni d'élever nos enfants comme des êtres chers.

Nous avons connu les ironies, les insultes, les coups que nous devions subir matin, midi et soir, parce que nous étions des nègres. Qui oubliera qu'à un noir on disait « Tu », non certes comme à un ami, mais parce que le « Vous » honorable était réservé aux seuls blancs !

Nous avons connu nos terres spoliées au nom de textes prétendument légaux, qui ne faisaient que reconnaître le droit du plus fort.

Nous avons connu que la loi n'était jamais la même, selon qu'il s'agissait d'un blanc ou d'un noir, accommodante pour les uns, cruelle et inhumaine pour les autres.

Nous avons connu les souffrances atroces des relégués pour opinions politiques ou, croyances religieuses : exilés dans leur propre patrie, leur sort était vraiment pire que la mort elle-même. Nous avons connu qu'il y avait dans les villes des maisons magnifiques pour les blancs et des paillotes croulantes pour les noirs ; qu'un Noir n'était admis ni dans les cinémas, ni dans les restaurants, ni dans les magasins dits « européens » ; qu'un Noir voyageait à même la coque des péniches au pied du blanc dans sa cabine de luxe.

Qui oubliera, enfin, les fusillades où périrent tant de nos frères, ou les cachots où furent brutalement jetés ceux qui ne voulaient plus se soumettre au régime d'une justice d'oppression et d'exploitation!...
Ensemble mes frères, mes soeurs, nous allons commencerune nouvelle lutte, une lutte sublime qui va mener notre pays à la paix, à la prospérité et à la grandeur.
Nous allons établir ensemble la justice sociale et assurer que chacun reçoive la juste rémunération de son travail.
Nous allons montrer au monde ce que peut faire l'homme noir lorsqu'il travaille dans la liberté, et nous allons faire du Congo le centre de rayonnement de l'Afrique toute entière.
Nous allons veiller à ce que les terres de notre patrie profitent véritablement à ses enfants. Nous allons revoir toutes les lois d'autrefois et en faire de nouvelles qui seront justes et nobles.

Et pour tout cela, chers compatriotes, soyez sûrs que nous pourrons compter non seulement sur nos forces énormes et nos richesses immenses, mais sur l'assistance de nombreux pays étrangers dont nous accepterons la collaboration chaque fois qu'elle sera loyale et qu'elle ne cherchera pas à nous imposer une politique quelle qu'elle soit.

Ainsi, le Congo nouveau que mon gouvernement va créer sera un pays riche, libre et prospère. Je vous demande à tous d'oublier les querelles tribales qui nous épuisent et risquent de nous faire mépriser à l'étranger.

Je vous demande à tous de ne reculer devant aucun sacrifice pour assurer la réussite de notre grandiose entreprise. L'Indépendance du Congo marque un pas décisif vers la libération de tout le continent africain. Notre gouvernement fort -national- populaire, sera le salut de ce pays.

J'invite tous les citoyens congolais, hommes, femmes et enfants de se mettre résolument au travail, en vue de créer une économie nationale prospère qui consacrera notre indépendance économique.

Hommage aux combattants de la liberté nationale!

Vive l'indépendance et l'unité africaine!

Vive le Congo indépendant et souverain

# Posted on Sunday, 03 September 2006 at 6:32 AM

Edited on Tuesday, 05 September 2006 at 2:48 PM

Des alliances pour sauver le Congo

Des alliances pour sauver le Congo
Des alliances pour sauver le Congo


Au regard des élections qui viennent de se dérouler dans notre pays, il me semble que tous les ingrédients sont à présent réunis pour donner la mort à l'Etat Congo en tant que nation. En effet, pour ceux et celles d'entre nous qui restent encore lucides, la proclamation tant attendue des résultats des élections sera la dernière goutte qui débordera et qui fera que ce pays éclate en plusieurs petits états par la volonté de ceux qui ont décidé de nous accompagner à parfaire un processus chaotique.

Hier, au moment de l'indépendance, les historiens nous disent que le débat a tourné autour du caractère vaste de ce pays qu'il fallait scinder en plusieurs états indépendants pour le bien des différentes ethnies incapables de vivre ensemble et surtout pour le bonheur des nations étrangères qui ne concevaient ce pays que comme un no man's land que tous et chacun pouvaient exploiter.

Hier, récent, à la fin du régime Mobutu, la question de la partition du Congo revient à l'ordre du jour. Le Congo ne doit son salut qu'à la volonté des Congolais et des amis du Congo de sauvegarder l'intégrité territoriale du Congo. Mobutu, consciemment ou pas, a créé une nation de par les échanges et mariages interethniques intervenus durant ses années de règne. A cette époque, ceux qui, sur le plan international et régional, ne juraient que par la partition du Congo, ont dû déchanter. A cette époque, les puissances régionales complices des puissances occidentales qui ne réfléchissent qu'en terme de dualité ont voulu faire croire aux Congolais et à l'humanité que la guerre du Congo opposait deux ethnies fictives: une minorité Tutsi, nilotique et une majorité bantoue. C'est sans doute ce qui a coûté la mort à Kabila père avec la complicité des Congolais et autres étrangers devenus Congolais le temps d'une révolution.

