Les élections du 30 juillet 2006 en RD Congo ......

Les élections du 30 juillet 2006 en RD Congo ......
La presse internationale (écrite et audio-visuelle) a couvert la campagne électorale en RDCongo. Une chose est certaine: le soudain regain d'intérêt de la presse internationale -surtout occidentale- sur notre pays (après des années de disette et de quarantaine), laisse beaucoup des compatriotes dubitatifs, perplexes voir pantois. Avec un brin de schizophrénie, la suspicion s'installe et alimente une iconoclaste frénésie auprès de certains compatriotes ou l'invective rivalise avec l'anathème, l'épithète s'oppose à la démonstration, le dénigrement sectaire communie avec le négativisme partisan. Les résultats officieux qui pullulent (des le lundi 31 Juillet 06 : des chiffres a niveau et en pourcentage), jugés fantaisistes par les uns, authentiques par les autres –repris par certains medias étrangers- ne sortiront pas la suspicion envers la presse occidentale (selon le camp ou on se trouve) de sa chrysalide cotonneuse.

Trois précisions de taille. D'abord, la presse internationale occidentale, écrite et audio-visuelle est dominée par cinq grands groupes ethniques (Anglo-saxon, Latin, Slave, Scandinave et Germanique) a dominance blanche. Cette presse reflète la sensibilité et surtout les intérêts politico-économiques et géostratégiques de ces différents groupes. Elle se livre une guerre atroce, se réconcilie et souvent se coalise au gré des enjeux en cours. Pour le moment la presse Anglo-saxonne (sous la fêlure des Etats-Unis), est le leader mondial incontestable, parce qu'elle garde le monopole de l'innovation et a su s'installer sur un créneau triplement porteur : l'articulation du téléviseur, de l'ordinateur et du téléphone crée une nouvelle machine a communiquer, interactive, fondée sur les performances du traitement numérique (ce qui facilite la collecte de l'information, son traitement et la mise en format haute définition). Pendant que dans beaucoup des pays, on s'accroche encore à la télévision analogique, les américains sont depuis une décennie à la télévision numérique interactive, format haute-definition (1000 chaînes par foyer en moyenne). Cette concentration des informations par un seul groupe ethnique, fait de la presse Anglo-saxonne un véritable quatrième pouvoir mondial. Elle peut faire et défaire des présidents (le président Richard Nixon en a fait l'amère expérience sans oublier le très populaire président Bill Clinton qui a échappé de justesse a « l'impeachment » avec l'affaire Monika).

Ensuite, la presse internationale a toujours et continuera de « voter » chez elle mais aussi chez les « autres ». S'en offusquer aujourd'hui comme si c'est un phénomène nouveau, relève de la mauvaise foi, de la gageure et de l'imposture. Il suffit de se rappeler de la haine que la presse européenne avait voué à Georges Bush (qualifié de crétin et d'andouille) lors des élections de 2004. En phase avec l'opinion publique, la presse européenne (ordinaire et spécialisée) avait massivement voté John Kerry. Enfin la presse internationale est une maîtresse frivole, changeante et opportuniste. Elle exulte aujourd'hui et assassine demain (le président Robert Mugabe en prend tous les jours pour son grade, lui qui fut la coqueluche de cette même presse durant la décennie 80).

Le dimanche 30 Juillet 2006 restera une date historique et mémorable dans les annales du pays. Toute la presse internationale était au rendez-vous, dont quelques poids lourds : CNN international, BBC, ABC, TV5 Monde, la très conservatrice Fox news et la très élitiste chaîne américaine « thirteen ». La presse écrite et audio (les incontournables BBC et RFI) étaient aussi de la partie. Images chocs et témoignages poignants. BBC a fait fort. Elle promène ses cameras a l'Est du pays. Des jeunes, des personnes de troisième age, des adultes, des hommes et des femmes (plus nombreuses). BBC ne donne pas le taux de participation mais elle insiste : l'engouement est total et l'affluence est inespérée dépassant les attentes initiales. On montre une femme de troisième age, 90 ans. Presque aveugle, canne a la main, l'épine dorsale courbe, elle marche a pas de tortue. Elle a marché pendant deux jours. Un autre homme de troisième age, 80 ans, a marché pendant deux jours et demi. BBC rappelle aussi que les élections ont coûtés $458 million financés par les contribuables occidentaux. Comme BBC, toutes les autres télévisions saluent avec beaucoup d'admiration le civisme, la maturité et la dignité du peuple RDCongolais.

