Discours à la Conférence de Révision des Nations Unies, 30 juin 2006

Discours à la Conférence de Révision des Nations Unies, 30 juin 2006
Impact des transferts internationaux d'armes sur les pays en voie de développement

Par Charles Nasibu
Chercheur et Journaliste
Parlant au nom du Reseau Congolais d'Action sur les Armes Légères (RECAAL) dont il est l'un de principaux animateurs


Monsieur le Président, Mesdemoiselles, Mesdames et Messieurs, Distingués délégués, Chers collègues,

Je voudrais,avec votre permission, commencer mon propos par exprimer une pensée profonde pour mon pays, la République Démocratique du Congo, et pour mon peuple qui célèbre en ce moment même le 46ème anniversaire de sa souveraineté politique,mais qui peine à sortir de 10 ans d'un conflit armé particulièrement meurtrier qui a emporté près de 4 millions parmi ses vaillants fils et filles.

Monsieur le President, au matin du 14 août 2004, j'étais à Bujumbura, au Burundi, quand la radio a annoncé le massacre de réfugiés congolais dans leur camp de Gatumba où ils venaient d'être installés par le Haut Commissariat des Nations Unies aux Réfugiés (UNHCR) deux mois plus tôt. Cédant à mes réflexes de journaliste, je décide de m'y rendre pour voir la situation. Gatumba est située à 16 Km de la ville de Bujumbura et à seulement 4 km de la frontière avec la RDC. C'est une scène macabre qui m'accueille : des corps d'hommes, de femmes et d'enfants criblés de balles et à moitié carbonisés sont étendus par terre, sous le regard de badauds, des villageois venus des environs et des gendarmes. Incompréhension, colère et consternation sont les sentiments qu'on pouvait lire sur les visages.

Ce massacre des réfugiés dans leur camp aura finalement coûté la vie à 186 personnes. Elles ont été massacrées lâchement, en pleine nuit, alors qu'ils dormaient. Un de mes collègues, Jacques Rutekereza, membre de IANSA, vivait également dans ce camp et a été tué avec cinq de ses enfants au cours de ce massacre.

Plusieurs enquêtes ont été menées sur ce massacre. Toutes affirment que l'attaque a été menée par des groupes armés burundais, rwandais et congolais actifs dans la région et qui agissent souvent en une sinistre synergie d'action. En plus d'interviewer les survivants, les enquêteurs ont également pu retrouver quelques-unes des douilles restées sur place. Les informations contenues dans le marquage de ces cartouches ont simplement permis d'identifier les pays d'origine et leur année de fabrication. Inutile de souligner que ces éléments d'information, tellement insuffisant à paraître presque anecdotiques, n'ont pas permis d'identifier les responsabilités et de reconstruire les circonstances dans lesquelles ces munitions ont été acheminées vers ces acteurs armés non étatiques.

Ce massacre, Monsieur le Président, est venu allonger la liste déjà longue des victimes de la violence armée dans cette région martyre des Grands Lacs où il ne se passe pas un seul jour sans que des dizaines des gens ne soient tués, que des femmes ne soient violées et que des infrastructures ne soient détruites, tout cela à la faveur des armes à feu.

La longue liste de crimes et autres bavures qui se commettent quotidiennement dans la région des Grands Lacs s'explique, entre autre, par la grande disponibilité d'armes qu'on observe depuis plus de deux décennies. Les Etats de la région, fragilisés par des longues années de conflits et de régimes dictatoriaux, n'ont pas suffisamment de moyens techniques et matériels pour contrôler efficacement la circulation d'armes à feu dans la région.

Des mouvements transfrontaliers et des alliances entre différents groupes armés de la région ont joué un rôle important dans la dissémination des armes légères et de petit calibre qui se retrouvent aujourd'hui aussi bien dans les mains de groupes armés non officiels que d'une proportion importante de la population civile.
En octobre 2004, de grandes quantités d'armes légères, y compris des armes d'assaut, des lance-roquettes et des mortiers, ainsi que des munitions, ont ainsi été distribuées à la population civile au Nord Kivu, à l'est de la RDC, par le Gouverneur de la province à la suite d'une initiative personnelle. Ces armes ont engendré une recrudescence des tensions violentes dans la province, particulièrement dans les zones rurales où les populations rwandophones sont prédominantes. Un officier de la police locale a rapporté à Amnesty International que les distributions d'armes ont considérablement augmenté l'insécurité, notamment les braquages à main armée et les embuscades sur les routes, entraînant également une attitude généralement plus agressive envers la police.