Aujourd'hui, toujours dans la création de conditions qui justifieront la partition future et la fin du Congo-Etat, les élections de façade seront un outil fatal pour régler cette question. En effet, aujourd'hui, le pays, notre pays se réveille après les élections en blocs Est-Ouest. Par la bêtise de certains Congolais, par la complicité de certains responsables politiques à nationalité douteuse et surtout par la volonté de certains lobbies régionaux et internationaux, le pays, notre patrie se découvre divisé superficiellement en deux camps entre les « lingalaphones » et les « swahiliphones ».

Les limites géographiques subtilement établies dans les cartes de la MONUC entre les forces de la Monuc installées à l'Est et à l'Ouest du pays (pour notre information, les limites partent de la frontière entre la province orientale, les deux Kivus, le Maniema et le Katanga) s'ajoutent à la division linguistique.

A ces deux éléments s'ajoutent, aujourd'hui, la déception prochaine causée par la proclamation des résultats des élections de façade. Furieux, chauffé à blanc par une CEI visiblement dépassée par l'ampleur du travail à réaliser (il suffit, à ce sujet, de voir l'état chaotique du travail qui se déroule dans le centre de compilation), ce peuple victime d'un rapt électoral qui se profile à l'horizon, se trompera d'ennemi et s'entretuera donnant ainsi aux commanditaires de la partition du Congo les raisons de mettre fin à l'Etat Congo ! Ne l'oublions pas, l'URSS a cessé d'exister pour céder la place à la Russie par la volonté des maîtres actuels du monde. Le Congo, dans ses limites géographiques actuelles, n'est pas éternel !

Je ne veux pas être un prophète de malheur. Mais je pense qu'il est de mon devoir de tirer la sonnette d'alarme afin qu'ensemble on réfléchisse sur ce que pourrait donner cette fausse couche électorale (pour paraphraser un homme politique de ce pays). Il ne faut pas se voiler la face. S'il y a un second tour, il affectera certainement les alliances à venir qui se focaliseront autour du thème central : « sauvons le Congo de la partition Est-Ouest ».

1. De la proclamation des résultats

La surchauffe que l'on remarque autour de la proclamation des résultats ne rassure personne d'autant plus que la CEI n'inspire pas confiance à l'électorat congolais. C'est ce qui explique sans doute ces précautions qui cachent mal la peur d'une CEI qui gère ce processus par procuration, pratiquant, malgré elle, une rétention régulière des informations. C'est ce qui explique les nombreux rappels à l'ordre du CIAT qui soudain se rend compte que l'édifice peut s'écrouler parce que bâtie sur du sable. C'est enfin ce qui explique la constitution précipitée d'un comité de sages au rôle nébuleux, mais qui, vraisemblablement va s'efforcer, dans les jours qui viennent, à organiser les concertations jadis refusées afin de faire avaler la pilule amère des résultats qui risquent de ne pas refléter la volonté des électeurs et électrices congolais. C'est aussi ce qui explique les déclarations musclées du commandement des Forces de l'Union Européenne qui vantent déjà leur puissance de feu afin de décourager tout refus des résultats proclamés par la communauté internationale via CEI.

Cet ensemble de dispositifs ne doit pas distraire les Congolais et Congolaises car la question de l'intégrité territoriale de notre pays dépendra de la proclamation responsable des résultats des élections. Dans le cas contraire, le théâtre est déjà planté pour que les animateurs du projet de la partition du Congo au sommet de l'Etat et ailleurs dans le pays comme à l'étranger creusent le fossé qu'ils ont astucieusement et patiemment favorisé entre l'Est et l'Ouest pour asséner le coup fatal au Congo.

Toujours dans le cadre de ce théâtre, les Congolaises et Congolais poussés au désespoir commencent déjà à adopter le discours de cette division Est-Ouest. On commence déjà à entendre ces phrases de la division qui consacreront, dans un demain récent, la fin du Congo :

« puisque nos frères et s½urs de l'Est affirment que Joseph Kabila a été massivement voté à l'Est ; qu'ils le prennent pour gérer cette partie du pays et que l'Ouest soit géré par celui qui a gagné les élections à l'Ouest, entendez Jean Pierre Bemba ! »

Les animateurs du projet de partition du Congo doivent déjà se frotter les mains. Leur rêve est en voie de réalisation par la volonté des Congolaises et Congolais. Il sera juste question de s'assurer que personne ne débordera les frontières déjà établies par la carte physique de la MONUC entre l'Est et l'Ouest (voir carte de la répartition des troupes : ¾ à l'Est et ¼ à l'Ouest renforcées par 2000 hommes de l'EUFOR).

Mais, à ce niveau de notre réflexion, il est impérieux de soulever quelques questions fondamentales quant à l'existence de ces nouveaux États ainsi créés :

• Quelle chance aura l'Etat de l'Est dans sa configuration géographique avec pour centre de décision le Katanga, terre présumée d'origine du chef d'Etat élu à l'Est ?

• Quelle sera l'attitude des deux Kivus, des régions qui seront sous l'emprise du Rwanda comme jamais avant ? Les réclamations actuelles du RCD concernant la crédibilité des élections dans cette partie du pays ne concernent pas seulement les élections présidentielles mais aussi la représentation des membres de la communauté du Vice Président Ruberwa au sein du nouveau Parlement !

