Trois précisions de taille. D'abord, la presse internationale occidentale, écrite et audio-visuelle est dominée par cinq grands groupes ethniques (Anglo-saxon, Latin, Slave, Scandinave et Germanique) a dominance blanche. Cette presse reflète la sensibilité et surtout les intérêts politico-économiques et géostratégiques de ces différents groupes. Elle se livre une guerre atroce, se réconcilie et souvent se coalise au gré des enjeux en cours. Pour le moment la presse Anglo-saxonne (sous la fêlure des Etats-Unis), est le leader mondial incontestable, parce qu'elle garde le monopole de l'innovation et a su s'installer sur un créneau triplement porteur : l'articulation du téléviseur, de l'ordinateur et du téléphone crée une nouvelle machine a communiquer, interactive, fondée sur les performances du traitement numérique (ce qui facilite la collecte de l'information, son traitement et la mise en format haute définition). Pendant que dans beaucoup des pays, on s'accroche encore à la télévision analogique, les américains sont depuis une décennie à la télévision numérique interactive, format haute-definition (1000 chaînes par foyer en moyenne). Cette concentration des informations par un seul groupe ethnique, fait de la presse Anglo-saxonne un véritable quatrième pouvoir mondial. Elle peut faire et défaire des présidents (le président Richard Nixon en a fait l'amère expérience sans oublier le très populaire président Bill Clinton qui a échappé de justesse a « l'impeachment » avec l'affaire Monika).
Ensuite, la presse internationale a toujours et continuera de « voter » chez elle mais aussi chez les « autres ». S'en offusquer aujourd'hui comme si c'est un phénomène nouveau, relève de la mauvaise foi, de la gageure et de l'imposture. Il suffit de se rappeler de la haine que la presse européenne avait voué à Georges Bush (qualifié de crétin et d'andouille) lors des élections de 2004. En phase avec l'opinion publique, la presse européenne (ordinaire et spécialisée) avait massivement voté John Kerry. Enfin la presse internationale est une maîtresse frivole, changeante et opportuniste. Elle exulte aujourd'hui et assassine demain (le président Robert Mugabe en prend tous les jours pour son grade, lui qui fut la coqueluche de cette même presse durant la décennie 80).
Le dimanche 30 Juillet 2006 restera une date historique et mémorable dans les annales du pays. Toute la presse internationale était au rendez-vous, dont quelques poids lourds : CNN international, BBC, ABC, TV5 Monde, la très conservatrice Fox news et la très élitiste chaîne américaine « thirteen ». La presse écrite et audio (les incontournables BBC et RFI) étaient aussi de la partie. Images chocs et témoignages poignants. BBC a fait fort. Elle promène ses cameras a l'Est du pays. Des jeunes, des personnes de troisième age, des adultes, des hommes et des femmes (plus nombreuses). BBC ne donne pas le taux de participation mais elle insiste : l'engouement est total et l'affluence est inespérée dépassant les attentes initiales. On montre une femme de troisième age, 90 ans. Presque aveugle, canne a la main, l'épine dorsale courbe, elle marche a pas de tortue. Elle a marché pendant deux jours. Un autre homme de troisième age, 80 ans, a marché pendant deux jours et demi. BBC rappelle aussi que les élections ont coûtés $458 million financés par les contribuables occidentaux. Comme BBC, toutes les autres télévisions saluent avec beaucoup d'admiration le civisme, la maturité et la dignité du peuple RDCongolais.
Ce dimanche 30 Juillet 2006 consacre une triple Victoire pour le peuple RDCongolais. Victoire sur la peur. N'oublions pas qu'une bonne partie de notre territoire n'est pas encore sécurisée. Différentes milices armées y pullulent et continuent de semer la mort et la désolation. Les congolais ont bravés la peur et sont allés votés massivement. Victoire sur l'adversité corporelle et intellectuelle. Des « seniors » diminués par le poids de l'age, des malvoyants, handicapés et autres malades affaiblit par la santé, des illettrés limités par l'écriture, sont allés voter massivement. Victoire, enfin, sur l'intimidation et appel aux boycotts. C'est aussi un démenti cinglant aux cassandre de malheur qui ont mis une croix sur la RDCongo, pays de morts-vivants, anesthésié par des partis politiques cacochymes aux réflexes arthritiques. C'est à un formidable exercice collectif de défoulement et d'exorcisme que s'est livré le pays. La détermination du peuple, qui s'est levé comme un seul homme, pour aller voter, ne peut pas être réduit à un caprice passager, ni comparé à une baudruche qui se dégonflera une fois les élections passées. Ce peuple debout, qui a envoyé un message très fort, demandera désormais des comptes, sanctionnera s'il le faut.
Comme à son habitude, en Afrique comme partout ailleurs, la presse occidentale s'est invitée lors des élections en RDCongo et a voté. Tout d'abord, elle donne une satisfaction globalement positive au déroulement des élections. Les irrégularités et fraudes avérées ou supposées sont minimisées, relativisées, sinon carrément balayées d'un revers de la main. Toutes les chaînes Anglo-saxonnes –stylos en mains comptabilisent le nombre très limité des routes bitumées, la grandeur du pays, la destruction systématique dans laquelle l'avait plongé des décennies de prédation et de deux guerres. Font remarquer que ce sont les premières élections démocratiques et pluralistes depuis 40 ans. Elles font aussi comprendre a des millions des téléspectateurs que même aux Etats-Unis, le pays le plus puissant, le plus riche du monde, a la pointe de la technologie, connaît régulièrement des irrégularités lors des élections. La Floride (élection : George Bush et Al Gore) est citée en exemple. Les candidats à la présidence et à la députation, qui s'apprêtent d'introduire des recours – pour fraudes et irrégularités - apprécieront.