Toutes ces armes qui pullulent au Congo ne sont pas fabriquées sur place, elles viennent de l'extérieur. Les pourvoyeurs d'armes utilisent plusieurs méthodes pour acheminer leur marchandise et approvisionner en armes les destinataires : aéroports et pistes d'atterrissage de fortune, ports, pistes frontalières et tout autre moyen imaginable que permet la grande porosité des frontières.

Les efforts déployés actuellement afin de réduire le nombre d'armes en circulation, y compris en désarmant les différentes factions, doivent impérativement aller de pair avec des contrôles plus stricts sur les transferts d'armes. Contrôles qui ne doivent pas simplement intervenir au moment de la livraison de ces armes. Cela implique évidemment des engagements strictes et résolus de la part de la communauté internationale dans son ensemble, faute de quoi toute initiative est destinée à une inefficacité inévitable.
IANSA appelle donc tous les Etats à œuvrer afin d'élaborer et adopter le plus rapidement possible un instrument juridiquement contraignant sur les transferts d'armes et les activités des courtiers. De plus, notre réseau demande aux Gouvernements d'appliquer de manière efficace et complète toutes les dispositions contenues dans l'instrument international sur le marquage et l'identification des armes légères et de petit calibre adopté par l'Assemblée Générale en décembre 2005, oeuvrant pour élargir également sa portée aux munitions.
Enfin, il nous semble d'une importance cruciale de tout mettre en œuvre pour criminaliser toutes les formes de violation d'embargo sur les armes.

Enfin, Monsieur le Président, consentez-moi de conclure en formulant une dernière recommandation que je me permets d'adresser à cette assemblée en tant que citoyen d'un pays en voie de développement et en situation de sortie de crise armée.
Nos pays, nous l'avons entendu plusieurs fois depuis le début de nos travaux, manquent crucialement de moyens, tant financiers que matériels, pour pouvoir élaborer et créer des mécanismes de contrôle des transferts d'armes qui soient pertinents, adaptés et efficaces.
Si nous appelons les Gouvernements en mesure de leur fournir l'assistance technique et financière nécessaire à respecter leurs promesses de collaboration, nous souhaitons également rappeler à nos dirigeants qu'il est de leur responsabilité d'évaluer leurs besoins et d'identifier la forme d'assistance dont ils souhaitent bénéficier. Si un tel exercice n'est pas mené, il est en effet à craindre que les appels à l'aide et les offres d'assistance continueront à se suivre sans pour autant ne jamais aboutir à aucune forme concrète.

Nous estimons, Monsieur le Président, que cette Conférence de Révision est une occasion unique, que les Etats devraient saisir sans hésitation pour donner au monde les instruments juridiques qui permettrait de sauver quotidiennement des centaines des vies humaines.
Laisser passer cette occasion équivaudrait à condamner à mort avec sursis des milliers des personnes en repoussant ces décisions à la prochaine rencontre de cette portée qui, dans la meilleure des hypothèses, ne devra pas se tenir avant 2012.

Je vous remercie.

http://www.un.org/events/smallarms2006/pdf/arms060630iansa-charles.pdf
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# Posted on Saturday, 22 July 2006 at 2:00 PM

Edited on Saturday, 23 June 2007 at 12:52 AM

La Persistance du trafic d'armes de la Tanzanie vers la RDC et le Burundi

La Persistance du trafic d'armes de la Tanzanie vers la RDC et le Burundi
La persistance du trafic d'armes de Tanzanie
vers la RDC et le Burundi

par Charles NASIBU BILALI, collaborateur au GRIP

Avril 2005


Ce texte constitue une nouvelle pièce au dossier entourant une possible exportation d'une ligne de production de munitions à la Tanzanie par la firme belge New Lachaussée. Il tend à montrer que des trafics d'armes se poursuivent à partir du territoire tanzanien à destination des régions troublées du Burundi et du Sud-Kivu en RDC. Il indique aussi que, malgré les efforts du gouvernement tanzanien en matière de lutte contre les trafics d'armes, ce dernier ne parvient pas à contrôler ses frontières. Il est bien évident qu'il faudra plusieurs années avant que les projets de réformes en Tanzanie – comme dans plusieurs pays de la sous-région – produisent des effets concrets sur le terrain.