• Qui contrôlera demain la Province Orientale et particulièrement l'Ituri tant convoitée pour son sous sol ou encore les régions de Beni et Butembo ? Le gouvernement de l'Est dont la capitale serait à Lubumbashi ou l'Ouganda dont l'influence sera désormais manifeste dans cette région ? Des combats en perspective entre l'Ouganda et le Rwanda dans cette région sous le regard complice des lobbies pétroliers et miniers francophones et anglophones et devant l'impuissance du régime de Lubumbashi sans armée régulière?

• Qui peut assurer que les Katangais du «Katanga utile», pour utiliser une expression en vogue au Katanga, vont continuer à rester dans ce bloc de l'Est pour faire l'objet de continuels pillages et expropriations sur la terre de leurs ancêtres ?

• Quel sera le rôle de la Tanzanie dans ce nouvel Etat, elle qui, jusqu'ici, joue sa partition en toute discrétion, par hommes d'affaires et militaires interposés ? Des conflits en perspectives avec le Rwanda ?

Dans cette perspective, on pourrait se poser les mêmes questions sur ce qui pourrait se passer à l'Ouest.

Mais, je dois avouer que cette partie du pays apparaît moins sous l'emprise des puissances régionales qui la conduirait à l'implosion. Du moins la volonté politique de rester ensemble n'est pas à construire. Et je peux affirmer que même le rêve du Grand Kasaï ne se conçoit pas dans un élan séparatiste. Le choix des électeurs de cette partie du pays est assez illustratif en dépit de l'exclusion du leader de l'UDPS.

En définitive, j'ai comme l'impression que l'Est sortirait de ce processus de partition plus divisé que l'Ouest et que le Congo tout entier en sera meurtri alors que les partisans de la partition n'auront pas de remords si ce processus de désintégration s'intensifiait au sein des deux gros ensembles de départ. Une multiplicité de petits Etats nouveaux, impuissants et enclavés serait plus facile à exploiter que ce gros ensemble Congo placé sous un leadership conséquent ! Qu'on se le dise !

A la lecture de ce qui précède, la tentation est grande d'accuser l'auteur de cette réflexion comme partisan de la partition du Congo. Pareil jugement ne tiendrait pas compte de l'amour que je porte à ce pays qui est le mien. Et c'est avec le poids de la peur de le voir disparaître que je voudrais dire un mot sur les alliances du second tour qui, comme il s'annonce se déroulera entre un ténor de l'Ouest « contre » celui de l'Est.

2. Les alliances du second tour

Au regard des résultats des élections qui ne sont qu'un secret de polichinelle que le CIAT et la MONUC essaient de gérer pour mieux négocier leur sortie du bourbier congolais, il est évident que l'on s'achemine vers un second tour. Il sera avant tout question d'apaiser les esprits qui, visiblement, ne sont pas prêts à accepter la victoire, au premier tour, de l'un ou l'autre candidat.

Aussi, pour sortir la tête haute de ce processus, la communauté internationale est malgré elle obligée, aujourd'hui, de revoir ses calculs du passage en force d'un candidat au premier tour. La gestion des conséquences de la victoire, au premier tour, d'un candidat sera difficile et trop coûteuse en argent, en hommes et en réputation.

En effet, ne risque-t-elle pas de remettre en question le mérite autoproclamé de l'accompagnement du processus de la transition en RDC et surtout de susciter des questions embarrassantes en rapport avec la gestion financière quelque peu affairiste si pas chaotique de ce processus ? Personne dans ce milieu n'est prêt à accepter pareil risque, surtout pas pour un candidat incapable de se défendre seul et qu'il faut continuellement porter à bout de bras au point de se découvrir.

C'est sans doute le sens de cette petite phrase que j'ai entendu de la bouche de cet ambassadeur américain de passage récemment au Congo en route vers le Soudan. Je paraphrase : « Les Etats-Unis apporteront leur appui à n'importe quel président qui sortira des urnes ». Quelqu'un sortira certainement des urnes. Mais ce sera au second tour et dans le cadre de deux alliances majeures : le TSK (Tout Sauf Kabila) et l'AMP (l'Alliance pour la Majorité Présidentielle).

2.1. Tout Sauf Kabila (TSK)

Au second tour, le RENACO de Jean Pierre Bemba va se muer en une alliance qui portera sans doute la dénomination TSK. Cette Alliance aura pour thème de campagne : «Sauvons le Congo de la partition Est-Ouest». Elle aura pour animateurs des forces politiques de l'Ouest et de l'Est, dans un élan patriotique qui débordera le seul MLC et la seule personne de Jean Pierre Bemba.

Dans sa composition, cette alliance qui est déjà en route, comprendra, sauf changement de dernière heure, la CODECO de Pay-Pay, l'UREC du Dr Kashala, les 19 candidats à la présidence signataires de nombreux messages avant le premier tour, le Camp de la patrie de Zaïdi Goma, le RCD de Me Azarias Ruberwa, l'UDPS sans compter les autres indépendants et forces vives de la nation.