La presse occidentale « vote » et annonce ses « élus » RDCongolais. Ils sont quatre. Le président Joseph Kabila Kabange (JKK) qui bénéficie de la prime du sortant (voir texte en bas, section : les « élus » de la presse internationale). Le vice-président Jean-Pierre Gombo Bemba (JPGB) dont la remontée dans ce hit parade select, est d'autant plus spectaculaire qu'inattendue. L'ex-ministre des finances et gouverneur de la banque centrale Pierre Pay- Pay (P3) gratifié au passage d'une promotion par ses nombreux partisans au grade de P4 (Président Pierre Pay-Pay), chouchou adulé et respecté des institutions multilatérales (Banque Mondiale et Fonds Monétaire Internationale). Last but not least, Oscar Kashala qui nous est venu de la Cote-Est des Etats-Unis, pépinière des prestigieuses universités « Ivy League ». La stratégie de ces quatre « élus » est a la fois simple et complexe : ratisser le plus largement possible et gagner des le premier tour ou a défaut être présent au deuxième tour en ballottage extrêmement favorable. La presse internationale jauge ces candidats par rapport à cette stratégie.
Le premier challenger qui séduit la presse occidentale est incontestablement P4. Il est suivit par la presse Anglo-saxonne et latine. On montre ses meetings et ses interviews. Les discours de P4 sont bien formatés et bien chorégraphiés, recouvrent des messages gratifiants, des repères solides, des symboles forts, des clins d'½il aux investisseurs potentiels pour la reconstruction du pays. On le montre détendu (ses gestuelles sont étudiées), simplement habillé comme monsieur-tout-le-monde. Pendant une semaine, P4 tient le pavé haut. La presse occidentale croit à une confrontation JKK-P4 au deuxième tour. Un duel « soft landing », genre gant de velours, bon chic bon genre.
Puis la presse occidentale ne fait plus des meetings de P4 ses choux gras (effet Mbusa Nyamwisi, signes extérieurs de l'essoufflement de la campagne ?). Elle «largue» P4 au profit d'un autre qui lui ressemble comme un jumeau (parce qu'il chasse sur le même terrain que lui, celui de la finance internationale et bénéficie de la même bienveillance auprès des institutions financières multilatérales) : Oscar kashala. Exit le « soft landing » et vive le « accommodating landing ». Mais OKA connaîtra le même sort (rattrapé par son statut de revenant et virginité politique ?) que son jumeau P4 à cause de la « résurrection » du vice-président sortant JPGB. Qu'il vient de loin JPGB. On avait beaucoup jasé sur l'insondable désespérance de JPGB : la profondeur du vide ou l'avait plongé l'éloignement des amis, la désertion des camarades de lutte, la disparition des flatteurs, la fuite des courtisans.
Des le 22 Juillet CNN International annonce un documentaire sur les élections en RDCongo. CNN renseigne que ce documentaire sera planétaire. Elle donne des fuseaux- horaires pour permettre à qui voulait de le capter et suivre. Le 29 Juillet, la fameuse émission est la. Comme à son habitude CNN fait un « background » de notre pays, pour familiariser les non-RDCongolais. Puis vint les «héros ». Ils sont deux : JKK et JPGB. Bien que le président sortant JKK garde son statut de grand favori, le vice-président sortant JPGB est présenté comme le seul des 32 candidats qui ira au deuxième tour, si deuxième tour il y a. On se retrouve brutalement devant la version « hard landing ». Mais CNN ne pense pas que la confrontation JKK-JPGB précipitera le pays dans la guerre civile. Jeff Koinange, correspondant de CNN pose la question directement au challenger : « Would you concede defeat ? », JPGB répond calmement, sans passion, sans irritation : "I believe so. But on certain conditions. As far as the election is democratic, transparent and fair. Elections need to be absolutely transparent". L'interview de CNN était entièrement en Anglais et nos deux « finalistes » se sont bien défendus.
Le Lundi 31 Juillet, le correspondant de la télévision belge, va au quartier « Matonge » à Kinshasa. Des jeunes exhibent des résultats officieux (fabriqués selon le correspondant) de l'élection présidentielle favorable au vice-président sortant JPGB et préviennent qu'ils n'accepteront pas un candidat imposé de l'extérieur. Le lendemain TV5 Monde promène ses cameras a Goma. Des jeunes annoncent qu'ils ont voté massivement pour le président sortant JKK. Ils crient : Kabila 100 pour cent Congolais. Cette image (contraste Goma-Matonge) sera reprise par CNN international et fera le tour du monde.
La presse internationale est unanime. En cas de deuxième tour entre JKK et JPGB, il y aura trois faiseurs des rois : P4, Kashala et....Gizenga. Belle revanche pour le patriarche Gizenga que la presse internationale avait sous-estimé.
L'argent est le nerf de la guerre dit-on. Il est aussi le nerf des campagnes électorales. Dépourvus des moyens financiers, logistiques et matériels, les candidats « pauvres » furent réduits a faire du porte-à-porte (voir la section : La campagne électorale : une aubaine pour les candidats «riches»). Parmi eux les femmes candidates. Si dans l'ensemble la campagne électorale a été jugé globalement positive, il y eu un coté sale, pernicieux et sulfureux (voir ci-bas). Décryptage du regard de la presse occidentale sur les élections –que d'aucuns définissent a juste titre comme historiques- et qui ont tenu la République en haleine......
Août 2006