I. Introduction
La prolifération et le trafic illicite des armes légères dans la région des Grands Lacs sont parmi les principales conséquences des guerres qui ont désolé pendant plus d'une décennie trois des pays de cette région, à savoir la République démocratique du Congo (RDC), le Burundi et le Rwanda. Les accords politiques pour la paix signés de part et d'autre, le processus de la transition dans laquelle sont impliqués la RDC et le Burundi, le processus d'intégration dans les armées nationales unifiées des différents groupes armés ayant pris part à la guerre au Burundi et au Congo-Kinshasa, tout cela n'a pas suffi à mettre fin aux trafics d'armes légères et de munitions qui se poursuivent encore à l'est de la RDC et au Burundi.
En dépit du fait que la partie orientale de la RDC (en l'occurrence les provinces du Nord et Sud Kivu) soit sur le coup d'un embargo imposé par les Nations unies depuis juillet 2003, le sud du Sud-Kivu demeure un vaste marché du trafic illicite des armes légères. Cette partie de la RDC possède la particularité d'avoir servi de porte d'entrée à toutes les guerres qui ont éclaté dans ce pays depuis 1964. Elle est également frontalière du Burundi, qui vient de passer plus d'une décennie dans la guerre civile, et avec la Tanzanie, pays ayant depuis fort longtemps constitué l'une des principales sources d'approvisionnement et un couloir du trafic d'armes vers la RDC et le Burundi. Cette position géographique, en plus de la présence des groupes armés mal, voire pas du tout, maîtrisés1, compte parmi les facteurs qui favorisent ce trafic d'armes et rendent l'application de l'embargo très difficile. Dès lors, toute surveillance par l'Etat congolais est pratiquement impossible dans cette zone du pays. De même, peu d'inspections ont lieu aux frontières, comme dans les espaces navigables sur le lac Tanganyika. Quant au contrôle administratif, il est inexistant.

Le Burundi est, à l'instar de la RDC, en phase de post-conflit et traverse actuellement une période de transition politique. Le pays a signé une série d'accords de paix avec différents mouvements rebelles, sauf avec le FNL qui poursuit les hostilités avec le pouvoir de Bujumbura. Ce mouvement trouve là une raison de s'approvisionner encore en armes.

Sans se prétendre détaillé, ce rapport se veut être un message fort pour alerter l'opinion sur un phénomène qui, non seulement souligne la violation de l'embargo des Nations unies sur les armes imposé au Kivu, mais met aussi en péril tous les efforts et les sacrifices chèrement consentis pour ramener la paix dans la région des Grands Lacs.

Ce rapport est aussi un bref survol de la situation sécuritaire dans la partie couverte par l'enquête, à savoir les territoires de Fizi et d'Uvira en RDC et le flanc burundais du lac Tanganyika, avant de déboucher sur quelques recommandations.




II. La situation politique et sécuritaire de la zone d'enquête
1. L'est de la RDC

Depuis le déclenchement de la rébellion dirigée par Laurent-Désiré Kabila en septembre 1996, l'est de la RDC, surtout les territoires d'Uvira et Fizi, n'a cessé de prendre des allures de Far West où des groupes paramilitaires ne répondant qu'à eux-mêmes naissent, s'organisent, s'arment, s'affrontent ou s'allient au gré des circonstances, souvent manipulés par l'une ou l'autre puissance de la région. De l'époque de l'AFDL2 à l'époque actuelle de la transition en passant par l'ère RCD3, la réalité est restée la même.

Cette partie du pays est présentement contrôlée, sur le plan militaire, par les combattants-résistants Maï-Maï, longtemps soutenus par le gouvernement de Kinshasa. Après l'échec de la tentative de déstabilisation de la province du Sud-Kivu par les officiers rwandophones Jules Mutebutsi et Laurent Nkundabatware4, la population civile rwandophone a préféré fuir le pays pour se réfugier au Rwanda et au Burundi par crainte de représailles de la part des autres ethnies congolaises. Tous les cadres de la tendance RCD, Banyamulenge ou pas, ont fui également. Les Maï-Maï ont saisi l'occasion pour s'emparer de tous les postes ainsi abandonnés et de mettre de l'ordre à leur façon. C'est ainsi que les responsables actuels des services administratifs et sécuritaires à Uvira et Fizi ont été nommés et imposés par des chefs Maï-Maï locaux.