A la lecture de cette première mouture, il serait intéressant d'expliquer la présence des uns et des autres dans cette nouvelle configuration.

• Pour les 19 candidats à la présidence, leur présence dans cette alliance est déjà comme annoncée dans les différentes déclarations faites ultérieurement et qui ont connu l'adhésion du RENACO
• En ce qui concerne la CODECO, la présence dans les deux camps d'anciens politiciens soucieux de redorer leurs blasons ternis par ces années AFDL ainsi que l'attitude partisane du PPRD lors des élections dans la partie Est du pays expliquent la décision de rejoindre cette nouvelle alliance.
• Quant à l'UREC, les difficultés lui imposées par le régime PPRD dans sa campagne électorale, sa survie dans l'espace électoral congolais et particulièrement à Kinshasa et dans les deux Kasaï et surtout son discours nationaliste rassembleur ne lui donnent pas le choix de s'écarter de cette alliance.
• Le Camp de la Patrie de Z'Ahidi Ngoma trouvera, dans cette alliance, l'espace appropriée d'_expression pour mettre fin à la honte que la fausse couche du premier tour lui inspire au plus profond de son être. Son refus surtout éthique d'accepter la division fictive et dangereuse des enfants de l'Ouest et de l'Est du Congo lui tient tellement à la gorge que cette alliance représente pour lui et les siens leur seule chance de donner une chance à la nation Congo auquel ils tiennent au-delà de leurs ambitions personnelles.
• Pour Azarias Ruberwa, la communauté Banyamulenge et le RCD, le premier tour des élections les envoient résolument dans l'alliance TSK. Pour lui, sa communauté et le RCD (surtout à l'Est), les élections et ses irrégularités sont synonymes d'une longue exclusion de l'espace politique congolais. Il est plus qu'évident que pour cette communauté et ses animateurs politiques, leur futur ne serait que dans une alliance qui assurerait la survie de l'espace Congo dans sa globalité. En effet, au regard du premier tour, Me Azarias aura de la peine à convaincre les membres de sa communauté et du RCD à ne pas rejoindre cette alliance. C'est comme une question de vie ou de mort pour une communauté et des leaders politiques qui se retrouvent aujourd'hui, comme les dindons d'une farce qui, en, l'espace de deux guerres, a sacrifié de nombreux fils et filles de ce beau pays. C'est en définitive, la promesse de participation à l'espace politique du Congo et d'existence des membres de sa communauté au sein de cet espace qui justifieront la jonction du RCD dans ce vaste mouvement.
• L'UDPS, elle, n'aura pas à justifier sa présence ni encore moins son combat pour que naisse cette alliance. Elle sera comme la mère nourricière de cette alliance qui donnera naissance à une nouvelle manière d'être politique. En effet, exclue de ces élections, l'UDPS refuse d'être exclue du débat politique de notre pays en cette période où le deuxième tour consacrera la victoire d'un combat qui aura eu l'avantage de se faire au-delà des personnes et des ambitions individuelles égoïstes. Sa participation à cette alliance est la meilleure illustration de son amour pour le Congo et le Congo lui en sera certainement reconnaissant.


2.2. L'Alliance pour la Majorité Présidentielle (AMP)

Au sortir du premier tour et surtout à l'annonce probable du second tour, l'AMP aura deux problèmes majeurs à résoudre avant de se relancer dans le prochain tour :

• La réaction du candidat Joseph Kabila

A ce stade, je ne peux que tenter de formuler quelques interrogations sans prétendre être dans les secrets des Dieux. Il s'agit tout simplement de sonder l'état d'esprit de n'importe quel candidat à cette étape des élections.

En effet, si un second tour devait avoir lieu comme on semble l'annoncer, le candidat Joseph Kabila n'aurait-il pas l'impression d'avoir été roulé par tous ceux et toutes celles qui, autour de lui ont affirmé qu'il avait un électorat important dans toutes les parties du pays dont ils affirmaient être les leaders ? Quelle confiance le candidat Joseph Kabila pourrait-il encore avoir en tous ces leaders du PPRD, de CODEK, de l'AMP, et autres parties qui n'auront pas été capables de gagner les élections pour lui dans leurs différentes contrées lors du premier tour ? Quelle assurance pourra-t-il avoir pour la campagne lors d'un second tour lorsque ceux qui lui ont donné des assurances n'ont pas été capables de lui organiser un contact positif avec leurs populations respectives parce qu'eux-mêmes rejetés par cette même population avant la personne dont ils devaient assurer l'élection au premier tour ? Le candidat Joseph Kabila, n'a-t-il pas l'impression, au sortir du premier tour d'avoir été poignardé dans le dos par des partenaires que son défunt père qualifierait de conglomérat de.... ? Wait and see !

• La réaction des animateurs de l'AMP et autres PPRD

Pour mieux comprendre la réaction des animateurs de l'AMP et autres PPRD, il faut se reporter aux législatives et aux échos des commentaires des tendances des résultats des uns et des autres. En effet, s'il s'avérait que le candidat Joseph Kabila n'aurait pas fait de bons résultats à l'Ouest ; le rejet de celui-ci s'accompagnerait forcément du rejet de tous ceux et de toutes celles qui, à l'Est étaient porteurs de sa candidature. On devrait donc s'attendre à la déconfiture de ces animateurs à l'Ouest alors que les scores des législatives à l'Est devraient permettre à leurs collègues de gagner avec le Président.