Ce dimanche 30 Juillet 2006 consacre une triple Victoire pour le peuple RDCongolais. Victoire sur la peur. N'oublions pas qu'une bonne partie de notre territoire n'est pas encore sécurisée. Différentes milices armées y pullulent et continuent de semer la mort et la désolation. Les congolais ont bravés la peur et sont allés votés massivement. Victoire sur l'adversité corporelle et intellectuelle. Des « seniors » diminués par le poids de l'age, des malvoyants, handicapés et autres malades affaiblit par la santé, des illettrés limités par l'écriture, sont allés voter massivement. Victoire, enfin, sur l'intimidation et appel aux boycotts. C'est aussi un démenti cinglant aux cassandre de malheur qui ont mis une croix sur la RDCongo, pays de morts-vivants, anesthésié par des partis politiques cacochymes aux réflexes arthritiques. C'est à un formidable exercice collectif de défoulement et d'exorcisme que s'est livré le pays. La détermination du peuple, qui s'est levé comme un seul homme, pour aller voter, ne peut pas être réduit à un caprice passager, ni comparé à une baudruche qui se dégonflera une fois les élections passées. Ce peuple debout, qui a envoyé un message très fort, demandera désormais des comptes, sanctionnera s'il le faut.

Comme à son habitude, en Afrique comme partout ailleurs, la presse occidentale s'est invitée lors des élections en RDCongo et a voté. Tout d'abord, elle donne une satisfaction globalement positive au déroulement des élections. Les irrégularités et fraudes avérées ou supposées sont minimisées, relativisées, sinon carrément balayées d'un revers de la main. Toutes les chaînes Anglo-saxonnes –stylos en mains comptabilisent le nombre très limité des routes bitumées, la grandeur du pays, la destruction systématique dans laquelle l'avait plongé des décennies de prédation et de deux guerres. Font remarquer que ce sont les premières élections démocratiques et pluralistes depuis 40 ans. Elles font aussi comprendre a des millions des téléspectateurs que même aux Etats-Unis, le pays le plus puissant, le plus riche du monde, a la pointe de la technologie, connaît régulièrement des irrégularités lors des élections. La Floride (élection : George Bush et Al Gore) est citée en exemple. Les candidats à la présidence et à la députation, qui s'apprêtent d'introduire des recours – pour fraudes et irrégularités - apprécieront.

La presse occidentale « vote » et annonce ses « élus » RDCongolais. Ils sont quatre. Le président Joseph Kabila Kabange (JKK) qui bénéficie de la prime du sortant (voir texte en bas, section : les « élus » de la presse internationale). Le vice-président Jean-Pierre Gombo Bemba (JPGB) dont la remontée dans ce hit parade select, est d'autant plus spectaculaire qu'inattendue. L'ex-ministre des finances et gouverneur de la banque centrale Pierre Pay- Pay (P3) gratifié au passage d'une promotion par ses nombreux partisans au grade de P4 (Président Pierre Pay-Pay), chouchou adulé et respecté des institutions multilatérales (Banque Mondiale et Fonds Monétaire Internationale). Last but not least, Oscar Kashala qui nous est venu de la Cote-Est des Etats-Unis, pépinière des prestigieuses universités « Ivy League ». La stratégie de ces quatre « élus » est a la fois simple et complexe : ratisser le plus largement possible et gagner des le premier tour ou a défaut être présent au deuxième tour en ballottage extrêmement favorable. La presse internationale jauge ces candidats par rapport à cette stratégie.