Après le massacre de Gatumba5, la méfiance est restée totale entre la population congolaise tutsi et les autres communautés. Cette méfiance entretient un climat de tension constante et une tendance à l'autodéfense de part et d'autre. Pendant que les Maï-Maï sont maîtres absolus de toute la plaine riveraine de la Ruzizi et de tout le littoral du lac Tanganyika jusqu'au Nord-Katanga en plus de la presqu'île d'Ubwari, les guerriers Banyamulenge, ou du moins une bonne partie d'entre eux6, contrôlent les hauts et moyens plateaux d'Uvira et de Fizi.

Signalons que du temps de la rébellion du RCD-Goma, ces deux groupes étaient en alliance et combattaient les forces rwandaises et celles du RCD. Ils ont tous été lourdement armés par le gouvernement de Kinshasa dont ils étaient alors les alliés. Aujourd'hui, dans la logique de la transition, du processus DDR (démobilisation, désarmement et réinsertion) et de la dynamique du brassage de l'armée nationale congolaise, le gouvernement pluriel de Kinshasa n'a plus aucun intérêt à approvisionner ces groupes en armes, la guerre étant théoriquement finie. Les troupes sont très mal payées7, ce qui les amène à se sentir de moins en moins concernées par ce qui se dit et se décide à Kinshasa. Elles échappent au contrôle de la 10e Région militaire dont elles dépendent en principe. Le général Mbudja Mabe, commandant de la 10e Région militaire, dans un accès de colère à Bukavu en octobre 2004, a d'ailleurs traité les Maï-Maï de « civils armés qu'il faut vite désarmer et démobiliser »8. Autant d'indicateurs qui soulignent la tension grandissante au sein de ce qu'on appelle aujourd'hui les FARDC.

2. L'ouest du Burundi

Du côté du Burundi, la réalité se présente de toute autre façon. De toutes les factions qui ont combattu le pouvoir de Bujumbura depuis octobre 1993, seul le FNL est encore actif sur le terrain militaire, en particulier dans les provinces autour de la capitale Bujumbura, à savoir Bujumbura rural, Bubanza et Cibitoke. La présence d'éléments FNL a été un moment signalée en province de Bururi dans la commune Rumonge qui jouxte le lac Tanganyika, ainsi que dans la province de Makamba, frontalière avec la Tanzanie. Le FNL a revendiqué le massacre de Gatumba en août 2004.

Selon la radio de l'Onub (mission des Nation unies au Burundi) émettant à Bujumbura9, une délégation du FNL est en discussion avec des cadres des ministères tanzaniens de la Défense et des Affaires étrangères à Dar es Salaam10. Le gouvernement tanzanien, longtemps accusé par le pouvoir de Bujumbura de soutenir militairement la rébellion du FNL, serait en train de tenter de convaincre ce mouvement rebelle de la nécessité d'aller aux négociations politiques avec Bujumbura.

III. Trafic d'armes sur le lac Tanganyika

1. De la Tanzanie vers l'est de la RDC

Un trafic d'armes est donc toujours entretenu dans la partie est de la RDC en dépit de l'embargo imposé par l'Onu et du processus de paix dans lequel le pays tout entier est engagé. Mais, il faut tenir compte des contingences locales actuelles pour apprécier l'importance de ce trafic. Même s'il persiste, il n'a probablement pas la même ampleur que durant la période 1999-2002.

1.1. Les principaux acteurs de ce trafic

Notre enquête a décelé que le général Dunia Lwendama, principal chef Maï-Maï du Fizi, et plusieurs de ses lieutenants sont à la base du trafic d'armes de la Tanzanie vers le Fizi via le lac Tanganyika. Nos démarches pour obtenir un entretien avec ce seigneur de guerre sont restées vaines. Dunia a établi son état-major à Dine, dans la presqu'île d'Ubwari, d'où il commande et gère le Fizi sans rendre compte, ni au commandant de la 10e région militaire qui est logiquement son chef hiérarchique, ni au gouverneur du Sud-Kivu qui est la plus haute autorité politico-administrative de la province.