Si cette analyse s'avérait correcte, on doit s'attendre à de grandes défections discrètes des animateurs de l'Ouest. En effet, perdants ou pressentis comme tels parce que visiblement rejetés dans leurs circonscriptions électorales respectives, où est-ce que tous ces animateurs de l'AMP trouveraient encore la force de soutenir la candidature de Joseph Kabila ? Bien plus, sur le plan purement de l'efficacité de la campagne au second tour, quel intérêt le candidat Joseph Kabila aurait-il à engager de l'argent pour renvoyer sur le terrain des candidats perdants ou perçus comme tels ? Et, dans le cas où le candidat Joseph Kabila réagirait en rejetant ces animateurs de l'Ouest, il lui faudra trouver, dans un espace de temps très court, de nouveaux animateurs. Mais comment prévoir la réaction de ses anciens collaborateurs abandonnés alors qu'ils ont l'impression d'avoir perdu leurs élections par le seul fait de leur soutien du candidat Joseph Kabila dans leurs différentes contrées ?

2.3. Quid du PALU ?

C'est, sans doute, une des donnes obscures quant à sa jonction avec l'une ou l'autre force au second tour. Mais, au regard de l'attitude surtout, dans le Bandundu, face aux candidats de la mouvance présidentielle et fils ou filles de ce terroir, on pourrait croire en la jonction de ce parti à l'alliance TSK. Ceci rejoindrait-il la volonté silencieuse des militants de ce parti ? Une adhésion à l'AMP lors du second tour servira-t-elle la cohésion de ce parti ? Les dirigeants du PALU peuvent-ils risquer l'implosion de ce parti en rejoignant l'AMP ? Sont-ils certains que leurs militants les suivraient dans leur choix éventuel de voter pour le candidat Joseph Kabila ? Ou encore que gagnerait le PALU en s'alliant au TSK ? Laquelle des deux alliances donnera satisfaction aux exigences du PALU dans pareille opération électorale ? Les négociations s'annoncent serrées. Au-delà de Gizenga, la nouvelle génération des membres du PALU ne jouera-t-elle pas son avenir politique ?

Conclusion

En définitive, le second tour, s'il a lieu, nous offrira un autre découpage de l'espace politique congolais qui aura pour but majeur de mettre fin à la dangereuse dérive qui veut donner à notre nation une configuration conflictuelle entre l'Est et l'Ouest. Le candidat à la présidence qui réussira à ratisser large et surtout à donner l'image d'être le défenseur du Congo gagnera sans doute les élections au second tour pourvu que le CIAT, la MONUC et la CEI, revisitent les listes des électeurs, donnent le nombre réel des électeurs, réorganisent le déroulement des élections, garantissent effectivement la sécurité et la liberté des électeurs, refusent toute tentative de fraude en amont comme en aval, structurent le travail qui conduit à la publication des résultats, communiquent mieux avec le peuple congolais, recréent la confiance entre elles et le peuple, etc. De toutes les façons, le deuxième tour sera sous une surveillance tout azimut de l'électorat congolais à l'Est comme à l'Ouest. Le premier tour a été une répétition générale pour les Congolais sur la route de la réappropriation du processus électoral. C'était imprévisible pour certains. Mais le Congo, C'est ça aussi : « un élastique qui se laisse étirer à volonté jusqu'au moment où il se tord et vous laisse, dans une main, la douleur inattendue qui interrompt le plaisir d'un jeu dont on croyait être le seul maître et dans l'autre le dégoût du bout pendant, inutile et surtout moqueur de l'élastique qui semblait manipulable à souhait ».

Le second tour des élections en RDC sera un moment surtout éthique ou les élections n'auront été qu'un cauchemar pour ce peuple ainsi que pour tous ceux qui, de bonne foi ou non ont accompagné cette terre de Conrad aujourd'hui plus que jamais avide de vérité, de justice, de liberté et de paix!

Par Thierry Nlandu Mayamba,
Professeur à la Faculté des Lettres
Université de Kinshasa
2006-08-06
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# Posted on Wednesday, 09 August 2006 at 11:17 AM

Edited on Tuesday, 15 August 2006 at 4:56 PM

Les élections du 30 juillet 2006 en RD Congo ......

Les élections du 30 juillet 2006 en RD Congo ......
La campagne électorale : une aubaine pour les candidats « riches »

Tous les candidats à la présidentielle, ne sont pas logés à la même enseigne. Les plus «riches » font une campagne a l'américaine : déplacements en avion, distribution des tee-shirts, portraits en grande nature et haut en couleur, s'achètent des spots télévisés, réalisent des clips vidéo et DVD numérisés et en format haute définition et enfin mise a contribution de la presse écrite et audio-visuelle, nationale comme étrangère. Les gourous du « marketing électorale » souvent importés de l'extérieur veuillent au grain. On présente et peaufine l'image du candidat pour avoir le meilleur look. A coté de la photo, On colle la formule magique (elle ne doit pas être longue et bien visible) susceptible d'hypnotiser l'électeur. Les candidats « riches »ne lésinent pas sur les moyens.