Le premier challenger qui séduit la presse occidentale est incontestablement P4. Il est suivit par la presse Anglo-saxonne et latine. On montre ses meetings et ses interviews. Les discours de P4 sont bien formatés et bien chorégraphiés, recouvrent des messages gratifiants, des repères solides, des symboles forts, des clins d'½il aux investisseurs potentiels pour la reconstruction du pays. On le montre détendu (ses gestuelles sont étudiées), simplement habillé comme monsieur-tout-le-monde. Pendant une semaine, P4 tient le pavé haut. La presse occidentale croit à une confrontation JKK-P4 au deuxième tour. Un duel « soft landing », genre gant de velours, bon chic bon genre.

Puis la presse occidentale ne fait plus des meetings de P4 ses choux gras (effet Mbusa Nyamwisi, signes extérieurs de l'essoufflement de la campagne ?). Elle «largue» P4 au profit d'un autre qui lui ressemble comme un jumeau (parce qu'il chasse sur le même terrain que lui, celui de la finance internationale et bénéficie de la même bienveillance auprès des institutions financières multilatérales) : Oscar kashala. Exit le « soft landing » et vive le « accommodating landing ». Mais OKA connaîtra le même sort (rattrapé par son statut de revenant et virginité politique ?) que son jumeau P4 à cause de la « résurrection » du vice-président sortant JPGB. Qu'il vient de loin JPGB. On avait beaucoup jasé sur l'insondable désespérance de JPGB : la profondeur du vide ou l'avait plongé l'éloignement des amis, la désertion des camarades de lutte, la disparition des flatteurs, la fuite des courtisans.

Des le 22 Juillet CNN International annonce un documentaire sur les élections en RDCongo. CNN renseigne que ce documentaire sera planétaire. Elle donne des fuseaux- horaires pour permettre à qui voulait de le capter et suivre. Le 29 Juillet, la fameuse émission est la. Comme à son habitude CNN fait un « background » de notre pays, pour familiariser les non-RDCongolais. Puis vint les «héros ». Ils sont deux : JKK et JPGB. Bien que le président sortant JKK garde son statut de grand favori, le vice-président sortant JPGB est présenté comme le seul des 32 candidats qui ira au deuxième tour, si deuxième tour il y a. On se retrouve brutalement devant la version « hard landing ». Mais CNN ne pense pas que la confrontation JKK-JPGB précipitera le pays dans la guerre civile. Jeff Koinange, correspondant de CNN pose la question directement au challenger : « Would you concede defeat ? », JPGB répond calmement, sans passion, sans irritation : "I believe so. But on certain conditions. As far as the election is democratic, transparent and fair. Elections need to be absolutely transparent". L'interview de CNN était entièrement en Anglais et nos deux « finalistes » se sont bien défendus.

Le Lundi 31 Juillet, le correspondant de la télévision belge, va au quartier « Matonge » à Kinshasa. Des jeunes exhibent des résultats officieux (fabriqués selon le correspondant) de l'élection présidentielle favorable au vice-président sortant JPGB et préviennent qu'ils n'accepteront pas un candidat imposé de l'extérieur. Le lendemain TV5 Monde promène ses cameras a Goma. Des jeunes annoncent qu'ils ont voté massivement pour le président sortant JKK. Ils crient : Kabila 100 pour cent Congolais. Cette image (contraste Goma-Matonge) sera reprise par CNN international et fera le tour du monde.

La presse internationale est unanime. En cas de deuxième tour entre JKK et JPGB, il y aura trois faiseurs des rois : P4, Kashala et....Gizenga. Belle revanche pour le patriarche Gizenga que la presse internationale avait sous-estimé.

L'argent est le nerf de la guerre dit-on. Il est aussi le nerf des campagnes électorales. Dépourvus des moyens financiers, logistiques et matériels, les candidats « pauvres » furent réduits a faire du porte-à-porte (voir la section : La campagne électorale : une aubaine pour les candidats «riches»). Parmi eux les femmes candidates. Si dans l'ensemble la campagne électorale a été jugé globalement positive, il y eu un coté sale, pernicieux et sulfureux (voir ci-bas). Décryptage du regard de la presse occidentale sur les élections –que d'aucuns définissent a juste titre comme historiques- et qui ont tenu la République en haleine......