Dunia tire sa force des mines d'or, notamment à Misisi, Lulimda et Lubichako. Il exporte l'or de ces gisements vers la Tanzanie, d'où il revient avec des armes légères et des munitions à bord de petites embarcations rapides, localement appelées marambo et offertes par Kabila au moment fort de la guerre du RCD-Goma. Un de ses lieutenants, le colonel Mayele Wilondja, qui commande la 117e brigade d'infanterie à Swima, nous a d'ailleurs dit : « Nous avons commencé notre résistance contre Kabila (NDLR : le père) et les Rwandais avec nos propres moyens. C'était pour protéger les terres de nos pères que nous entendons léguer à nos fils. Nous avons aidé son fils à se maintenir au pouvoir, et voilà qu'il se prépare aujourd'hui à nous désarmer et à nous brasser avec des ennemis potentiels. Pensez-vous que nous allons nous soumettre à ce jeu ? Jamais de la vie ! C'est de notre droit de nous armer et de perpétuer notre noble lutte. »11 Le major David Abedeneko, commandant en second de la 118e brigade d'infanterie à Baraka, nous a également tenu des propos similaires le lendemain.

Un autre réseau de ce trafic est celui entretenu par le colonel Baudouin Nakabaka. Malgré nos efforts, nous n'avons pas réussi à percer l'opacité de ce réseau. Nous avons néanmoins appris que, d'après un agent de l'Agence nationale des renseignements affecté au port de Kalundu et qui a requis l'anonymat, Nakabaka envoie de temps à autre des émissaires à Kigoma, en Tanzanie. Ces derniers ont la mission d'acheter avec des dollars américains des armes qu'ils cachent dans des sacs de farine de manioc et de fretins avant de les transporter du port de Kigoma et Mwandiga en Tanzanie vers celui de Kalemie (RDC). De là, des hommes de main de Nakabaka embarquent toute la cargaison dans des speed boats jusqu'au petit port Maendeleo à Uvira. Une fois à Uvira, ces armes sont livrées aux rebelles burundais du FNL dans la plaine de la Ruzizi ou directement dans leur base dans les buissons de la Rukoko, à la frontière congolo-burundaise. Toujours selon notre informateur, la dernière cargaison est arrivée à Uvira le 28 mars 2005, soit deux jours avant notre entretien. Il nous a enfin confié que le porte-parole du FNL, Pasteur Habimana, a été hébergé par Nakabaka durant plusieurs mois en 2004 en sa résidence de Kiyaya, quartier résidentiel à l'entrée nord-ouest d'Uvira12.

Il convient de citer aussi des trafiquants isolés qui pullulent dans le Fizi et l'Uvira. Ce sont, soit des commerçants désireux de faire fortune dans le trafic d'armes, soit des ex-miliciens Maï-Maï, des ex-militaires des Forces armées zaïroises (FAZ) ou des Interahamwe, présents dans la région depuis près de onze ans.

2. De la Tanzanie au Burundi

Les principaux cadres du FNL, seul mouvement rebelle actif militairement aujourd'hui au Burundi, sont basés en RDC et en Tanzanie. L'essentiel de leurs armes provient de Tanzanie, par le lac Tanganyika, et sont débarquées dans les petits ports de Minago, Rumonge, Karonda, Mugina ou Nyanza Lac13. Un employé du port de Rumonge qui a requis l'anonymat nous a déclaré que des armes sont dissimulées dans des sacs de farine de manioc, de fretins séchés ou de poissons fumés et séchés, parfois aussi dans des barils d'huile de palme. Il nous a affirmé que les agents locaux des forces de l'ordre burundaises (armée, police de sécurité publique, douane, police des frontières et des étrangers, etc.) sont tous au courant de cela, mais ils se taisent et laissent faire, soit parce qu'ils sont corrompus, soit parce qu'ils ont peur du FNL14.

A la question de savoir pourquoi le Burundi, qui sait que le lac est exploité par les rebelles du FNL pour déstabiliser son territoire, ne fait rien pour renforcer le contrôle du Tanganyika, Monsieur Diomède Hakizimana, administrateur de la commune Rumonge nous a dit que le Burundi n'a pas suffisamment de moyens techniques, financiers et humains pour assurer une surveillance efficace de la partie du lac qui lui revient. « Quand bien même nous aurions ces moyens, nous ne saurions y parvenir tant que la Tanzanie servira d'alliée et de base-arrière à la rébellion, tant que du côté de la RDC il n'y aura ni administration ni système de sécurité organisés. », a ajouté ce responsable administratif local burundais15.