Coté festive et mondain, les orchestres sont mis en contribution. Une chanson à la gloire du candidat inonde la foule. Les danseuses et danseurs exécutent des pas de danse. Ils se déhanchent, la chorégraphie est belle mais a la limite du suggestif. La foule «envoûtée» par le spectacle ne voit pas passer le temps. Certains ont du attendre 10 heures durant pour –enfin- voir leur .....candidat.

Coté spirituel. Avant que le candidat s'adresse à la foule, on prie. Question de préparer le mental du candidat et de l'équipe de campagne qui l'accompagne. Les trois grandes confessions religieuses qui nous sont venues de loin, de l'étranger, du lointain Moyen-Orient sont présentes : le Christianisme, l'Islam et le Judaïsme.

Pour le christianisme, prêtes, pasteurs et prédicateurs des églises de réveil invoquent Dieu, les musulmans implorent Allah et les juifs s'adressent à Jéhovah. Mais pour avoir accès à Dieu-Le-Tout-Puissant, il faut passer par ses Fils. Bible a la main, les chrétiens lisent des versets et demandent à Jésus et Simon Kimbangu d'intercéder auprès du Père-Céleste, de protéger leur candidat mais surtout de lui donner la Victoire éclatante, totale, spectaculaire et foudroyante. Comme celle de Jésus sur la mort, comme celle de Simon Kimbangu sur le colonialisme mental et spirituel.

Les musulmans ne sont pas en reste. Coran a la main et pointant le regard vers la Mecque (ils ont un sens aigu des quatre points cardinaux), ils consultent les sourates et envoient un urgent message à Mahomet pour qu'il intercède auprès d'Allah en faveur de leur candidat. Au passage les sunnites et les chiites font la paix et communient pour une même cause. Car ne l'oublions pas, le chiisme est considéré par le sunnisme dominant comme une hérésie –voir une idiosyncrasie persane.

Les juifs congolais (on peut être juif, comme ressortissant du peuple Hébreu ou être juif de confession, tout comme le catholique congolais a comme pays la RDC mais a une foi chrétienne qui le met en communion avec des chrétiens d'autres pays), hésitent. Ils ne reconnaissent pas Jésus comme le Fils de Dieu et le Messie, encore moins Mahomet. Dans leur livre saint, la Torah ou pentateuque pour les chrétiens (les cinq premiers livres de la Bible), Yahvé a fait des miracles a travers des prophètes et des rois. Mais lequel convient dans le contexte des élections ? Ils demandent a Abraham d'implorer Yahvé pour que leur candidat réalise les mêmes exploits que Moise : battre un puisant et sortir le peuple Hébreu de l'esclavage. Moise avait (les mains nues) vaincu l'armée égyptienne -la plus puissante de la région- et le tout puissant pharaon qui dominait la plus grande partie du Proche-Orient d'aujourd'hui.

Toutefois, ils s'empressent de préciser que leur candidat doit faire plus fort que Moise. Pas question de libérer le peuple de l'esclavage et ne pas arriver à la Terre Promise. Car Moise mourut dans la région de Moab à l'orée de Canaan (l'actuelle Palestine), à deux doigts de la Terre Promise. En parfaite harmonie avec les autres confessions, ils veulent que leur candidat réalise les deux objectifs sacrés : gagner les élections haut la main (condition nécessaire) et amener le RDCongolais à la renaissance et au bonheur (condition suffisante). Une fois élu, le nouveau président brisera les chaînes de l'esclavage dans lequel se trouve le peuple depuis 1885 et amènera enfin la Renaissance tant attendue, tant espérée, tant rêvée, tant fantasmée, tant promise mais jamais réalisée.

Seuls Bouddha, Zoroastre et Confucius manquaient au rendez-vous. Même s'il est vrai que dans les quartiers huppés et villas climatisées de la jet-society Rdcongolaise (en provinces comme dans la capitale), une bonne partie de l'élite politico-intellectuelle s'adonne allégrement au Yoga et à la méditation transcendantale (venu de la lointaine Asie). Cela fait très tendance, très glamour et moderne de nos jours.

Mais la campagne a aussi eu un coté sale et pernicieux. Des spécialistes en phrases assassines et loufoques avaient comme tache de distribuer des piques et flèches au camp adverse. Question de déstabiliser l'adversaire. Les spécialistes en affabulation et intox étaient aussi très actifs : « fabriquer »une histoire de toute pièce, le temps que la partie adverse s'aperçoive de la méprise et de l'imposture, il est déjà trop tard, le mal est déjà fait. Les rumeurs les plus folles se répandent comme une traînée de poudre, grandement amplifiées par « radio trottoir », car a chaque étape la rumeur grossit, s'épaissit, prend un tout un autre relief, des proportions cauchemardesques, on y ajoute ce qu'on veut pour anéantir l'adversaire : tel candidat vient de désister, tel autre a craqué, tel autre a distribué des dollars pour acheter les consciences, tel autre a envoyé sa famille (femme et enfants) a l'étranger et prépare la fuite........