Août 2006
[ Dash a comment ] [ No comments ]

# Posted on Monday, 07 August 2006 at 5:56 PM

Massacre de Gatumba: INTERVIEW AVEC Pasteur HABIMANA

Massacre de Gatumba: INTERVIEW AVEC Pasteur HABIMANA
Au lendemain du massacre de Gatumba, le mouvement rebelle burundais encore en guerre contre le pouvoir de Bujumbura, le Front National de Libération-Parti pour la Libération du Peuple Hutu (FNL-PALIPEHUTU), a sorti une déclaration dans laquelle il a endossé la responsabilité du massacre de 161 réfugiés Banyamulenge dans leur camp de Gatumba, en sol burundais. Charles Nasibu a réussi à joindre le numéro 2 et porte-parole de ce mouvement, M. Pasteur Habimana, qui lui a accordé cette interview.

Charles Nasibu : Pasteur Habimana, vous avez, au nom de votre mouvement, revendiqué le massacre de Gatumba qui a coûté la vie à 161 réfugiés congolais Banyamulenge et blessé 113 autres. Si vous maintenez encore aujourd'hui vos propos, pourquoi êtes-vous allé massacrer des civils dans un camp des réfugiés ?

Pasteur Habimana : Ne parlez pas de «camp des réfugiés », il s'agit plutôt du Quartier Général des Banyamulenge. Nos hommes ont trouvé dans ce Quartier Général des Banyamulenge des fusils d'assaut, des fusils automatiques utilisés par l'armée rwandaise, des grenades, plusieurs cartouches, des jerricans d'essence et un plan d'attaque de la ville d'Uvira. (...) Et puis ce camp comme vous le dites n'était pas la cible de notre attaque ; nous avons attaqué des positions militaires tenues par les militaires burundais, ces derniers ont fui vers cet état-major des Banyamelenge où ils espéraient du renfort et nous les avons poursuivis jusque là. Et les morts dont on parle ont péri au cours des échanges des tirs entre nos hommes et les militaires burundais.

Charles Nasibu. : Le président rwandais, Paul Kagame, le Vice-président congolais, Maître Azarias Ruberwa, son homologue burundais Alphonse-Marie Kadege et le chef d'Etat-major général de l'armée burundaise, le général Germain Nikoyankana notamment, ont affirmé que les Maï Maï et les Interahamwe sont vos alliés naturels et que c'est avec eux que vous avez commis le massacre de Gatumba. Confirmez-vous une quelconque présence Maï Maï à vos côtés au cours de ce massacre dont vous endossez l'entière responsabilité ?

Pasteur Habimana : Ces dirigeants Tutsi ne peuvent dire que cela ! Ils disent n'importe quoi pour justifier une nouvelle agression qu'ils projettent de lancer contre la RD Congo. Je vous répète que nous n'avons pas besoin de l'aide des Maï Maï pour mener notre lutte.

Charles Nasibu :Vous êtes restés réfractaires et hostiles à toute idée de négocier avec d'autres parties au conflit dans votre pays, pourquoi donc vous battez-vous encore ? Le CNDD-FDD, votre ex-allié et qui menait la même lutte de libération que vous, a pourtant déposé les armes et s'est mis depuis au servir de la paix et de la réconciliation !

Pasteur Habimana : Vous nous voulez négocier avec qui, Monsieur ? Nous n'avons jamais refusé de négocier la paix, mais qui est-ce qui doit être notre partenaire dans cette négociation ? C'est cela le problème que vous ne voulez pas comprendre.

Charles Nasibu :De toutes les façons vous risquez de ne plus être pris au sérieux, le dernier sommet des chefs d'Etat de la sous-région tenu à Dar es Salam à la mi-août vous a déjà taxé de mouvement terroriste et inéligible aux pourparlers de paix, et puis vous et votre supérieur, Agathon Rwasa, vous faites déjà objets d'un mandat d'arrêt international lancé contre vous par la justice burundaise.