L'autre parcours d'approvisionnement en armes pour le FNL est le réseau Nakabaka que nous venons d'évoquer plus haut.

IV. Recommandations
Afin de renforcer les mesures de lutte contre le trafic de Tanzanie vers la RDC et le Burundi, on pourrait recommander le renforcement du rôle de la communauté internationale représentée dans la région par la Monuc et l'Onub16. Ces deux structures onusiennes doivent étroitement collaborer entre elles dans la surveillance des flux d'armes illégales franchissant les frontières nationales et le lac Tanganyika ; mais elles doivent aussi collaborer avec les organisations de la société civile au Burundi et en RDC. L'on ne doit pas perdre de vue le fait que ni la Monuc ni l'Onub ne possèdent pas en nombre suffisant des membres de leur personnel militaire capables de parler le français, le swahili ou le kirundi, des langues véhiculaires dans la zone concernée par cette enquête.
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1 C'est dans cette partie de la RDC que se trouve l'essentiel des Maï-Maï. Ces forces d'autodéfense populaire, qui ont mené la guérilla pour résister contre l'agression rwandaise dans l'est de la RDC, sont aujourd'hui théoriquement incorporées dans l'armée unifiée (Forces armées de la République démocratique du Congo, FARDC), mais restent hostiles à toute idée de brassage pour la formation de la nouvelle armée. En conséquence, elles se comportent en miliciens à la solde des chefs militaires locaux. C'est aussi le cas pour les combattants banyamulenge des commandants Aaron Nyamushebwa et Patrick Masunzu. On retrouve encore dans cette région plusieurs centaines de combattants du Front national de libération (FNL), encore en guerre contre le pouvoir de Bujumbura et entretenant des bastions tout le long du versant congolais de la rivière Ruzizi.

2 Alliance des forces démocratiques pour la libération du Congo-Zaïre, mouvement politico-militaire qui porta Laurent-Désiré Kabila au pouvoir en mai 1997 au terme d'une campagne militaire de sept mois.

3 Rassemblement congolais pour la démocratie, mouvement rebelle qui s'est opposé à L.-D. Kabila à partir d'août 1998.

4 Avec leurs troupes, ces deux officiers tutsi congolais ont attaqué et occupé la ville de Bukavu, chef-lieu de la province du Sud-Kivu, du 2 au 10 juin 2004 avant de se retirer sous pression de la communauté internationale.

5 Dans la nuit du 13 au 14 août 2004, 161 réfugiés Banyamulenge ont été sauvagement massacrés dans leur camp à Gatumba, à l'ouest du Burundi et à seulement 4 km de la frontière avec la RDC. Le massacre avait été aussitôt revendiqué par le FNL, mais certains témoignages y ont vu également la participation de Maï-Maï et d'Interahamwe venus de RDC.

6 Une autre partie des combattants de souche Banyamulenge, estimés entre 3 000 et 4 000 hommes, sont, avec le colonel Jules Mutebutsi, exilés en province de Gikongoro, au Rwanda, depuis juin 2004. Une rumeur persistante rapporte que ces hommes se préparent à revenir militairement en RDC. Il faut également préciser que les combattants Banyamulenge sont, depuis quelques années, divisés en deux grands groupes : les pro RCD/Goma et les pro Kigali dirigés par le colonel Jules Mutebutsi. Quant aux pro Kabila, ils répondent aux ordres du général Patrick Masunzu (basé à Minembwe) et du commandant Aaon Nyamushebwa (basé à Bibokoboko).

7 D'après le capitaine Masemo, responsable de l'administration au sein de la 111e brigade d'infanterie (T1), un militaire touche par mois 5 180 francs congolais (soit l'équivalent de 10 euros).

8 Propos tenus par le Général Mbudja Mabe, répondant à une question d'un journaliste au cours d'un café-débat organisé par la Commission nationale au DDR et auquel prenaient part des officiels de la MONUC.

9 Journal parlé de 13h00, mardi 29 mars 2005.

10 Citant le quotidien tanzanien « Daily News » du 9/04/05, l'agence italienne Misna évoque un « colloque de paix » qui aurait rassemblé le FNL et les autorités tanzaniennes en un lieu secret à Dar es Salaam (Misna 9/04/05).