Gourmands, les candidats « riches » ne se limitent pas seulement aux megameetings a la fois spectaculaires et efficaces, ils font aussi une campagne de proximité, presque citoyenne: rencontre en petits groupes avec des électeurs potentiels, compartimentés en catégorie socioprofessionnels (car les intérêts corporatifs sont a géométrie variables). Les candidats promettent de résoudre le problème une fois élu. L'objectif est clair : ratisser le plus largement possible pour remporter les élections des le premier tour. A défaut, figurer au deuxième tour mais en ballottage très favorable.

Devant une telle déferlante des moyens, les candidats « pauvres » ne savent plus a quel saint se vouer. Dans un pays ou toutes les infrastructures (routes, ponts et chaussées) sont détruites, la seule façon de battre campagne dans les provinces de ce pays sous-continent, est de recourir à ......l'avion. L'écueil se situe à ce point et il est terrible et ardu. Ou trouver de l'argent ? Beaucoup des candidats découvrent a leurs dépends que l'argent est le nerf de la guerre. De la campagne électorale aussi.

Par manque des moyens beaucoup d'entre-eux sont contraints de rester a Kinshasa et réduits à faire du porte-à-porte, seul moyen de se familiariser avec les électeurs potentiels. Ils n'ont pas les moyens de « recruter » des spécialistes pour constituer une équipe de campagne chevronnée et expérimentée. Dans beaucoup des cas, leur équipe de campagne est constituée des bénévoles souvent démotivés et amateurs. Ils n'ont pas des moyens n'ont plus pour passer des clips et spots publicitaires aux différentes chaînes de télévision privées. Le candidat commence sa journée de campagne par le recueillement. Ici rien de spectaculaire. La petite équipe de campagne prie et implore le Très-Haut pour la protection et la réussite de son champion.

Apres tout la foi est plus importante que l'argent. La randonnée commence, souvent a pied (véritable parcours du combattant) parcelle après parcelle. Mais très vite et a ses dépends, le candidat s'aperçoit que l'argent s'invite aussi lors de la rencontre avec les électeurs. Ces derniers déposent une liste des complaintes : le loyer n'a pas été payé depuis trois mois, depuis deux jours on ne mange pas par manque des sous, un fils est en train de mourir, parce que privé des soins, etc. Souvent le candidat « pauvre »est débordé, il n'a pas assez d'argent pour répondre à toutes ces sollicitations. Dans les petites réunions en groupe il faut donner à boire. Maigre consolation : il a une idée exacte de la souffrance du peuple. Mais faut-il être candidat à la présidence où à la députation pour « découvrir » que le peuple congolais est clochardisé et animalisé? Cela ne date pas d'aujourd'hui.

Les congolaises candidates à la présidence et à la députation sont à mettre dans la catégorie des candidats « pauvres ». Décidément dans la RDCongo minée par le machisme ambiant, les élections continueront à se conjuguer au masculin pendant encore longtemps. Rien que pour une campagne électorale pour les législatives, une candidate (mêmement pour un candidat) doit dépenser au minimum trois mille dollars américains par jour !! Résultat, beaucoup des congolaises candidates se sont incorporées dans des plates-formes des partis politiques, assorties de l'espoir qu'elles seront élues. Les plus audacieuses (téméraires ?) qui ont faits campagne comme candidates indépendantes risquent de ne pas être élue. La dynamique démographique donne l'avantage aux femmes candidates car il y a beaucoup plus d'électrices que d'électeurs. Mais cet avantage est anéantit par des pesanteurs socio-économiques et psychologiques. Par l'argent aussi, encore et toujours.

Les « élus » de la presse internationale

La presse occidentale s'invite aux élections chez elle ou à l'extérieur. Aux Etats-Unis par exemple les candidats sont toujours fiers d'annoncer « I am glad and honored to be endorsed by Washington Post and CNN » (je suis fier et honore d'être soutenu par Washington Post et CNN). Lors des élections présidentielles aux Etats-Unis de 2004 (Georges Bush et John Kerry), c'est à une exécution publique de Bush que la presse européenne, asiatique et une partie de la presse africaine appelait. Bush en avait vu de toutes les couleurs. On le brocardait comme andouille, crétin, incapable d'articuler une phrase en bon anglais. Incapable de décortiquer des concepts abstraits et surtout de comprendre des enjeux. On prédit que Bush amènera le monde à une troisième guerre mondiale. On sortit ses notes scolaires en insistant qu'il fut un « straight D student » (c'est-à-dire un étudiant en dessous de la moyenne). La presse construisit un site web : le Bushiisme ou toutes les fautes de grammaire, les phrases incohérentes et les limitations de Bush étaient affichés. On pouvait aussi voir des video qui montraient ses mimiques et gestuelles. Jamais un président des Etats-Unis n'avait été aussi malmené.

La presse occidentale est une maîtresse infidèle, changeante et opportuniste. Elle exalte aujourd'hui et assassine demain. Elle porta dans ses bras le président Robert Mugabe du Zimbabwe, pendant la décennie 80. Avide de comparaison, Mugabe fut présenté comme le nouveau Churchill, version tropicale. Son discours du jour de l'indépendance (14 Avril 1980), fut le tour des pays Anglo-saxons. Mugabe s'engagea à construire un nouveau pays en respectant sa diversité raciale ou les noirs, les blancs et les mulâtres vivront en harmonie. Aujourd'hui le président Mugabe est devenu la bête noire de cette même presse. Beaucoup des présidents du Tiers-monde ont soufferts et furent chassés du pouvoir à cause de l'acharnement de la presse occidentale.