Pasteur Habimana : Est-ce qu'il existe une justice au Burundi ? Et puis ces chefs d'Etats peuvent dire ce qu'ils veulent, pour les Nations Unies nous sommes encore des partenaires incontournables.

Charles Nasibu : Etes-vous prêt à comparaître devant la justice pour ce massacre dont vous endossez la responsabilité ?

Pasteur Habimana : Je suis prêt à comparaître devant n'importe quelle juridiction compétente et dans n'importe quel pays, sauf devant une juridiction burundaise, tout simplement parce qu'il y en a jamais eu depuis 40 ans.

Charles Nasibu : Avez-vous quelque regret sur ce qui s'est passé à Gatumba ?

Pateur Habimana : Regretter quoi, le nombre des morts ? On parle de 150 tués à Gatumba, combien il y en a depuis dix ans dans Bujumbura rural ? Plusieurs milliers. Combien il y en a eu chez vous au Congo en 6 ans ? Trois millions ! Qui pleure tous ces gens-là ? 150 Banyamulenge ne valent pas plus que tous ces millions d'hommes tués par l'hégémonisme tutsi.

Charles Nasibu : On dit que vous vivez à l'est de la République Démocratique du Congo, est-ce de là que vous me parlez ?

Pasteur Habimana : Qui dit ça ? Je suis au Burundi où je poursuis ma la lutte de libération nationale.


Propos recueillis par Charles NASIBU
Bujumbura, Août 2004
[ Dash a comment ] [ No comments ]

# Posted on Saturday, 29 July 2006 at 12:13 PM

Le Masssacre de Gatumba (III)

Le massacre de Gatumba :les partis politiques à Uvira dénoncent

Une grande manifestation a rassemblé près de 2000 personnes dans les rues d'Uvira ce vendredi 20 août 2004. La manifestation a été organisée à l'appel des partis politiques congolais représentés à Uvira. L'objectif était de «dénoncer aussi bien le massacre lâche des réfugiés Banyamulenge à Gatumba que les propos irresponsables et les déclarations belliqueuses du Rwanda et du Burundi », selon l'un des organisateurs qui nous accordé un entretien et qui a requis l'anonymat.

Pour un des organisateurs de la marche apparemment en colère, pendant que les Uvirois pleurent la mort de leurs compatriotes et ex-voisins, les autorités de Bujumbura et de Kigali doivent se garder de proférer des menaces de guerre contre la RD Congo. «Si les personnes qui ont été massacrées sont réellement des Congolais, de quoi les Rwandais et les Burundais doivent-ils se mêler ? Pourquoi doit-on mettre en cause le gouvernement congolais alors que c'est bien à celui-ci que revient le rôle d'accuser et d'exiger des comptes ? », a interrogé une jeune manifestante qui n'a pas voulu s'identifier. «Comment expliquer que des assaillants viennent tuer des réfugiés à 200 mètres du corps de garde de la Brigade de gendarmerie et à 350 mètres d'une base militaire d'infanterie ? Seule l'armée burundaise doit répondre de sa responsabilité et complicité apparente », a constaté un jeune étudiant, et un badaud d'ajouter : « Nous n'allons pas permettre aux Burundais de venir nous faire la guerre et nous massacrer ici, nous demandons au gouvernement de nous enrôler et de nous donner des armes pour défendre la nation ».

On pouvait également lire sur plusieurs banderoles des mots et phrases contre le vice-président Azarias Ruberwa. Plusieurs personnes contactées ont vigoureusement dénoncé les propos tenus et répétés par Ruberwa dans ses différentes déclarations. «En accusant explicitement les Forces Armées de la République Démocratique du Congo et implicitement le chef de l'Etat congolais dans les malheureux événement de Gatumba, Azarias Ruberwa vient de montrer pour la enième fois qu'il est au service du Rwanda, sa vraie patrie, et doit déposer sa démission avant qu'on l'y contraigne», a déclaré un membre du PPRD, parti de Joseph Kabila, qui a requis lui aussi l'anonymat.