11 Entretien avec le colonel Mayele Wilondja dans son bureau de Swima, à 32 km au sud d'Uvira, le 31 mars 2005.

12 Entretien avec un agent de l'Agence nationale des renseignements (ANR) le 30 mars à Uvira.

13 Récit d'un officier burundais attaché à la Police de l'Air, des Frontières et des Etrangers à Bujumbura, que nous avons rencontré à Bujumbura le 27 mars 2005 et qui a requis l'anonymat.

14 Entretien le lundi 28 mars 2005 avec un agent des services des Recherches (filiale de la douane au Burundi) au port de Rumonge, dans le sud-est du Burundi. Il a requis l'anonymat pour sa sécurité.

15 Entretien avec l'administrateur de la commune Rumonge à Rumonge le 28 mars 2005.

16 Mission des Nations unies au Burundi (ONUB) fondée le 15 mai 2004 suivant la résolution 1545 du Conseil de sécurité. L'ONUB a, entre autres, pour mission d'aider la MONUC dans la surveillance des flux d'armes illégales franchissant les frontières nationales et le lac Tanganyika.
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# Posted on Saturday, 22 July 2006 at 1:38 PM

Pensée

Pensée
La route du succès n'est pas droite,

il y a une courbe appelée chute, des ronds-points appelés confusion ;

des casse-vitesse appelés amis, des feux-rouges appelés ennemis,

des voyants d'alarme appelés famille,

vous aurez entre temps des pannes appelées job,

mais si vous avez des pièces de rechange appelées détermination,

un moteur appelé persévérance,

une assurance appelée foi,

un conducteur appelé Jésus- christ,

cette route vous fera arriver à un endroit appelé succès.
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# Posted on Wednesday, 19 July 2006 at 4:00 AM

Edited on Saturday, 23 June 2007 at 12:52 AM

Discours à Londres, mai 2006

Discours à Londres, mai 2006
Speech for the Press Conference, London, May 16th 2006

Charles Nasibu
Journalist and independent Researcher (Norway)[/c]

Hello, my name is a Charles Nasibu and I come from the Democratic Republic of Congo (DRC) where I have been doing research on arms trafficking for three years. I can telle you from my own experience that what you will read in this report is true.

The Great Lakes of Africa is one of the regions worst affected by the problem of small arms: The armed conflicts going on in the region make a very good business for arms traffickers – for them the whole region is a huge market:

The airports and landing strips, the ports, borders and the roads that go along the borders are the common routes for guns to come into the each country before being distributed into the hands of people who are not authorised to have them – including bandits, militias, and the civilian populations.

I found that the guns came into DRC directly from the neighbouring countries of Rwanda, Uganda, Burundi and Tanzania: But indirectly they came from from a very long way away – from the countries of Eastern Europe, the ex Yougoslavia, China, the ex communist bloc, including Ukrainia, Slovaquia.

The weapons cause so many deaths and injuries – and not only in the conflict, but among normal civilians. For example, one of my neighbours was at home sleeping, at night, with his family when a someone came to rob the house: My neighbour heard a noise and went to see what it was. The robber had a gun – he fired a shot, just to scare the man - but the bullet hit him on the arm, and the injury was so terrible that later his arm was amputated. Now he cannot work – he has many children to support.

That is just one example, but this problem is recent and growing. You may think that violence is normal in Africa, but not violence like this ! Before, someone who came to rob a house did not carry a gun, and now they do. Even students at school who are angry with someone – maybe their teacher – before, if they wanted to take revenge, they did not have guns. But now the guns are so easily available, the result of that revenge will be death, or very very serious injury.

The problem has also affected our culture in a terrible way. Small arms are now so common the have becomed normalised (banalisées). In some areas of Congo today guns are used instead of money, to buy something, including land, or to pay for services. For example, in rural areas there is the tradition that when a man wants to marry a woman, he should give the woman's family a cow or 2 cows – but now, he gives the family one or 2 kalachnikovs, depending on the woman's beauty or her level of education.

Similarly before, the best way for a young man to prove his value in our society was to study and to obtain his diploma. But now a young man proves his value according to how many guns he has in his possession.

But small arms are not bread, they are not something that should be sold every day. They are instruments of destruction and death.”