La presse internationale (surtout occidentale) a fait beaucoup de mal à la RDCongo, même si elle est revenue à des meilleurs sentiments tout récemment. Elle est co-responsable de l'assassinat de notre héros national Patrice Lumumba et de ses compagnons d'infortune Mpolo et Okito. C'est cette presse qui brocardait Lumumba comme un dangereux communiste susceptible d'amener le Congo dans le giron de l'URSS, modifiant ainsi dangereusement l'équilibre géostratégique (zones d'influences) en faveur de l'ennemi juré : l'ours soviétique. L'élimination de Lumumba consacra le meurtre de la démocratie naissante du pays. Pendant la guerre d'agression, elle ferma ses yeux et passa sous silence les nombrables crimes à l'Est du pays ou les femmes furent enterrées vivantes, violées, forcées de s'accoupler avec leurs fils. Le peuple RDCongolais portera pendant longtemps encore, dans sa chaire meurtrie, les stigmates d'une guerre qu'il n'a jamais provoqué, mais enduré parce que le pays manquait d'une armée républicaine et apolitique capable de le défendre.

Malgré la persistance des événements tragiques (Israël, Liban, Hezbollah, Hamas) au Proche-Orient qui gardent la première place aux plateaux de télévision et stations de radio, La RDCongo tient toujours une place honorable. Mais le « breaking news » qui nous vient de Cuba, détrône momentanément la RDCongo. Fidel Castro –forcé par la maladie- vient de remettre provisoirement le pouvoir à son cadet Raul Castro Cruz. Miami tombe en ébullition, entre presque en transe. Les exilés cubains de la Floride, jubilent. Des klaxons fusent de partout. On sable le champagne. La rumeur circule : Castro est mort. Qui a dit que Les RDCongolais avaient l'apanage de « radio trottoir » ?

L'heure de la revanche a sonné. Fidel Castro aux commandes depuis la révolution de 1959, qui a résisté à la déstabilisation du puissant voisin et a vu défiler 10 présidents américains, abandonne enfin le pouvoir. Ils rentreront au Cuba, pour être les exécutants politiques et les thuriféraires économiques du néolibéralisme américain triomphant. Ils feront du Baptista (ancien dictateur cubain) revisité. Pour avoir conduit la délégation de notre Association, cinq fois au Cuba, je peux affirmer que le niveau élevé des cubaines au point de vue éducation formelle, professionnalisme et conscientisation politique, ferait pâlir de jalousie les exilées cubaines de cette Amérique blanche (a dominance Anglo-saxonne et protestante, le fameux WASP : White Anglo-saxon Protestant), riche, dynamique et innovatrice mais aussi très inégalitaire. Fidel Castro est une figure de proue, emblématique de la résistance, l'égérie de la lutte héroïque contre le puissant voisin, qu'inspire des dirigeants de la nouvelle génération, tels Hugo Chavez (la nouvelle bête noire de George Bush) et EvoMorales.

L'effet Castro s'estompe, la RDCongo revient en force. JKK est toujours le grand favori. Le président sortant JKK est porté par la fameuse « prime » de sortant. Pendant des élections présidentielles, partout dans le monde, la presse occidentale « épouse » le président sortant sauf si ce dernier est en disgrâce avec elle (Cas Bush et Mugabe). La rationalité est simple, quand un président est dopé par un bilan plus ou moins positif, vaut mieux continuer de travailler avec lui que d'essayer quelqu'un d'autre (minimisation de l'effet risque). Bien sur que des présidents sortants furent battus : Jimmy Carter et Bush père (Etats-Unis), Valery Giscard d'Estaing (France), Abdou Diouf (Sénégal) et Soglo (Bénin), pour ne prendre que ces quelques exemples. Ces exemples ne sont que « l'exception qui confirme la règle ». Mais cette prime a aussi des externalités négatives. Le candidat sortant qui cherche à rempiler est la cible « préférée » des prétendants qui veulent lui ravir son « trône ».

On part du postulat qu'il est difficile –sinon impossible- d'éliminer un président sortant des le premier tour, surtout quand il a une assise populaire. Il faut l'empêcher d'aller au deuxième tour en position de ballottage favorable. François Mitterrand avait appliqué cette stratégie. Le fait qu'il soit arriver de mettre De Gaule en ballottage, lui avait donné ses lettres de noblesse. Les adversaires de JKK ont peaufinés la même stratégie : etre présent au deuxième tour avec JKK et espérer constituer un front commun type TSK (Tout Sauf Kabila) pour gagner. A force de trop cibler et « taper » sur JKK, ils avaient oublié un fait de sélection naturelle : pour survivre au premier tour et affronter JKK au deuxième tour, il fallait « tuer » tous les autres candidats.

Août 2006
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# Posted on Monday, 07 August 2006 at 6:01 PM