Depuis l'annonce du massacre de Gatumba et les déclarations de différents acteurs politiques de la région, une certaine tension teintée d'inquiétude plane sur Uvira. Beaucoup de gens craignent que cette ville portuaire de l'est congolais d'où étaient venus les Banyamulenge massacrés à Gatumba serve de porte d'entrée à une nouvelle aventure guerrière rwando-burundaise. Mais les animateurs de la société civile locale ne ménage aucun effort pour apaiser cette tension par des animations et des sensibilisation en faveur de la paix et de la cohabitation intercommunautaire. «Nous croyons qu'une nouvelle guerre d'agression du Rwanda et du Burundi contre la RD CONGO n'est pas possible actuellement. La région du Sud-Kivu et notre territoire en particulier sont suffisamment militarisés. Si nous considérons les effectifs militaires dépêchés par Kinshasa lors des opérations contre Mutebutsi aisni que la grande présence de la MONUC, sans oublier la volonté populaire, nous pensons qu'une guerre n'est pas possible aujourd'hui», a déclaré un responsable d'une ONG locale de défense des droits de l'homme.

D'autre part, la fermeture de la frontière entre le Burundi et la RD Congo, décidée unilatéralement par les autorités de Bujumbura au lendemain du massacre de Gatumba, porte déjà un coup dur sur le quotidien de beaucoup d'Ivirois. L'on se souviendra que la majorité de la population d'Uvira vit du petit commerce qu'elle exerce entre Uvira et la capitale burundaise située à 29 km en face, et tous les produits manufacturés que consomme cette popualtion vient du Burundi.

Charles Nasibu
Août 2004
[ Dash a comment ] [ No comments ]

# Posted on Saturday, 29 July 2006 at 11:36 AM

Le Masssacre de Gatumba (II)

Hécatombe de Gatumbe:A qui profite le crime ?

161 morts et 113 blessés, c'est le bilan définitif de cette tuerie perpétrée à Gatumba et que tout le monde s'accorde à qualifier de « massacre de la honte ». Les funérailles seront organisées dans la dignité sur le lieu du drame ce dimanche 15 août 2004 en présence des plusieurs personnalités dont le chef de l'Etat burundais, son vice-président, plusieurs ministres, des représentants des partis politiques burundais ; signalons aussi la présence très remarquée de Me Azarias Ruberwa Manywa, l'un des 4 vice-présidents du gouvernement congolais, Mme Carolyn McAskie, représentante spéciale du Secrétaire général des Nations Unies et du représentant de l'Union Africaine au Burundi.

Alors que tout le monde est encore sous le choc de ce carnage, le porte-parole du FNL-Palipehutu branche dirigée par Agathon Rwasa, M. Pasteur Habimana, a revendiqué, au nom de son mouvement, la responsabilité de la tuerie de Gatumba. Et pendant ce temps, les condamnations les plus énergiques fusent de toutes parts.

Depuis l'île Maurice où il participe au sommet de la SADC, le président Joseph Kabila a condamné avec la dernière l'hécatombe de Gatumba et demandé qu'une enquête internationale soit mise en place pour établir les responsabilités et que les coupables matériels et idéologiques soient poursuivis, où qu'ils soient. Azarias Ruberwa, revenu précipitamment de Bukavu à l'annonce de la triste nouvelle, n'a pas pu retenir ses larmes à le vue des corps calcinés des enfants et des mères. Pour lui, cet acte n'est ni plus ni moins qu'un génocide. Il a exigé que «les coupables, matériels et idéologiques soient poursuivis, arrêtés et jugés et que l'idéologie de génocide soit bannie à jamais», avant de désigner les Maï Maï incorporés dans l'armée nationale congolaise comme auteur du crime. Le premier vice-président et le secrétaire général du RCD/Goma ont déclaré dans un communiqué que ce sont les FARDC, à travers le bataillon d'infanterie des Maï Maï basé à Kiliba et commandé par le colonel Ekofo, qui sont allés «commettre ce génocide».