# Posted on Wednesday, 19 July 2006 at 3:52 AM

Edited on Saturday, 23 June 2007 at 12:52 AM

Discours à Helsinki,mai 2006

Discours à Helsinki,mai 2006
LES ENJEUX SECURITAIRES PAR RAPPORT AUX ECHEANCES ELECTORALES DE JUIN 2006 EN RDC

1. Contexte général

La première phase de la périlleuse route qui mène aux élections en République Démocratique du Congo a été franchi avec succès, elle a été marquée par le référendum constitutionnel qui a été organisé par la Commission Electorale Indépendante (CEI). Cette institution d'appui à la démocratie dont la mission est de garantir la neutralité et l'impartialité dans l'organisation d'élections libres, démocratiques et transparentes a souvent été critiquée par des acteurs politiques congolais, notamment ceux qui agissent dans l'opposition et depuis l'extérieur du pays, ils l'ont souvent accusé de n'avoir pas respecté le calendrier électoral et de jouer le jeu des acteurs politiques de la transition.
Le contexte politico-sécuritaire atypique de la RDC justifie bien les difficultés qu'éprouvent ces institutions d'appui à la démocraties à fonctionner et à remplir correctement leurs lourdes tâches.
Depuis son accession à la souveraineté politique en 1960, La RDC croupit sous le joug des régimes totalitaires et despotiques qui n'ont jamais laissé la chance au souverain primaire de se choisir en toute liberté ses dirigeants. Sous le long règne du maréchal Mobutu Sese Seko, les citoyens ont été quelques fois conviés à des parodies électorales où seule la crainte de la répression poussait les gens à aller s'acquitter de ce qui devrait être un acte civique.
L'histoire de ce pays, dont les dimensions sont quatre fois celles de la France, a été ponctuée par la violence et la peur si bien que, encore encore, nombreux sont les citoyens qui se demandent si ce processus électoral entamé le 18 décembre 2005 aboutira sans problème. Cette crainte est d'autant plus justifiée si l'on considère le nombre de chantiers inachevés sur le secteur de la sécurité notamment et l'activisme militariste des divers groupes armés opérant encore sur le sol congolais. Depuis le début des années 90 (instauration du multipartisme), jusqu'à la prlongation de la période de transition en 2005, en passant par la chute de Mobutu, la révocation de l'Accord de Lusaka, la mort de Laurent-Désiré Kabila et le difficile Dialogue intercongolais, la crainte a eu raison sur les Congolais.
Loin d'entretenir cette peur, morbide ou justifiée, la présente note d'analyse, sans prétention d'être exhaustive, se propose de décrypter les enjeux sécuritaires susceptibles de péser dangereusement sur le bon déroulement de ces élections que les Congolais attendent depuis 45 ans. Il y sera également question de réflechir sur ce que doit être le rôle de ce qu'on appelle souvent la communauté internationale avant de considérer les attentes des uns et des autres

2. Historique de deux guerres de 1996 et 1998 et leurs conséquences directes et indirectes

Il s'agit ici de rappeler les causes immédiates et lointaines de ces deux guerres, leurs conséquences à la fois sur la vie sociale, la cohabitation des ethnies, l'économie.

3. La prolifération et le trafic illicite des armes légères et de petit calibre et la violation de l'embargo en vigieur contre ce pays depuis 2003.

Le trafic hors normes d'armes est parmi les facteurs qui alimentent les conflits, donnent de la santé à l'insécurité, nuisent à la cohésion sociales et à l'économie nationale et enfin mettent en péril tout le processus de paix et de démocratisation de la République Démocratique du Congo.

4. Les réformes du secteur de sécurité (armée et police)

La longue liste des ex-belligérants de la crise congolaise et la surmilitarisation de la société ont obligé le gouvernement de trnasition à ouvrir le vaste chantier du DDR. Ce chantier est loin d'être achevé à un mois des élections générales. Cela consitue une menace réelle sur le bon déroulement des élections.

5. Le rôle de la Communauté internationale dans le processus de paix et de démocratisation

Ce chapitre reviendra brièvement sur la copération bilatérale, l'assistance financière pour l'accompagnement du processus électoral et sur la mission de maintien de la paix assumée par la MONUC.

6. Les attentes de la population

En approuvant à une très large majorité la nouvelle constitution le 18 décembre 2005, le peuple congolais a témoigné à la face du monde l'intérêt qu'il porte à ces élections à venir, les premières démocratiques et pluralistes depuis plus de 41 ans. Il a en même temps prevenu les futurs dirigeants sur ses attentes après les élections.
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# Posted on Wednesday, 19 July 2006 at 3:41 AM

Edited on Saturday, 23 June 2007 at 12:52 AM