L'autre son de cloche vient du gouvernement congolais. Le chef de la diplomatie congolaise, M. Ramazani Baya, après avoir exprimé son indignation face à ce qui s'est passé à Gatumba et condamné «le massacre des innocents», a déclaré que la sécurité des réfugiés relève de la responsabilité de leur pays d'accueil. Son collègue de la Presse et de l'Information, M. Mova Sakanyi, a abondé dans le même sens et réitéré la position du gouvernement congolais qui exige l'ouverture d'une enquête internationale. Il s'est également demandé pourquoi les réfugiés ayant fui la violence dans leur pays ont été placés sans aucune mesure de sécurité à seulement 4 km de la frontière de leur pays.

La réaction très attendue à Uvira était celle du lieutenant-colonel Baudouin Nakabaka, ex-chef Maï Maï et actuel commandant de la 111ème Brigade d'infanterie. S'exprimant ce dimanche à 13 h00 sur les ondes de la radio des Nations Unies, Okapi, Nakabaka ne s'est pas contenté seulement de condamner ce qu'il a appelé «un acte lâche et irresponsable», il a aussi exigé, à l'instar du gouvernement congolais, l'ouverture d'une enquête internationale et s'est dit disposé à collaborer dans cette enquête. Après avoir exprimé sa douleur et ses condoléances «aux familles compatriotes éprouvées», l'ex-leader Maï Maï s'est dit ne pas comprendre un seul instant qu'une attaque d'une telle ampleur puisse se perpétrer à 200 mètres d'une base militaire, qu'aucune réaction ne soit faite et, grave encore, que les assaillants repartent impunis. C'est également la question que tout le monde se pose à Uvira où la rue n'a pas tardé à mettre la
responsabilité de l'hécatombe de Gatumba sur le dos de l'armée burundaise.

Pour beaucoup d'observateurs avertis de la situation dans la région des grands lacs, dont un journaliste burundais que j'ai eu au téléphone ce matin et qui a requis l'anonymat, ce crime profite politiquement à beaucoup d'acteurs politiques de la région : Paul Kagame trouve là une opportunité d'accuser ses ennemis naturels les Interahamwe et de plaider pour le retour en RD Congo de ses troupes pour en découdre avec ces Interahamwe. Laurent Nkundabatware et Jules Mutebutsi trouvent voient opportunément leur argument se renforcer. On se souviendra qu'ils avaient attaqué et assiégé Bukavu en début de juin pour, disaient-ils, empêcher et arrêter le génocide des Banyamulenge. Si la responsabilité des Maï Maï était établie, m'a dit mon interlocuteur, l'aile dur (les Tutsi) du RCD/Goma trouvera également une occasion de déclarer les Maï Maï éliminés et inéligible dans la course vers la constitution des Forces Armées de la RDC (les FARDC). L'armée burundaise peut également, a dit mon interlocuteur, saisir l'occasion pour retarder, stopper ou torpiller le processus de sa démobilisation qui vient de commencer, elle arguerait alors que la patrie est en danger, qu'il ne faut pas toucher à l'armée, ... et se donnerait ainsi plus de pouvoir pour défaire le FNL, signataire déclaré de la besogne de Gatumba. Le gouvernement burundais, a-t-il poursuivi, peut aussi exploiter l'incident pour convaincre ses partenaires nationaux et régionaux pour allonger la période de transition et renvoyer les prochaines élections à plus tard.

La liste de «qui profite en quoi» dans cette histoire est bien longue. Mon constat est que seuls les Maï Maï et le gouvernement congolais n'ont rien à gagner dans ce massacre de la honte. Il reste à comprendre à présent la responsabilité du HCR dans cette tragédie.

Attendons les résultats de l'enquête que tout le monde appelle de ses v½ux.

Charles Nasibu
Août 2004
[ Dash a comment ] [ No comments ]

# Posted on Saturday, 29 July 2006 at 11:34 AM

Edited on Saturday, 29 July 2006 at 2:11 PM

13 août 2004: LE MASSACRE DE GATUMBA (I)

13 août 2004: LE MASSACRE DE GATUMBA (I)
LE MASSACRE DE GATUMBA, UNE BOUCHERIE DE TROP POUR LA RD CONGO

La nouvelle la plus à la une aujourd'hui c'est le massacre de Gatumba, une attristante nouvelle malheureusement, une nouvelle qui laisse couler infiniment d'encre et de salive par son côté tristement sensationnel. 160 personnes tuées dans des conditions particulièrement atroces. En moins de deux heures, la méchanceté humaine s'est déchaînée avec toute sa force sur des personnes vulnérables, des réfugiés, femmes et enfants pour la plupart, ont trouvé la mort pour des raisons qu'aucune logique ne saurait jamais justifier. Ce sont des Banyamulenge qui ont été tués, oui, mais je me dis que la tribu ou l'ethnie des victimes n'a ici aucune importance, c'est tout simplement des personnes à qui on a violemment arraché la vie, sans qu'elles en sachent trop le pourquoi ! C'est encore une fois la nation congolaise qui en perd des ses fils et filles. Ce massacre de Gatumba vient allonger la macabre liste d'autres massacres qui ont, à différents moments, désolé la RD Congo. Les tristes images des massacres de Tingi-Tingi, Makobola, Kasika, Katogota, Mulongwe, Kisangani, Burhinyi, Bukavu, etc., sont encore très présentes dans toutes les mémoires. La RD Congo est-elle devenue ce cimetière où on tue ?

Le massacre de Gatumba a été revendiqué par le Front National de Libération-Parti pour la Libération du Peuple Hutu (FNL-Palipehutu). Dès le lendemain du massacre, chaque groupe politico-militaire de la région s'est précipité pour accuser son ennemi traditionnel : le RDC/Goma a mis la responsabilité du massacre sur le dos des Maï Maï, le pouvoir de Kigali a vu la main interahamwe dans ce massacre, pour l'armée burundaise c'est «la coalition tribalo-génocidaire FNL-Interahamwe-Maï Maï » qui a commis l'horreur.

A côté de ces accusations plutôt hâtives et peut-être gratuites, le chef de l'Etat congolais, Joseph Kabila, ainsi qu'une bonne partie de la communauté internationale en ont appelé à l'organisation d'une enquête internationale qui établirait enfin toutes les responsabilités

Pendant ce temps, les conséquences de ce drame sont de tous genres et de dimensions incalculables. Le gouvernement de transition de la RD Congo est en proie à une profonde crise ; le premier des 4 vice-présidents, Azarias Ruberwa, a décidé de suspendre sa participation et celle de son RCD/Goma dans toutes les institutions de transition. Une transition déjà bien fragile ne fait que se fragiliser davantage. Au Burundi où une crise politique couvait déjà, les partis et mouvements politiques d'obédience tutsi ont récupéré cette situation pour durcir leur position et compromettre ainsi la fin heureuse de la transition chez eux. Sur le plan social, au Sud Kivu en général et à Uvira en particulier une profonde méfiance s'est installée entre les Banyamulenge d'une part et les autres communautés de l'autre.

Que dire enfin ? Rien ne peut remplacer une vie humaine. Dans chaque femme, dans chaque homme, dans chaque enfant se joue le destin de toute l'humanité. Il est donc toujours un drame quand dans la tourmente d'une société en crise un homme meurt de mort violente. Pour autant, au lieu d'entourer de trop de folklore la forfaiture de Gatumba, interpellons d'une part nos décideurs politiques pour qu'ils mettent tout en ½uvre pour sauver la transition, la stabilité et la paix en RD Congo. D'autre part, il sied d'entretenir sans relâche le terrain d'entente entre différentes communautés, pour déraciner à tout jamais les germes de division et du crime

Charles Nasibu
[ Dash a comment ] [ No comments ]

# Posted on Saturday, 29 July 2006 at 11:28 AM